Chili con rennais

Chilien de sang, breton de naissance, Charles, 30 ans, vit à Santiago, ce qui ne l’empêche pas de faire des pieds et des mains pour suivre son club de cœur, le Stade rennais ! Meme à 11 350 kilomètres du Roazhon Park.

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Au Chili, lorsque l’on rencontre quelqu’un en soirée, la première question que l’on pose pour faire connaissance est : «  Tu supportes quel club ?  » Généralement la réponse est Colo-Colo ou la Universidad de Chile, les deux équipes majeures du pays. Certains répondent parfois, avec aplomb, la Universidad Catolica, troisième club de Santiago. Et c’est à peu près tout. Quand on lui pose la question, Charles est bien embêté. Tout d’abord, il répond qu'il est pour le Colo, avant de lâcher un «  Stade rennais  » qui laisse tout le monde perplexe. Il faut dire qu’au pays d’Alexis Sánchez, très peu de gens connaissent les hommes de Rolland Courbis. Pourtant, Charles ne se démonte pas et s’explique, malgré la distance, le décalage horaire et les interrogations de ses compatriotes. Son club de cœur, c’est bien Rennes. Une passion qu’il résume ainsi : «  Souffrir, s'extasier, kiffer, se prendre à rêver, et à nouveau souffrir. Puis crier. De joie brièvement ; de désespoir plus souvent. Voilà à quoi se résume la condition de supporter du Stade rennais Football Club. Un ascenseur émotionnel...  »

De temps en temps, sur la Plaza Brasil, dans un quartier bohème de Santiago, à la tombée de la nuit, on le voit faire son footing, affublé d’un maillot blanc et noir qui porte fièrement le floquage Ntep sur le dos. Si Charles est fan des Bretons, c’est parce qu’il a grandi à proximité du Roazhon Park, et de ses célèbres galettes saucisses : «  J’ai grandi route de Lorient, juste à côté du stade. J’y ai emménagé à l’âge de 6 ans, j’ai été pour la première fois au stade lors d’un SRFC/OM avec pour la petite histoire, un certain Jean-Pierre Papin sur la pelouse. Loin d’être aguiché par le brio et l'aura du grand Marseille, des raisons plus pragmatiques sont à l’origine de ma passion pour le Stade rennais. À l’époque, j’ai été séduit par l’opportunité de pouvoir assister à des matchs pour la modique somme de 2 francs puisque les dirigeants avaient eu la lumineuse idée d’ouvrir l’accès au stade pour les dernières minutes d’une rencontre. Autre point essentiel, la proximité du domicile parental avec le stade me permettait alors d’apercevoir une portion de terrain depuis les fenêtres de la maison, jusqu’à ce que les travaux d’agrandissement du stade ne viennent m’en empêcher.  » Son attachement au Stade rennais, Charles l’a façonné au cours des années 90 avant de succomber définitivement grâce à un joueur : Shabani Nonda. Qu’il pleuve ou qu’il vente, le Franco-Chilien ne rate plus un match et se souvient aussi des moments plus amers : «  Comme chaque supporter de l’équipe de France en âge de penser sait où il était lors de la victoire de la Coupe du monde 98, chaque supporter rennais sait où il se trouvait le jour où Nicolas Fauvergue a envoyé ce maudit coup de tête au fond des filets dans les arrêts de jeux d’un Lille-Rennes décisif pour la qualification en Ligue des champions.  »

Alors qu’en 2015, Charles décide de retourner dans le pays natal de ses parents, il continue coûte que coûte à suivre son club de cœur : «  Je ne raterais un Caen-Rennes pour rien au monde. Même s'il faut se réveiller avant 9h un dimanche matin et tenter de trouver un streaming potable. Lors du dernier Rennes-Nantes, j’étais en voyage dans un pueblo de 10 000 âmes perdu au fin fond de la Bolivie, et j’ai suivi le match sur Snapchat ! Idem pour la victoire 5-2 au Vélodrome.  » Pour autant, pas toujours facile de suivre Romain Danzé et ses potes avec 5 heures de décalage horaire, et 11 000 kilomètres de distance : «  Récemment, j’ai vu un triste match nul en streaming, sans son, couplé à un appel Whatsapp avec des amis supporters qui avaient mis le volume de la télé à fond. Et si en plus le match est à midi (17 heures en France), tu rates le repas en famille du dimanche, et il n’y a pas d’âme charitable pour te garder un truc à manger.  » Pas de quoi arrêter de suivre les Rouge et Noir pour autant. Le Franco-Chilien aux faux airs d’Arturo Vidal confesse même deux rêves : celui de voir Ousmane Dembele en équipe de France et celui de voir Rennes disputer la Ligue des champions, un jour : «  Si jamais on se qualifie, je serais obligé de rentrer, ça serait historique ! Pas le choix.  » Il sera alors temps de délaisser les completos et de se remettre aux galettes saucisses.

Par Arthur Jeanne
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C'est beau l'amour du maillot

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