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Chérie, j’ai rétréci Jorge Sampaoli

Le sélectionneur argentin est vivement critiqué dans son pays, où l'on parle plus de lui comme d'un arriviste que comme d'un entraîneur de foot. Il faut dire qu’il l’a un peu cherché. Cela dit, concentrer sa haine sur l'ancien coach du Chili et du FC Séville n'est pas une chose très raisonnable.

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L’arrivée de Jorge Sampaoli sur le banc de la sélection argentine est trop fraîche pour qu’on transforme ce petit bonhomme en crachoir géant. Et puis ce serait malhonnête. Ces éliminatoires pourris de l’Albiceleste, débutés en fanfare par une défaite à domicile face à l’Équateur, sont autant l’œuvre de ses prédécesseurs Tata Martino (3 victoires, 2 nuls, 1 défaite) et Edgardo Bauza (3 victoires, 2 nuls, 3 défaites) que la sienne (3 nuls). Depuis sa prise de fonctions cet été, le sélectionneur argentin a obtenu deux victoires en amical face au Brésil (1-0) et Singapour (6-0), puis enchaîné trois nuls en éliminatoires en Uruguay (0-0), face au Venezuela (1-1) et la nuit dernière contre le Pérou (0-0). Un but encaissé en cinq matchs, pas mal ! Pas mal si l’on oublie que si ce dingo de Sampaoli a été embauché, c’est avant tout pour balancer un bidon d’essence sur des éléments offensifs qui ne demandent qu’à prendre feu. Le premier match de Sampaoli en Liga avec le FC Séville l’an passé avait accouché d’un furieux 6-4 contre l’Espanyol Barcelone. Dès lors, on s’était dit que cet homme-là avait définitivement un don pour gommer l’étape « période d’adaptation » de ses to do lists - son intégration à la U de Chile et sur le banc de la sélection du Chili l’ayant aussi déjà prouvé.


Et puis il y a eu l’Argentine, donc. Un truc auquel le natif de Casilda pense depuis un demi-siècle. « Mon rêve a toujours été d’entraîner. À 7 ou 8 ans, j’enregistrais mes consignes à des joueurs imaginaires avant la finale d’un Mondial. Et quand ce moment sera arrivé, je crois qu’alors j’aurai réalisé mon rêve. C’est mon rêve ultime avec l’Argentine » , déclarait-il au printemps 2016. Laissons les poètes maudits considérer que le rêve a viré au cauchemar. Nous n’en sommes pas là, et quand bien même l’élimination qui tend désormais les bras à l’Albiceleste finirait par arriver, rien ne dit que Sampaoli n’aura pas l’occasion de se refaire la cerise. Comment enterrer quelqu’un qui a fait du Chili la meilleure nation sud-américaine de la décennie ?

Dybala + Higuaín + Icardi = 0 minute


En attendant, il convient de le juger sur ces 90 minutes de désert face au Pérou. 90 minutes qui n’ont pas aidé à décoller de son front l’étiquette de sélectionneur d’une équipe de « pecho frio » (équivalent de « couilles molles » ), terme qui grouille dans la bouche des Argentins aujourd’hui. Cette nuit devait être celle de la tempête, la Fédération argentine ayant promis le feu en décidant de jouer ce match au sein de la Bombonera de Boca Juniors. Disons que cette cocotte a rencontré un problème de cuisson. La facilité consiste à flinguer les choix tactiques de cet adepte de la chemisette. En pointe, Benedetto méritait-il d’être titularisé au prétexte qu’il marche sur l’eau avec Boca ? Son match n’a pas vraiment donné l’impression qu’il évoluait dans son jardin, et ses tatouages et son crâne rasé cachaient en fait un être assez fragile pour se faire avaler par la charnière péruvienne. Sampaoli aurait pu faire jouer Icardi, mais il a préféré le laisser sur le banc. Higuaín ? N’en parlons pas, il n’était pas sélectionné. Dybala ? Si un joueur capable de mettre 10 buts en sept journées de Serie A avait le potentiel pour faire tomber le Pérou, ça se saurait. Bam, 90 minutes de survêtement sur le banc. À sa décharge, il faut reconnaître que l’association Messi-Dybala-Icardi avait fait peine à voir lors du dernier match face au Venezuela (1-1).


Pour tout dire, le problème n’est pas vraiment - ou pas seulement - tactique. Sampaoli avait pour mission de donner une âme à cette équipe. Il a échoué. Et Lionel Messi a beau être un sujet aussi délicat qu’un conflit aux enjeux géopolitiques, il mérite toutefois d’être évoqué. Sampaoli est celui qui devait permettre au Barcelonais d’être autre chose qu’un joueur quelconque sous le maillot de son pays. Mais ses propos qui datent de 2016 laissent deviner qu’il regarde plus le quintuple Ballon d’or avec les yeux d’une groupie que ceux d’un entraîneur de football : « Messi, c’est un type d’une autre planète. On ne peut pas le critiquer, et on ne peut pas l’évaluer, c’est impossible. Comment je l’entraînerais ? Je ne sais pas, ce serait moi qui aurais énormément à apprendre de lui. Si tu as Messi dans ton équipe, tu es quasiment sûr de gagner. » Quasiment.

Par Matthieu Pécot Propos de Jorge Sampaoli extraits de So Foot #139
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