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Chelsea, le temps des questions

Sonné par son élimination en Ligue des champions, Chelsea doit réagir face à Southampton en championnat. Une élimination qui soulève tout de même quelques questions à propos des Blues.

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« Je veux discuter avec les joueurs. Je veux revoir le match. Je veux connaître leur ressenti. Je veux tirer des conclusions sur notre performance. Notre performance n'était pas assez bonne. » Conscient de la déroute de ses joueurs à la sortie de l'élimination des siens face au PSG, José Mourinho demandait du temps pour prendre du recul, et comprendre les raisons de cette désillusion. C'est avec ce même recul qu'il convient d'analyser les raisons qui ont amené cette équipe pourtant réputée pour sa maîtrise à se déliter dans les derniers instants de ce huitième de finale. En effet, il s'agit aussi de faire preuve de discernement, et de savoir nuancer quelque peu ce qui a été présenté à chaud dans tous les médias britanniques comme l'énorme fiasco du football britannique. Il faut ainsi garder à l'esprit qu'à six minutes près, Mourinho aurait qualifié son équipe en quarts de finale pour la sixième fois d'affilée, ses admirateurs auraient encore loué son pragmatisme et son efficacité, quand ses détracteurs l'auraient méprisé de plus belle pour son « anti-football » . Bien évidemment, le sport de haut niveau ne fonctionne pas comme cela, puisqu'il ne retient que les vainqueurs, et à ce petit jeu-là, l'Atlético Madrid serait champion d'Europe et Carlo Ancelotti aurait peut-être dû pointer au Pôle Emploi en juin dernier. Cependant, quelques indices laissaient transparaître une petite baisse de forme du côté de Chelsea.

Matić-Fàbregas, au bout du rouleau ?


La première impression, c'est que sur la double confrontation face au PSG, dont cette heure et demie en supériorité numérique, Chelsea n'a jamais eu le contrôle du milieu de terrain. Matić, d'habitude si dominateur depuis son arrivée chez les Blues, avec ses airs de moissonneuse-batteuse au milieu de terrain, semble accuser un peu le coup physiquement, lui qui joue pratiquement tous les matchs, et qui n'est quasiment jamais remplacé. De son côté, Fàbregas, qui avait démarré la saison en trombe, délivrant des passes décisives comme des sucreries, connaît lui aussi une légère baisse de forme depuis début 2015. Plus inquiétant pour l'Espagnol, depuis la saison 2009-2010, il a toujours été deux fois plus décisif en termes de buts inscrits et de passes délivrées en première partie de saison qu'en seconde. Une sorte de remake du « syndrome Nêne » qui affectait le Brésilien lors de son passage en France. Alors, faudrait-il reposer un peu ces deux clés de voûte du onze de Chelsea ?

Hazard, le cache-misère


Le deuxième élément qui frappe ces dernières semaines est cette propension, dans le jeu de Chelsea, à voir toutes les offensives passer par les pieds d'Eden Hazard, comme l'aveu d'un manque de créativité ou de fantaisie en attaque. Alors, certes, le Belge est assez talentueux pour dynamiter à peu près toutes les défenses de Premier League. Mais lorsque tactiquement, les défenseurs sont parfaitement placés et rigoureux comme face au PSG, cela se complique. Le système de Mourinho bride-t-il trop les talents offensifs au profit de l'équilibre ? À titre d'exemples, on peut citer Kevin De Bruyne, qui, dans un système qui lui laisse plus de liberté à Wolfsburg, ne cesse de démontrer son talent. Mohammed Salah, cantonné à quelques bouts de matchs sur l'aile à Chelsea, a lui aussi prouvé depuis son arrivée en Italie, et notamment face à Tottenham en Ligue Europa, ses qualités exceptionnelles d'attaquant. De quoi donner assurément quelques regrets aux supporters de Chelsea.

Un match à contresens


Cependant, au-delà du jeu, et de ces questions auxquelles seul l'entraîneur pourra répondre, c'est également le mental des joueurs de Mourinho qui interroge sur cette rencontre. En effet, si chaque grand club a une forme d'ADN propre, Chelsea, malgré les épisodes Ancelotti, Hiddink ou quelques séquences sous Mourinho, n'a jamais vraiment été considéré pour son beau jeu. Non, Chelsea, particulièrement en Europe, c'est d'abord un bloc méticuleusement organisé, intraitable en défense, et surtout, une capacité à se sortir les tripes saupoudrées d'une pincée de vice, qui en fait un incontournable des grands rendez-vous. Or, mercredi soir, malgré tout ce que l'on peut dire, lire ou entendre sur la prestation certes géniale des hommes de Laurent Blanc, Chelsea a quelque part laisser filer un match qui semblait à sa portée.


Par deux fois, les hommes de Mourinho se sont retrouvés dans le scénario le plus « Chelsea-esque » qui soit : une avance à gérer, en supériorité numérique, et dans la forteresse imprenable de Stamford Bridge. Quelques fautes par-ci, quelques dégagements de la paire Terry-Cahill par-là, et une conservation de balle « à la Drogba » en pointe, et l'affaire était dans le sac (cf la demi-finale 2012 face au Barça). Non, dans la tête, les Blues n'y étaient pas. « Une fois que les adversaires commencent à aller vers l'arbitre, la seule chose à faire est de répondre. » Les justifications de John Terry au lendemain du match avaient tout l'air d'un : « C'est pas moi qui ai commencé » très enfantin. Zlatan a peut-être appuyé là où cela fait mal : mercredi soir, les Blues ont pris des allures de nourrissons. Mais le Mou a vite recadré ses bébés : « Ce n'est pas le moment de pleurer. Il faut avancer, regarder devant. Il nous reste 11 matchs à jouer, et nous voulons absolument gagner le championnat. » Première réponse aujourd'hui.

Par Paul Piquard
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