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Chelsea, Džeko et les raisons de la précipitation

Amer après le recrutement du club l'été dernier, Antonio Conte a fait de l'achat d'un attaquant une priorité cet hiver, histoire de pallier les absences physiques fréquentes d'Álvaro Morata, mais aussi parce que Chelsea est toujours sous le coup d'une enquête de la FIFA concernant les transferts de joueurs mineurs.

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Le printemps, le soleil qui cogne, un hôtel de Rome. Assis au fond d'un canapé, le regard taillé par la fatigue d'une deuxième saison éprouvante en Italie qui l'a vu devenir le meilleur buteur de l'histoire de la Roma sur une saison complète – 39 buts toutes compétitions confondues –, Edin Džeko se redresse et corrige : « Si je suis venu à Rome, ce n'est pas pour ça. C'est pour gagner quelque chose. Cette saison, on a manqué le titre sur des détails, mais je reste persuadé qu'on peut faire quelque chose avec ce groupe. » C'était hier, en mai 2017, et Džeko parlait de Rome avec le cœur. Mieux, il s'ouvrait sur la vie de joueur pro, évoquait un métier comme un autre – « on travaille tous pour gagner de l'argent » – et en profitait pour lâcher un crochet aux juges du jeu, affirmant « jouer au foot pour prendre du plaisir » et pas pour « aller sur Google pour savoir combien de passes j'ai réussies, pas non plus pour connaître la note que les journalistes ont mise sur ma performance » .


Que s'est-il passé depuis ? Beaucoup de choses, en réalité : Spalletti a quitté Rome, Di Francesco est arrivé ; son club a commencé la saison en cinquième vitesse, puis a calé à partir de la fin novembre, se sabordant à Madrid face à l'Atlético (0-2) et enchaînant les sorties de piste en championnat ; et Džeko, lui, galère. En chiffres, cela donne neuf buts en Serie A, et dans les faits, un début de critique malgré deux gros matchs face à Chelsea en Ligue des champions (3-0 à Rome, 3-3 à Stamford Bridge). Peu importe, le Bosnien est habitué, lui qui était surnommé « Le Lampadaire » à ses débuts en Bosnie. Interrogé par le Guardian en octobre, on l'avait même vu se justifier : « Je ne cours pas ? Je ne donne pas mon maximum ? C'est une blague ! » Difficile de remettre en cause la passion du joueur, son parcours, sa carrière et ses qualités. Et janvier est arrivé, le bordel avec : aucun mercato hivernal n'aura été aussi fou que celui que l'on vit actuellement. Voilà où l'on a retrouvé Edin Džeko.

Une enquête de la FIFA en cours


Au milieu des rumeurs, comme souvent. L'édition 2018 envoie donc l'international bosnien à Chelsea, cinquième attaque de Premier League, où Antonio Conte bataille depuis plusieurs semaines pour trouver une doublure à Álvaro Morata, dont la fragilité physique inquiète et forfait mercredi soir à l'Emirates pour une demi-finale retour de League Cup, et ce, malgré la présence de Michy Batshuayi, en quête d'un temps de jeu plus conséquent pour ne pas risquer de manquer l'avion pour la Russie en juin prochain. Tout a été entendu : Peter Crouch, Ashley Barnes, et plus sérieusement Andy Carroll, dont le nom a été rayé après une fracture du pied qui éloignera le buteur de West Ham des terrains pendant trois mois. Peu importe, le choix se serait arrêté sur Edin Džeko, estimé à quelque 50 millions d'euros et dont l'arrivée pourrait être couplée à celle d'Emerson Palmieri, latéral gauche qui n'a disputé que quinze petites minutes avec la Roma en Serie A cette saison. Une question, au-delà de l'intérêt sportif – Conte a besoin d'un attaquant efficace rapidement – et politique (depuis l'été 2010, Chelsea n'a acheté qu'un joueur de plus de 30 ans, Samuel Eto'o, les autres sont arrivés libres, ndlr), dans cette affaire : pourquoi Chelsea, qui travaille aussi sur le financement de son nouveau stade, s'active autant depuis quelques semaines ? La raison est assez simple, en réalité.


En septembre dernier, la FIFA a ouvert une enquête contre les Blues au sujet de transferts de joueurs mineurs, ce à quoi le Guardian a répondu le 18 janvier en expliquant que 25 joueurs seraient concernés – le cas de Bertrand Traoré aurait notamment alerté l'instance – et que le club pourrait être lourdement sanctionné, à l'image de l'Atlético de Madrid, interdit de recrutement l'été dernier après une affaire similaire. Pour le moment, aucune sanction n'a filtré, un porte-parole du club a expliqué que « Chelsea a toujours respecté les statuts et les règlements de la FIFA au moment de recruter des joueurs » , mais les Blues risquent gros, raison principale de leur activité sur le marché hivernal en prévision d'une potentielle interdiction de recrutement. Pour le moment, Džeko est encore à Rome, Di Francesco a assuré qu'il serait titulaire face à la Sampdoria mercredi soir, et son agent a assuré il y a quelques jours que le joueur voulait « rester à Rome » . Et alors ? Ce mercato hivernal a déjà bousculé les codes et a définitivement fait sauter un critère : ce n'est plus le joueur qui décide, mais le marché et les clubs. Oublions le soleil.

Par Maxime Brigand
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