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Chassés croisés

L'un crâne, l'autre pas. Partis sur la même ligne à Monaco, Thierry Henry et David Trezeguet, les deux plus grands attaquants français des dix dernières années, n'auront cessé de se jauger, se croiser, se soutenir et s'éliminer. Deux façons d'envisager le football et son environnement, pour deux fortunes diverses.

On a envie d'entrer dans l'histoire du football français. Même si on y est déjà, vu qu'on a gagné la coupe du monde et l'Euro. Mais à titre personnel, que ce soit moi ou lui, on a envie de faire mieux que Platini”. “Moi”, c'est David Trézeguet, qui fixe froidement la caméra de Stade 2 ce 1er décembre 2003. “Lui”, c'est Thierry Henry. Et, vlan dans les clichés anti-Henry! Son pote David n'est pas le moins morfale des deux. Il assume le même ego-trip de buteur forcené que “Titi”. La même soif de reconnaissance, la même faim de titres et de palmarès. Tous deux tiendront toujours un compte serré de leurs stats : matchs joués en clubs et sélection, et surtout buts marqués. Fin 2003, les deux jeunes lames ont donc en ligne de mire le vieux record de Platini, 41 pions chez les Bleus. David en est à 28, Thierry à 25. “S'il y en a un qui peut battre Platini, c'est lui”, lance “Titi” avec la conviction bravache de celui prêt à relever le défi. “Titi, c'est le meilleur attaquant du monde”, concède Trezegol, qui, de Turin, ne rate jamais un match d'Arsenal...

Amitié-rivalité éternelle qui remonte aux jeunes années monégasques. Sur le rocher, l'Antillais prend sous son aile l'Argentin un peu paumé qui ne parle qu'espagnol. Même âge et même taille (17 ans, 1m88), même teint métis, même ambiance urbaine de l'enfance (Les Ulis et Buenos-Aires). Et puis le PSG les a ratés tous les deux, ça décuple la même rage de réussir. A Monaco, les deux bizuts croisent l'ancienne gâchette, Delio Onnis, et le nouveau barillet, Sonny Anderson : le chemin des filets est tout tracé. S'il l'est déjà pour David, buteur-né, il ne l'est pas encore parfaitement pour Thierry, simple “attaquant”. En fait, c'est Trezeguet qui va révéler chez Thierry Henry le buteur qui perçait en lui. Désir mimétique : à la Turbie, Titi observe, fasciné, son ami argentin cadrer à la chaîne ses frappes en pleine lucarne... Trezeguet est un buteur reptilien, croco des marigots, serpent aux morsures foudroyantes sifflant des “tsssss...tssss” quand il parle. Un prédateur cérébral, à l'efficacité létale enseignée par son père Jorge, ancien pro qui lui a appris toutes les vulnérabilités de défenseur qu'il a été. Animal à sang chaud, Thierry Henry sera grand fauve à Arsenal, chasseur et dévoreur d'espaces.

“Titi”, plus bankable

Voilà les Bleus dotés de deux scoreurs d'exception qui font jeu égal total au Mondial 98 en réussissant leur tir au but contre l'Italie. Avantage David : “Titi” se planque derrière lui pour ne pas voir Blanc tirer le sien. Égalisation Thierry : David fond en sanglots sitôt France-Brésil achevé (3-0). Pas “Titi”, qui sait que le foot pro bannit tout sentimentalisme... Puis “Titi” se détachera lors de la finale de la finale de l'Euro 2000, quand David inscrit contre l'Italie son but en plomb qui le consacrera malgré lui et pour toujours “joker” des Bleus. “Titi” porte enfin l'estocade au Mondial 2006 en marquant en quart contre le Brésil un but “à la Trezeguet”, en réceptionnant tout en placement un coup-franc excentré de Zidane. Exit David, heurté par la barre de Buffon à Berlin, puis consolé par “Titi” au balcon du Crillon... Après cela, “Treize” ne jouera essentiellement plus que des bouts de matchs en équipe de France. Au final, l'association Trezeguet-Henry n'aura duré que le temps de l'intermède Santini (2002-2004). Une période sans titres.

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Lorsqu'il reprend les rênes après l'Euro grec, Domenech décide de miser à 100% sur “Titi”. Trezeguet sera exécuté en A' en août 2007, contre la Slovaquie. David saturnien brille froid à la Juve, dans ce calcio si méprisé en France. Thierry solaire resplendit en pleine hype Arsenal, relayée par Canal + et TF1. Il est LA star du foot mondialisé : bientôt trilingue, icône planétaire de la mode et de la pub, son jeu est synchrone avec l'explosion de la PS2. Ses raids solitaires victorieux passent en boucle tous les week-ends et ringardisent le style tout en sobriété du Juventino qui affirme : “la beauté, c'est l'efficacité”... King Henry supplante aussi le Roi David sur les choix de carrière. Les reptiles ressentent les ondes, les fauves se fient toujours à leur flair : “Titi” quitte l'Angleterre à peu près au moment où Trezegol aurait dû y aller. En 2005, Trezeguet rate l'offre à 55 millions d'euros du Chelsea de Mourinho. L'année d'après, il “déchoit” en Serie B. Parti à Barcelone en 2007, Henry, raflera, lui, la ligue des Champions. Justement le trophée qui les départage désormais à vie...

Manière de dire, s'il le fallait, que Thierry a définitivement gagné sur la distance son duel avec David : son registre de jeu était objectivement plus étendu, son aura plus bankable. Henry battra seul Platini avec 51 buts en bleu... Consolation pour Trezeguet, resté bloqué à 34 buts en équipe de France, Titi et David ne connaîtront pas le même crépuscule. Car Henry paiera cher pour arracher encore un dernier record français (quatre coupes du monde disputées) : la main polémique contre l'Irlande, puis la cata de Knysna qu'en “leader” cynique il n'a pas pu (voulu ?) empêcher. Puis viendra l'exil américain Red Bulls & bling-bling avec vue sur l'Hudson à 15 millions de dollars. David Trezeguet, lui, s'est posé cet été sans tapage et en famille à Alicante. Où planté dans la surface, il pourra enfin lézarder tranquille au soleil.

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