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Chagaev, l'homme qui ne comprenait pas

Si les Suisses peuvent reconnaître un talent à Bulat Chagaev, c'est celui d'avoir joué à la perfection le rôle caricatural dans lequel tout un chacun l'attendait: l'homme d'affaires sulfureux venu de l'Est. Sauf qu'après 6 mois, l’esbroufe a assez duré.

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Cet homme est un génie. Depuis le rachat de Neuchâtel Xamax, en mai dernier, l'homme d'affaires d'origine tchétchène, Bulat Chagaev a repoussé les limites du grand n'importe quoi en matière de gestion de club, au point de faire passer Gigi Becali pour un modèle de sagesse. En moins de six mois à la tête du club suisse, Bulat Chagaev a consommé cinq entraîneurs, menacé de "tuer" ses joueurs à la mi-temps de la dernière finale de coupe de Suisse, "russifié" le blason du club, envisagé de délocaliser les matchs de son équipe "quelque part au bord du Lac Léman", viré un gardien de but brésilien après seulement un match, balancé un bras d'honneur à ses propres supporters. Comme Bulat Chagaev est un patron avec un avis sur tout, y compris la déco, il avait aussi un jour envisagé de recouvrir de peau de mouton tous les sièges du stade de la Maladière, avant que quelqu'un ne le raisonne en lui expliquant que "cela ne se faisait pas en Suisse".

Depuis son immersion dans le monde feutré du football suisse, Chagaev ne comprend pas : qu'on ne l'aime pas, qu'on le critique, qu'on le questionne sur sa soi-disante fortune, qu'on remette en cause ses méthodes autoritaires, ses emportements, ses coups de gueule, ses coups de menton qu'il justifie par l'entreprise de persécution dont il ferait l'objet. Edmond Isoz, le directeur de la Swiss Football League, l'a rencontré le 25 novembre dernier, à l'occasion de l'assemblée générale de la ligue professionnelle suisse: "Il a accusé les gens d'être racistes avec lui, il a dépensé une énergie folle pour expliquer combien il était maltraité. Je crois que le fond de l'histoire est culturel. Nous sommes dans un état de droit mais il ne comprend pas comment cela fonctionne".

Si Bulat Chagaev aurait peut-être eu besoin de s'inscrire à un cursus de "cross-cultural management studies" avant de dépenser un gros million de Francs suisses pour devenir l'actionnaire principal du club romand, il suit depuis peu et à ses dépends, un cours accéléré sur le fonctionnement de la justice helvète. Car celui présenté à son arrivée en Suisse comme un proche du président de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov (avec lequel il a apparemment trouvé le moyen de se brouiller depuis) tente désormais de sauver sa peau sur le terrain judiciaire, cerné par plusieurs procédures - pénales-civiles - menées par les juges de différents cantons.

Les ennuis sérieux du boss de Neuchâtel ont débuté avec la plainte de l'agent d'un des joueurs cédés cet été par Xamax, Freddy Mveng, qui dénonce le non-paiement de sa commission et réclame la mise en faillite du club. Début octobre, les dettes accumulées par le club s'élèveraient à 4,2 millions de Francs suisses, réfutant au passage le statut de "milliardaire" du propriétaire. Les salaires des joueurs du mois de septembre n'ont été versés que le 28 octobre après une menace de grève brandie par le syndicat des joueurs suisses. Contraint d'ouvrir son coffre, le club produit un certain nombre de pièces comptables pour prouver sa solvabilité. Dont une attestation de la Bank of America certifiant que Bulat Chagaev disposerait d'un dépôt de 35 millions de dollars aux États-Unis. Un document "douteux" révèle la TSR, la Télévision Suisse Romande. Le 24 novembre, Chagaev, au terme de quatre heures d'audition, est inculpé de "faux en titres" par le ministère public genevois. Parallèlement, la Swiss Football league a lancé quatre procédures disciplinaires contre le club, notamment pour retard de paiement de charges sociales et d'assurance. "Ça commence à faire beaucoup", estime Edmond Isoz: "Vu le nombre de procédures, il y aura sûrement des sanctions sportives qui peuvent aller jusqu'à un retrait de la licence. Pour être honnête, je ne suis pas très optimiste sur l'avenir de Xamax."

Annoncé comme le sauveur d'un club au bord de faillite en mai dernier, Chagaev est aujourd'hui celui qui pourrait précipiter sa chute. En attendant, les habitants de Neuchâtel commencent à prendre les bouffonneries de leur Tchétchène avec humour. A la dernière fête des vendanges, fin septembre, ils proposaient un cocktail "Chagaev", servi avec une barre de chocolat "Daim". Daim, comme la matière de la veste portée immuablement par le président du club et qui lui donne l'allure d'un Colt Seavers bedonnant perdu dans les Alpages suisses. Là aussi, celui qu'on présentait comme l'homme qui tombe à pic il y a six mois, ne comprend pas qu'on puisse le vanner.

Par Joachim Barbier
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Paul_101_Moro Niveau : District
Bien redacte Joachim. C'est un malade ce type, ''Le sejour bordelique d'un Tchetchen au Suisse', ca vaut un bon film!
Spike Spiegel Niveau : CFA2
L'est complètement taré ce mec ! Limite dangereux, il peut péter un cable à tout moment et faire une belle connerie, en tout cas c'est l'impression qu'il me donne.
Bien écrit, cependant il y a tout de même une faute lorsque vous écrivez "(Bulat Chagaev a)balancé un bras d'honneur à ses propres supporters. "

Ce ne sont pas envers ses propres supporters que ce bras d'honneur était destiné, mais bien les supporters adverses (Grasshopper si je me souviens bien).
"Si Bulat Chagaev aurait"
Putain de journaleu, la langue française se perd, désormais les crétins sont ingénieurs, les illettrés... journalistes
@Mika333 :
"il aurait eu besoin de s'inscrire.." c'est pas faux...
Mika333, tu viens de faire la connaissance avec le conditionnel passé, c'est pas la peine d'insulter le journaliste sous prétexte que tu ne connaissais pas....
Hey Mika j'en ai une autre pour toi : "désormais, les incultes donnent leur avis" :)
Papynator Niveau : DHR
On pensait qu'après les affaires Kita et Roger, la Swiss Football League aurait compris la leçon. Mais non.

Laisser un tel mafieux prendre part dans les affaires d'un club (en sursis) c'est l'assurance de programmer son arrêt de mort.
mika : le conditionnel utilisé par le journaliste est impeccable. ce n'est pas un "si je faisait ça, alors je ferais cela", mais un "s'il est vrai qu'à un moment donné etc, par contre maintenant etc". tordu peut-être, elliptique, tout ce que tu veux, mais impeccable. bisous
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