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  2. // Interview Alessio Secco

« Certains pensaient venir chez nous comme au supermarché »

Il y a dix ans, Alessio Secco, alors team manager de la Juventus, obtenait une promotion au poste de directeur sportif. Aujourd'hui agent, celui qui avait alors trente-six ans devait assurer l'héritage de la précédente direction balayée par l'affaire Calciopoli en affrontant un mercato estival très agité.

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Quel rôle occupiez-vous avant d’être nommé directeur sportif de la Juve le 23 mai 2006 et pourquoi aviez-vous était choisi ?
J'ai intégré le club en 1997, d'abord le service de presse dont je suis ensuite devenu le chef, puis j'ai occupé le poste de team manager. Après que l’affaire a éclaté, le club a voulu effectuer une rupture avec le passé. L’idée était de miser sur des personnes jeunes et indépendantes pour construire un nouveau chapitre. Il y avait un projet avec Capello, manager à l’anglaise, c’est lui qui m'a appelé, car il ressentait le besoin d'avoir un directeur sportif avec lequel collaborer. Ça tombe bien, j'avais passé mes diplômes trois ans plus tôt. J’ai accepté, mais Fabio a revu sa position après une semaine et il s'en est allé au Real.

Capello voulait donc rester ?
Oui, il avait eu une entrevue avec les propriétaires, à partir du moment où il m’a contacté, il était parti pour respecter son contrat, indépendamment de la division dans laquelle le club aurait évolué. Malheureusement pour nous, le Real s’est intéressé à lui, ce club représente énormément pour lui et il n'avait pas oublié son passage dix ans plus tôt.


Qui a choisi Deschamps pour le remplacer ?
Moi, à 100%. Je le connaissais très bien, on avait déjà bossé ensemble. Quand je lui ai soumis ma proposition, il a été de suite disponible et enthousiaste, c’est normal, c'est un Juventino dans l’âme ! D’autres candidats circulaient, mais ces noms ne venaient pas de moi. Didier a très bien fait son travail, dommage pour ce divorce qui a été le fruit d’une année émotivement incroyable avec de fortes tensions. Nous avons fait des erreurs, mais de bonne foi. Si tout le monde avait été un peu plus serein, il aurait pu coacher la Juve pendant plusieurs années.

« Le Milan nous a demandé Buffon. »

Quelles étaient les priorités durant ce fol été ?
Nous naviguions à vue, chaque jour, on ouvrait le journal et on découvrait une surprise. La Serie C, la Serie B avec trente points de pénalité, etc. Ne pas avoir de certitudes a été la chose la plus difficile. Vous avez beau être la Juve et avoir le dos large, un tel bombardement pouvait achever quiconque. Il était certifié que nous ne serions pas restés pas en Serie A, et certains joueurs m’ont clairement dit qu’ils ne s'attarderaient pas, tandis que d’autres avaient des salaires incompatibles avec la Serie B. Personne ne le dit, mais malgré notre position inconfortable, on a réussi à maximiser les revenus. Le Real a payé 25 millions pour Cannavaro et Emerson qui avaient trente et trente-trois ans, le Barça 24 pour Thuram et Zambrotta âgés respectivement de trente-quatre et vingt-neuf ans. La moyenne d’âge des joueurs vendus était finalement assez élevée.

Avez-vous refusé des offres importantes ?
Celle de Lyon pour Camoranesi et du Real Madrid pour Trezeguet. Certains pensaient venir chez nous comme au supermarché.


Et l’Inter, qui venait d’hériter de votre titre, qui vous tapait volontiers dessus et qui vient vous recruter deux joueurs, comment l’avez-vous pris ?
Évidemment, on n’avait pas hâte de leur vendre des joueurs, personne n'est masochiste, mais au final, vous les vendez à ceux qui viennent vous les demander. Les seules offres pour Zlatan et Vieira venaient de l'Inter, s’il y avait eu d’autres équipes, on aurait pu faire monter l’enchère, mais ce n’était pas le cas. Vieira était d'ailleurs le plus gros salaire du club, incompatible avec la Serie B.

Des joueurs comme Del Piero et Buffon n’ont en revanche eu aucun doute quant à leur avenir.
Oui, d'ailleurs, le Milan nous a demandé Buffon, mais on a justement refusé pour cette raison. Quant à Del Piero, eh bien, c'est le Capitaine avec un C majuscule.

« En 2006, le passage de témoin n’a pas été fait, j’avais par exemple trois semaines pour régler quarante copropriétés. »

À l'inverse, comment s'est déroulé le recrutement ?
Malgré les nombreux départs, l’idée était de former un mix de grands champions et de bons jeunes. Il y a eu des retours de prêt très utiles et des éléments comme Marchisio ou Giovinco qui, sans Calciopoli, n’auraient pas pu percer en équipe une. On a pris Bojinov en prêt suite au transfert de Mutu à la Fiorentina, Belardi en troisième gardien et Boumsong. Concernant ce dernier, c’était une demande de Didier qui le connaissait, j’étais à mes débuts, je ne voulais pas tout commander, on se concertait donc sur les recrues. Il a été couci couça, mais il a apporté sa contribution pour la promotion et on l’a bien revendu à l’OL.

Avez-vous pensé à baisser les salaires ?
Non, et ce fut une grande démonstration de force et de sérieux de notre part. C’était l’occasion de montrer que l’on maintenait nos engagements malgré les circonstances difficiles.

Vous avez grandi professionnellement avec la triade Bettega-Giraudo-Moggi, n’étiez-vous pas tenté de leur demander des conseils ?
Je ne renie pas mon passé avec eux, les côtoyer a été une expérience très formative, or j’ai une expérience, une culture et je raisonne avec ma tête. Mais bon, en 2006, le passage de témoin n’a pas été fait, j’avais par exemple trois semaines pour régler quarante copropriétés. En tant qu’homme, je ne pouvais pas désavouer ce lien, ne serait-ce que pour une question d’éducation, je ne suis pas une personne qui disparaît. J’ai donc passé des coups de fils et entretenu les rapports, même si de façon plus limité.

Cette expérience dure jusqu'en 2010, avec le recul, referiez-vous ce grand écart ?
Si Capello était resté, mon passage aurait été forcément différent. Je n’avais que trente-six ans, des collègues plus vieux que moi n’ont pas accepté ce poste par peur de se brûler les ailes. J’ai endossé cette responsabilité et je n’ai jamais regretté. D’ailleurs, on a retrouvé la Serie A en une année, et au bout de deux, on était même de retour en Ligue des champions. Seule la victoire compte à la Juve, mais n’oublions pas les conditions dans lesquelles elle s’est retrouvée, quand il y a beaucoup à faire, la marge d’erreur est plus importante. L’important était de tout donner pour ce club.

Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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Dans cet article

Autant Secco a été catastrophique avec JC Blanc et Cobolli gigli les 5 années qui ont suivi, autant gérer cet été là...

Accessoirement, il est acté que Deschamp a pris la décision de partir quand l'avocat de la Juventus, que J. Elkhann a très grassement payé pour ses services, a retiré le recours contre la relégation sur les conseils empressés de Luca di montezemolo. A l'époque personne n'a compris pourquoi puis avec les années le puzzle s'est mis en place.
LapinCrétin Niveau : CFA
Message posté par Trap
Autant Secco a été catastrophique avec JC Blanc et Cobolli gigli les 5 années qui ont suivi, autant gérer cet été là...

Accessoirement, il est acté que Deschamp a pris la décision de partir quand l'avocat de la Juventus, que J. Elkhann a très grassement payé pour ses services, a retiré le recours contre la relégation sur les conseils empressés de Luca di montezemolo. A l'époque personne n'a compris pourquoi puis avec les années le puzzle s'est mis en place.


Tu peux développer stp?
Message posté par LapinCrétin
Tu peux développer stp?


Eh bien contrairement à la théorie où Moratti aurait téléguidé le calciopoli tout converge vers un scénario où il y aurait d'abord eu une intervention de la branche Elkann de la famille Agnelli. Giraudo, le président de la Juventus de 1994 à 2006 était aussi un très proche d'Umberto Agnelli et un des hommes les plus puissants et influents de la galaxie Agnelli.
Umberto meurt 2 ans après son frère Giovanni, Giraudo est là pour pousser Andrea Agnelli fils d'Umberto.
En face, la branche Elkann, descendante de Giovanni. Pour récupérer le pouvoir sur l'empire, il lui faut dégommer Giraudo. Et quel meilleur moyen que de l'attaquer en tant que président de la Juve, publicité maximale assurée. Ce qui fait qu'en deux mois au printemps 2006 la Juventus est jugée d'abord dans les journaux puis non pas par le pouvoir sportif mais par un commissaire spécial qui ira jusqu'à inventer les délits qui n'existaient pas dans le code sportif.
Bien sur, le fait que le commissaire en question ait été un ancien du CDA de l'Inter, un ancien et un futur salarié de Moratti laisse à penser, comme le fait que dans une interview à la télévision en février 2006, soit plusieurs semaines avant le 1er article de journal, Mancini entraineur de l'Inter déclare que Moggi allait bientôt devoir s'expliquer devant les tribunauux.


Bref lutte de pouvoir au sein d'une famille, opportunisme et aide de rivaux à une des deux factions (les écoutes téléphoniques)et fin mai 2006 le CDA de la Juventus démissionne. Les recours présentés seront retirés, les sanctions acceptées et la justice statuera mais bien plus tard qu'aucune partie n'avait été altérée ni aucun championnat faussé.
Une seule équipe reléguée et Blatter qui explique benoitement à la télévision italienne que les recours ont été retirés sur conseil de De Montezemolo, proche de la branche Elkann bien sur.

J'ai fait long mais c'est vraiment résumé.
Message posté par Trap
Eh bien contrairement à la théorie où Moratti aurait téléguidé le calciopoli tout converge vers un scénario où il y aurait d'abord eu une intervention de la branche Elkann de la famille Agnelli. Giraudo, le président de la Juventus de 1994 à 2006 était aussi un très proche d'Umberto Agnelli et un des hommes les plus puissants et influents de la galaxie Agnelli.
Umberto meurt 2 ans après son frère Giovanni, Giraudo est là pour pousser Andrea Agnelli fils d'Umberto.
En face, la branche Elkann, descendante de Giovanni. Pour récupérer le pouvoir sur l'empire, il lui faut dégommer Giraudo. Et quel meilleur moyen que de l'attaquer en tant que président de la Juve, publicité maximale assurée. Ce qui fait qu'en deux mois au printemps 2006 la Juventus est jugée d'abord dans les journaux puis non pas par le pouvoir sportif mais par un commissaire spécial qui ira jusqu'à inventer les délits qui n'existaient pas dans le code sportif.
Bien sur, le fait que le commissaire en question ait été un ancien du CDA de l'Inter, un ancien et un futur salarié de Moratti laisse à penser, comme le fait que dans une interview à la télévision en février 2006, soit plusieurs semaines avant le 1er article de journal, Mancini entraineur de l'Inter déclare que Moggi allait bientôt devoir s'expliquer devant les tribunauux.


Bref lutte de pouvoir au sein d'une famille, opportunisme et aide de rivaux à une des deux factions (les écoutes téléphoniques)et fin mai 2006 le CDA de la Juventus démissionne. Les recours présentés seront retirés, les sanctions acceptées et la justice statuera mais bien plus tard qu'aucune partie n'avait été altérée ni aucun championnat faussé.
Une seule équipe reléguée et Blatter qui explique benoitement à la télévision italienne que les recours ont été retirés sur conseil de De Montezemolo, proche de la branche Elkann bien sur.

J'ai fait long mais c'est vraiment résumé.


Si je comprend tu es en train de nous dire que c'est John Elkann (président de l'Exor) cousin d'Andrea Agnelli qui monté le coup pour faire sauter la triade car ils auraient pris trop de pouvoir ???
Je connaissais cette rumeur mais meme si Moggi avait pris trop de pouvoir je ne vois pas en quoi ça aurait poser des pb à la famille Agnelli. Justement John Elkann n'est pas connu pour être un très gros fan de foot et l'avantage avec la triade était que la juve s'autofinancer.
Moi j'y crois pas trop à cette théorie, la série B ça comme même cout plus de 400M€ à la juve et aujourd'hui c'est Andrea Agnelli qui est président et non pas John Elkann (pas intéressé), je sais pas en quoi l'affaire calciopoli l'a aidé à devenir président de l'Exor
Message posté par Tad87
Si je comprend tu es en train de nous dire que c'est John Elkann (président de l'Exor) cousin d'Andrea Agnelli qui monté le coup pour faire sauter la triade car ils auraient pris trop de pouvoir ???
Je connaissais cette rumeur mais meme si Moggi avait pris trop de pouvoir je ne vois pas en quoi ça aurait poser des pb à la famille Agnelli. Justement John Elkann n'est pas connu pour être un très gros fan de foot et l'avantage avec la triade était que la juve s'autofinancer.
Moi j'y crois pas trop à cette théorie, la série B ça comme même cout plus de 400M€ à la juve et aujourd'hui c'est Andrea Agnelli qui est président et non pas John Elkann (pas intéressé), je sais pas en quoi l'affaire calciopoli l'a aidé à devenir président de l'Exor


Moggi n'était pas le problème, trop petit poisson qui ne s'occupait que de foot. Giraudo par contre était un des hommes de confiance d'Umberto Agnelli et c'est justement pour ça quil avait été nomé en 1994 même si pour lui l'activité de président de la Juve n'était qu'annexe.

Et justement, après que Giraudo ait été écarté, la branche Elkann a repris le pouvoir qu'elle avait du lâché à la mort de Giovanni Agnelli. Parce qu'entre 2003 et 2006 ce sont des gens comme Giraudo ou Romiti qui étaient aux commandes de L'IFI et l'IFIL d'abord avec Umberto puis seuls quand il est mort. Aujopurd'hui les holdings sont devenus Exor et c'est Johnn Elkann qui dirige. Il peut bien laisser la Juve à son cousin, il tient l'empire.
LapinCrétin Niveau : CFA
Message posté par Trap
Eh bien contrairement à la théorie où Moratti aurait téléguidé le calciopoli tout converge vers un scénario où il y aurait d'abord eu une intervention de la branche Elkann de la famille Agnelli. Giraudo, le président de la Juventus de 1994 à 2006 était aussi un très proche d'Umberto Agnelli et un des hommes les plus puissants et influents de la galaxie Agnelli.
Umberto meurt 2 ans après son frère Giovanni, Giraudo est là pour pousser Andrea Agnelli fils d'Umberto.
En face, la branche Elkann, descendante de Giovanni. Pour récupérer le pouvoir sur l'empire, il lui faut dégommer Giraudo. Et quel meilleur moyen que de l'attaquer en tant que président de la Juve, publicité maximale assurée. Ce qui fait qu'en deux mois au printemps 2006 la Juventus est jugée d'abord dans les journaux puis non pas par le pouvoir sportif mais par un commissaire spécial qui ira jusqu'à inventer les délits qui n'existaient pas dans le code sportif.
Bien sur, le fait que le commissaire en question ait été un ancien du CDA de l'Inter, un ancien et un futur salarié de Moratti laisse à penser, comme le fait que dans une interview à la télévision en février 2006, soit plusieurs semaines avant le 1er article de journal, Mancini entraineur de l'Inter déclare que Moggi allait bientôt devoir s'expliquer devant les tribunauux.


Bref lutte de pouvoir au sein d'une famille, opportunisme et aide de rivaux à une des deux factions (les écoutes téléphoniques)et fin mai 2006 le CDA de la Juventus démissionne. Les recours présentés seront retirés, les sanctions acceptées et la justice statuera mais bien plus tard qu'aucune partie n'avait été altérée ni aucun championnat faussé.
Une seule équipe reléguée et Blatter qui explique benoitement à la télévision italienne que les recours ont été retirés sur conseil de De Montezemolo, proche de la branche Elkann bien sur.

J'ai fait long mais c'est vraiment résumé.


Merci pour les explications!
Message posté par Trap
Moggi n'était pas le problème, trop petit poisson qui ne s'occupait que de foot. Giraudo par contre était un des hommes de confiance d'Umberto Agnelli et c'est justement pour ça quil avait été nomé en 1994 même si pour lui l'activité de président de la Juve n'était qu'annexe.

Et justement, après que Giraudo ait été écarté, la branche Elkann a repris le pouvoir qu'elle avait du lâché à la mort de Giovanni Agnelli. Parce qu'entre 2003 et 2006 ce sont des gens comme Giraudo ou Romiti qui étaient aux commandes de L'IFI et l'IFIL d'abord avec Umberto puis seuls quand il est mort. Aujopurd'hui les holdings sont devenus Exor et c'est Johnn Elkann qui dirige. Il peut bien laisser la Juve à son cousin, il tient l'empire.


Ah ok, si c'était Giraudo qui était visé, donc la Juve et Moggi sont des dommages collatéraux, bon je vous bien qu'il l'est profité du calciopoli pour couper des têtes mais de là être à l'origine ça fait bcp, à coté Franck Underwood est un sain
Message posté par Tad87
Ah ok, si c'était Giraudo qui était visé, donc la Juve et Moggi sont des dommages collatéraux, bon je vous bien qu'il l'est profité du calciopoli pour couper des têtes mais de là être à l'origine ça fait bcp, à coté Franck Underwood est un sain


C'est à dire qu'il a eu des tuteurs expérimentés type Di Montezemolo.
Mais sauf erreur peu à peu il a viré tout le monde et Marchione l'a bien aidé depuis quelques années.
Message posté par Trap
C'est à dire qu'il a eu des tuteurs expérimentés type Di Montezemolo.
Mais sauf erreur peu à peu il a viré tout le monde et Marchione l'a bien aidé depuis quelques années.


Ca mériterait un article, que dis-je un roman ! En tout cas merci pour les explications.
Mais il existe l'article. Je l'ai écrit pour moi.

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