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  1. // Journée de la femme

« Celle-là, elle m’a collée au string pendant toute la rencontre »

Aujourd’hui, c’est la journée de la femme. L’occasion de donner la parole à deux joueuses de l’équipe de France, la milieu defensive internationale de l'OL Sonia Bompastor, et la latérale gauche qui monte Laure Boulleau. Interview croisée.

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Pour commencer, une revendication en tant que femme ?
Laure Boulleau : Si on peut parler de nous pendant toute une journée, c’est bien. Pas forcément que dans le milieu sportif, d’ailleurs. Mettre les femmes en avant, tout simplement.
Sonia Bompastor : Pas spécialement. L’image du football féminin avance petit à petit et c’est vrai que dernièrement avec les bons résultats de l’équipe féminine, les gens se sont de plus en plus intéressés à nous. Ils se sont rendus compte que finalement les filles de l’Equipe de France étaient plutôt des jolies filles ou des belles femmes. C’est un point positif car l’une des choses qui pouvaient gêner les gens c’est qu’ils ne voulaient pas que leur petite fille fasse du foot parce qu’elle allait devenir un garçon manqué. Les mamans sont un peu moins réticentes.

C’est comment l’ambiance au sein de l’équipe de France féminine ?
L.B. : C’est marrant, il y a une bonne ambiance, le groupe vit bien. Forcément ça influe sur la manière de jouer. Je ne pense vraiment pas que c’est dans notre groupe qu’on pourra voir un évènement du type Knysna.
S.B. : L’ambiance est bonne. Ça se passe bien, ça fait un moment qu’on est ensemble. Au niveau du groupe, on a de bons résultats donc au niveau de l’ambiance c’est toujours plus facile. Après au sein de l’équipe, il peut y avoir des prises de tête car on a toutes des caractères différents. Mais on a toutes le même objectif, gagner des titres ensemble.

Est-ce que la vision des gens a changé depuis la dernière coupe du monde ?
S.B. : Oui je pense que ça a évolué. La Coupe du Monde a fait beaucoup de bien. L’ambiance, la qualité des terrains ont beaucoup joué aussi. Des beaux matchs, des beaux buts et des beaux gestes qui ont fait évoluer le regard des gens. On nous reconnaît un petit peu plus dans la rue.
L.B. : Ça s’est métamorphosé même. Lors de la dernière coupe du monde, je crois que quelque part, on a réussi à séduire les Français. Y’a des gens qui nous suivent maintenant de manière régulière. On passe à la télé quasiment sur tous nos matches, même ceux à l’étranger. Le fait d’être diffusé tout le temps a changé la vision qu’ils pouvaient avoir du foot féminin. Même si ça m’arrive pas tous les jours, on me reconnait de temps en temps dans la rue, et ça, y’a encore peu, c’était impensable.

Est-ce qu’on t’a déjà fait des propositions de publicité uniquement parce que t’es une fille, sans mettre forcement en avant ton côté sportif ?
L.B. : Ouais, on m’a déjà demandé si je voulais faire une pub pour des sous-vêtements. Mais j’ai refusé, parce que ce n’est pas mon registre. Après, sur l’idée, faire de la pub, moi je suis pas contre. Mais bon les sous-vêtements, ça va un peu trop loin. Je suis quand même une joueuse de foot avant tout.

Vous n’avez pas pensé à l’échange des maillots à la fin des matches ?
S.B. : Moi personnellement ça ne m’intéresse pas. Mais il y a trois ans, la fédération avait fait une campagne de pub avec des joueuses dénudées et le slogan c’était « est-ce qu’il faut en arriver là pour que vous puissiez vous déplacer pour nous voir jouer ?  » . Moi j’étais contre. Le but premier de voir un match de foot, c’est de voir du beau jeu. Même si c’est agréable pour les hommes de voir des jolies filles.
L.B. : C’est sûr que si on voulait faire un pic d’audimat, ce serait le bon plan ! On pourrait même essayer les minishorts et les brassières, tant qu’on y est ! Non sérieusement, pour l’instant, on arrive à faire de bonnes audiences en maillot, donc on va essayer de continuer !

Elle ressemble à quoi la 3ème mi-temps d’un match de foot féminin.
S.B. : C’est plus calme que chez les garçons. Mardi on a gagné le tournoi à Chypre et on a simplement bu un petit verre entre nous avant de faire nos bagages et de rentrer à la maison.
L.B. : Ça dépend si c’est en club ou en équipe de France. En club, on peut se faire une soirée foot à la télé avec les filles, par exemple. Mais en sélection, après les matchs, on axe beaucoup sur la récup, certaines prennent des bains d’eau froide, d'autres se font faire des massages... Donc l’esprit « troisième mi-temps » , c’est plus avec le club.

La parité hommes/femmes, ce n’est pas trop ça niveau salaire... La proposition de François Hollande de taxer à 75% après le premier million gagné, ça ne vous concerne pas encore ?
S.B. : Ça ne nous concerne pas, c’est sûr, on est très loin de ces sommes. En D1 féminine, il faut savoir que seulement 3 ou 4 clubs proposent des contrats fédéraux (professionnels) aux joueuses. Au total, il y a douze clubs, donc c’est minime. D’autant que le salaire est compris entre 3000 et 5000 euros à Lyon, club qui bénéficie des meilleurs infrastructures et des meilleurs moyens financiers. On est très loin de cela.

Votre coach a-t-il d’autres mots pour les expressions « marquage à la culotte » ou « amorti-poitrine » ?
L.B. : L’expression « marquage à la culotte » , bon, ça fait déjà un bon moment qu’elle est plus employée. Y’a pas de vocabulaire particulier pour les féminines. C’est plus entre joueuses, par exemple, si t’as une adversaire qui te colle pendant tout le match, tu peux dire à ta coéquipière : « Celle-là, elle m’a collé au string pendant toute la rencontre » . Mais ça reste toujours au niveau de la blague.
S.B. : Non, non. Patrice (Lair, ndlr), à Lyon, nous coache comme s’il coachait les garçons. Il n'emploie pas trop ces termes-là.

Et quand l’entraîneur vous demande de monter au pressing, vous n’avez pas envie de lui dire que la femme sait faire autre chose que s’occuper du linge ?
S.B. : Ça ne me serait pas venu à l’idée. Mais je vais vous raconter une anecdote qui s’est passée à Chypre. Depuis peu, on a un intendant qui coud sur les maillots le nom du match avec la date. Et notre intendant devait graver ça sur les maillots avec le fer à repasser et il a un peu galéré. Quand il a terminé, le coach nous a demandé de l’applaudir. Et certaines ont rigolé dans le vestiaire en disant que si les hommes devaient applaudir à chaque fois que les femmes repassaient à la maison, ils nous applaudiraient souvent.
L.B. : Dans ces cas-là je lui réponds «  ok pour le foot, mais j’irai pas laver tes fringues ! » .


Quand Milan/Arsenal tombe le jour de la Saint-Valentin, croyez-vous que les instances du foot ne pensent vraiment qu’aux hommes ?
S.B. : C’est vrai qu’il y a beaucoup de foot à la TV. Mais si on avait voulu regarder autre chose à la télé, on aurait pu le faire. Mais je ne vais pas m’en plaindre, même un jour de Saint Valentin, tellement je suis passionnée, je peux rester devant un match avec mon copain.
L.B : Moi qui adore le foot, ça ne me dérange pas du tout, j’ai passé un super 14 février du coup ! D’ailleurs, s'ils veulent mettre toute une journée de Premier League ce jour-là l’année prochaine, y’a aucun souci !

Aux États-Unis, la proportion est inversée. La popularité va aux femmes, comment l'expliquez-vous ?
L.B. : Moi je trouve ça sympa. C’est une question de culture. Aux États-Unis, le soccer, il est féminin, et c’est comme ça. Ils se posent pas la question de savoir si c’est un sport de mecs joué par des filles, ou inversement. !
S.B. : J’y ai joué presque deux ans et c’est vrai que les États-Unis ont une culture très différente en matière de sport. A l’école les jeunes élèves font plus de sport que nous. Pour l’avoir vécu, le foot féminin est beaucoup plus développé qu'en France, c’est vrai, mais les hommes sont mis en avant dans de nombreux autres sports.

Dans le monde professionnel, c’est un souci. Et toi Laure, si demain tu tombes enceinte, tu sais comment réagirait ton club ?
L.B. : Si je tombe enceinte, j’essaierais quand même de programmer un peu la chose, pour pas que ça arrive une année de tournoi international, comme les JO. Après, au niveau du club, je pense que j’aurai la décence de les prévenir. Je ne peux pas les mettre devant le fait accompli. Bon, en même temps je n’ai pas le souvenir que ça soit déjà arrivé à une collègue. Mais y’a pas de clause officielle dans les contrats, stipulant que tu ne dois pas tomber enceinte, ou un truc du genre !

Pour finir, entre nous, être footballeuse, ça aide pour draguer les mecs ?
S.B. : Non, pas forcément, au contraire. Je dirais que c’est un désavantage. Dernièrement, avec notre popularité entre guillemets, on se pose des questions. Quand un mec s’intéresse à nous, on en vient à se demander s’il s’intéresse juste pour pouvoir regarder les matchs de foot à la maison avec une bonne bière. En tout cas je ne m’en sers pas personnellement pour draguer.
L.B. : Pour les draguer, pas forcément. Mais pour les garder, si ! Mater Canal+ le dimanche soir, ou aller au Parc des Princes, ça ne me pose aucun problème, donc je pense que le mec qui sort avec une joueuse de foot doit y trouver son compte !

Retrouvez l'actualité du foot féminin sur le site de la FFF

Recueillis par Dimitri Laurent et Walter Laouadi
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