1. // 1er juillet 1961
  2. // Mort de Louis-Ferdinand Céline

Céline, gardien de l'apocalypse

Il y a 54 ans, Louis-Ferdinand Destouches – Céline – mourrait à Meudon. Avant l'écrivain et le pamphlétaire s'était glissé un éphémère joueur de ballon. Suffisant pour continuer à exister longtemps dans le monde du foot.

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« Un buste sur pattes » : au siècle dernier, Louis-Ferdinand Céline critique avec sa délicatesse caractéristique l'attitude selon lui hautaine et sclérosée, romaine, de son confrère Henry de Montherlant. Un simple buste qui n'empêche pas l'auteur des Olympiques d'être gardien de but, de la même manière qu'un Albert Camus au Racing Club algérois ou qu'un Ferdinand Bardamu de... Céline. Mais là où Camus déclare que « vraiment, le peu de morale que je sais, je l'ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités » , difficile de penser que Céline porte véritablement le football dans son cœur. Il évoque ainsi une première fois la discipline dans Mort à crédit en 1936 : « La mode et la tradition, c'était qu'à partir de midi, on s'habille tous en sportifs, en requimpette d'uniforme rayée vert et jaune, la calotte "ad hoc", tout ça orné d'écussons aux armoiries du collège... J'y tenais pas très spécialement à m'affubler en chienlit et puis ça devait être bien coûteux, une tenue pareille ?... Surtout les godasses à crampons... J'avais pas l'humeur aux joujoux... Je voyais pas de jeux dans mon avenir... C'était encore un genre foireux qu'était bien fait pour les petits caves... » De quoi inspirer Roselyne Bachelot.

Pas un sujet tabou


Pour Céline comme pour nombre de ses collègues contemporains (Paul Morand, Jean Giraudoux, Blaise Cendrars...), le football n'est pas un sujet tabou, mieux, il peut même être digne d'intérêt. Mais moins athlète qu'un Giraudoux, Céline/Bardamu a une manière bien à lui de pratiquer son sport : « J'avais la bonne place au football, je tenais les buts... Ça me permettait de réfléchir... J'aimais pas, moi, qu'on me dérange, je laissais passer presque tout... » Et, évidemment, y porte un regard tout à fait propre : « Au coup de sifflet, les morveux, ils s'élançaient dans la bagarre, ils labouraient toute la mouscaille à s'en retourner les arpions, à toute foulée dans la glaise, ils s'emplâtraient, ils se refermaient les deux châsses, la tronche, avec toute la fange du terrain... (...) Plus qu'ils étaient devenus bouseux, hermétiques, capitonnés par la merde, plus qu'ils étaient heureux, contents... Ils déliraient de bonheur à travers leurs croûtes de glace, la crêpe entièrement soudée. » Céline, poète du football selon Gattuso. Et ennemi du football ? Rien n'est jamais clair chez l'ancien cuirassier Destouches. Un coup d'œil à D'un château l'autre (1957) glisse le doute : « l'Esplanade, le soir... un gros trou dans le dos !... étendu !... au clair de la Lune ! la mère Fualdès hérite ! m'hérite et fourgue ! passe à l'Achille !... football, mes trésors ! mes génies !... rugby !... Fualdès touche, échappe !... Achille marque ! gagne !... emporte tout !... m'enfourne en cave !... moi, mes ours !... salut !... » Céline a assimilé l'importance des 3 points et Eugène Saccomano de résumer : « Le génie de Céline, ce sera, au long de sa vie, d'affirmer tout et son contraire. »

« C'est infime, mais c'est quelque chose !... »


Oui, Eugène Saccomano. Le créateur d'On rrrrrrrrefait le match, le gouailleur méridional, l'inénarrable et intemporel metteur en sons du football français est également un féru de littérature, au point d'avoir écrit, entre autres, un roman sur la vie de Louis-Ferdinand Destouches, Céline coupé en deux, en 2013. Mais pourquoi Céline ? Pour la cause, peut-être (il a également publié un essai visant à réhabiliter l'attitude de Jean Giono sous l'Occupation, Giono, le vrai du faux, en 2014). Par goût, plus sûrement – une affinité de style ? À deux mots près, Sacco pourrait décrire son travail de commentateur volubile avec les paroles de Céline : « C'est pas qu'un petit turbin je vous jure !... Retrouver l'émotion du "parlé" à travers l'écrit ! C'est pas rien, c'est infime mais c'est quelque chose !... » Ou alors est-ce la rencontre avec Lucette Almanzor, veuve Destouches, un soir de mai 1995, par l'entremise de... Dominique Rocheteau.

Car l'Ange Vert, qui se voit lui-même comme « plutôt un révolté, plus diable qu'ange » , est un cas rare dans le football. Celui qui emporta L'Insoutenable Légèreté de l'être de Milan Kundera au Mondial 1986 est également un grand admirateur de Céline l'écrivain ( « un des deux ou trois plus grands écrivains des dernières décennies, avec Proust par exemple » , dit-il sur le plateau de Tout le monde en parle en 2005, avec Saccomano). À ce point qu'il fait en sorte de rencontrer Lucette Destouches pour évoquer avec elle le génie de son ex-mari. Et, en retour, invite la veuve à la finale de Coupe de France du 13 mai 1995. La suite est racontée par Marie Lebey, l'ex-femme de Rocheteau, dans Oublier Modiano : « Pour l'occasion, je demandai à mon ami Eugène Saccomano, un fou de Céline, d'affréter un minibus. Comme il commentait le match à la radio ce soir-là, il calcula qu'il avait six minutes, aller-retour, pour présenter ses hommages à Lucette avant que la deuxième mi-temps ne reprenne. Au milieu de 46 698 spectateurs présents ce jour-là, Dominique réussit à trouver deux places en loge pour que Lucette soit à l'abri du tumulte. Assis à ses côtés, il lui expliquait de sa voix douce les règles du football. Ils se comprenaient tous les deux. L'ancienne danseuse étoile s'émerveillait devant la chorégraphie du match. » Image d'Épinal, technique soyeuse de Raï, Weah ou Ginola. Pourtant les « morveux (qui) labouraient toute la mouscaille à s'en retourner les arpions » étaient tout proches.

Par Eric Carpentier
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Sebco141798 Niveau : Loisir
Céline était un profond antisémite à partir de là rien ne m'intéresse cher lui
Tout et sont contraire , la définition de Céline .

Voyage au bout de la nuit reste est veritablement une experience a laquelle tout amateur de grand livre se doive de lire.

Chaque page est un poeme .
ramirez le roi des merguez Niveau : District
Alors là, c'est du lourd. Un infame... réac... antisémite... qui a un talent fou. Il a écrit..... parmi.... les plus belles pages... du monde. Mais c'est une ordure..... quatre étoile. Délicat.... je ne relis plus.... ses livres....Nord peut être parfois... mais ils sont super bien.....
La bonne littérature est de droite (extrême?) parait-il; une chose est sûre le beau football est de gauche la preuve par Maradona.

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http … VAltLTHyoM

Sur ce bonne journée.
Ahlala "Voyage au bout de la nuit", un souvenir d'oral de français ! C'était il y a pile trois ans d'ailleurs je crois, quelle coïncidence. Il m'avait pas trop mal réussi aha.
Thouvenel Ballon d'Or Niveau : CFA2
Message posté par aerton
La bonne littérature est de droite (extrême?) parait-il; une chose est sûre le beau football est de gauche la preuve par Maradona.

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http … VAltLTHyoM

Sur ce bonne journée.


Troll parfait, respect
Je pense que tout le monde est d'accord pour dire que Céline était un connard aigri à part ça, mais ça n'enlève rien à son talent. C'était malgré tout un génie de la littérature, son style est unique et le restera.
mackallaway Niveau : CFA2
Message posté par Sebco141798
Céline était un profond antisémite à partir de là rien ne m'intéresse cher lui


La palme de la bêtise dans toute sa splendeur.
Comme la plupart des gauchistes, on crache sur le personnage mais on ne parle pas de son immense talent d'écrivain.

Contrairement à d'autres, il n'a effectivement jamais caché qu'il était antisémite : je préfère largement ça aux très nombreux "résistants" dont on s'est rendu compte quelques années plus tard qu'ils résistaient pas devant mais étaient bien copains avec les SS par derrière.
mackallaway Niveau : CFA2
Message posté par Sebco141798
Céline était un profond antisémite à partir de là rien ne m'intéresse cher lui


La palme de la bêtise dans toute sa splendeur.
Comme la plupart des gauchistes, on crache sur le personnage mais on ne parle pas de son immense talent d'écrivain.

Contrairement à d'autres, il n'a effectivement jamais caché qu'il était antisémite : je préfère largement ça aux très nombreux "résistants" dont on s'est rendu compte quelques années plus tard qu'ils résistaient pas devant mais étaient bien copains avec les SS par derrière.
Message posté par aerton
La bonne littérature est de droite (extrême?) parait-il; une chose est sûre le beau football est de gauche la preuve par Maradona.

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http … VAltLTHyoM

Sur ce bonne journée.


Et Zidane qui offre son maillot à Sarko, tu l'as pas celle là?
Message posté par Bestounet
Ahlala "Voyage au bout de la nuit", un souvenir d'oral de français ! C'était il y a pile trois ans d'ailleurs je crois, quelle coïncidence. Il m'avait pas trop mal réussi aha.


Je l'ai eu à l'écrit sur un texte de sa part (4 ans), difficile très difficile à comprendre et analyser sans froisser le correcteur (texte que je voudrai retrouver, il me semble qu'il parlait d'une ville ou il pleuvait (paris? bordeaux? aux states, je ne sais plus)
Il avait une plume tellement efficace qu'il m'avait marqué à fond....
Message posté par Sebco141798
Céline était un profond antisémite à partir de là rien ne m'intéresse cher lui


Reduire Celine a son antisemitisme.... Rien ne m'interesse chez toi... tocard
Le plus grand, sans discussion possible (dixit Bukowski, un autre très grand).
L'écrivain. S'entend, Hein.
L'homme avait ses turpitudes et ses errements, mais il me semble que ce n'est absolument pas le sujet ici.
D'ailleurs les messages qui précédent sont presque tous plus ou moins hors sujet : ceux qui n'ont pas lu, ceux qui sot tombés dessus par hasard au bac, ceux qui ont lu mais ne lisent plus...
Les passages de Mort à Crédit sur le foot sont fabuleux, et surtout ont ce souffle épique caractéristique, inimitable. Je ne connais pas d'autre écrivain capable de soutenir la même puissance, la même intensité, ligne après ligne, page après page, et sur des pavés. Parce que bon, il y a de très grands auteurs, mais avec un tel sens de la formule, je ne vois pas. Et c'est permanent, ça déferle, c'est une claque sans cesse renouvelée.
Incontournable, et vraiment, pas grand chose à jeter. Parce que bon, on n'entend beaucoup parler du Voyage, à juste titre, mais le reste de la trilogie Normance est loin d'être en retrait, et Guignols Band est de haute volée.
Bref, pour ceux qui n'ont pas lu, foncez.
Message posté par Sebco141798
Céline était un profond antisémite à partir de là rien ne m'intéresse cher lui


Et puis t'aurais ptet du lire Celine un peu plus, tu serais pas analphabete.
Jamais lu de Céline, faudrait que je m'y mette.

Les extraits proposés évoquent un peu Miller. J'éspère que c'est mieux.
Quel sale type mais aussi quel talent, un des très grands de la littérature, il detestait tout le monde sauf peut être lui même
Rahletace Niveau : DHR
Message posté par adis
Le plus grand, sans discussion possible (dixit Bukowski, un autre très grand).
L'écrivain. S'entend, Hein.


Au XXème sans aucun doute. Mais à égalité avec Proust. Malgré le fait que je sois un célinien convaincu, difficile de dire qu'il est au dessus de Proust.
Note : 2
Message posté par sissa
Jamais lu de Céline, faudrait que je m'y mette.

Les extraits proposés évoquent un peu Miller. J'éspère que c'est mieux.


Fonce, c'est carrément mieux. Le Voyage est incroyable, mais les Guignol's Band ou Mort à crédit valent aussi le coup.

@Sebco : si on commence à blacklister les oeuvres de tous les auteurs qui ne sont pas irréprochables, il va nous rester le Club des cinq et c'est à peu près tout. Et encore, Enid Blyton a sûrement fait des conneries dans sa jeunesse. Dissocier l'artiste de son oeuvre, c'est nécessaire et salutaire ; sinon, comme avec les footballeurs, on réclame aux artistes d'être des modèles de moralité. L'antisémitisme de Céline est inexcusable, et le lire contribue à comprendre d'où ça sort, ce que ça produit sur son style (bagatelles, l'un des fameux pamphlets, est limite illisible) - et pourquoi c'est toujours un danger aujourd'hui.

Personne n'a jamais progressé en foutant la tête dans le sable, et je pense que Céline comme le reste du monde s'en tape, que tu le lises ou non. Y a que toi qui y perds.
Auteur d'un livre que paraît-il, il "faut avoir lu" ... ce que j'ai fait , je m'y suis emmerdé profondément de la première à la dernière page, malgré une grande richesse littéraire et un style très particulier, qui le rend parfois pénible à lire.
Mais ne perdez-pas votre temps, lisez-vous plutôt "Carton jaune" ou "Géneration supporter" ah ah ah.
Message posté par mackallaway


La palme de la bêtise dans toute sa splendeur.
Comme la plupart des gauchistes, on crache sur le personnage mais on ne parle pas de son immense talent d'écrivain.

Contrairement à d'autres, il n'a effectivement jamais caché qu'il était antisémite : je préfère largement ça aux très nombreux "résistants" dont on s'est rendu compte quelques années plus tard qu'ils résistaient pas devant mais étaient bien copains avec les SS par derrière.



La palme de la bêtise dans ce qu'elle a de plus commun.
Sous prétexte de talent ou de réussite, on glorifie une ordure ou on l'excuse en relativisant. C'est vrai quoi, appeler au meurtre sur quelques centaines de pages qu'est-ce que c'est par rapport aux centaines de pages pleine d'un immense talent d'écrivain ?

Contrairement à d'autres, Sebco ne cache pas son opinion. Je préfère largement ça aux très nombreux suiveurs de la bien bienpensance libérale dont on se rend compte qu'ils ne réfléchissent pas par eux-mêmes mais suivent l'air du temps ou la loi de la masse.
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