Ce qu'il faut retenir de la saison de l'AS Monaco

Moqué en début de saison pour ses défaites, tancé au milieu de l'exercice pour son jeu peu léché, consacré pour sa remontée spectaculaire, Monaco s'est installé à la surprise générale sur le podium de la Ligue 1. Retour sur un parcours pas comme les autres.

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L'analyse définitive


Qui aurait imaginé ce Monaco truster le podium à l'entame de la saison ? Pas grand monde sans doute. Sacrifiés sur l'autel du gros sou, James Rodríguez et Falcao avaient alors quitté la Côte d'Azur sans ménagement, laissant le pauvre Jardim fraîchement débarqué à l'ASM à son effectif sans éclat. Difficile dans ces conditions d'envisager une lutte pour les places d'honneur ou une saison frisson. Et pourtant. Après un gros mois d'adaptation, l'ancien coach du Sporting a fait de cette ASM une machine solide et performante. Petit à petit, et malgré les critiques sur le manque d'ambition supposé de cette équipe, Leonardo et son français chatoyant ont réussi à contrarier les pète-sec. S'appuyant, certes, sur une défense titanesque, mais aussi sur des éléments offensifs intéressants (Martial, Carrasco, Moutinho), Monaco, sans être l'équipe la plus dévergondée de Ligue 1, s'est fait une place au milieu des cadors qui avançaient à vitesse grand V. Mieux, à mesure que les victoires arrachées se sont enchaînées, actant une remontée au classement, l'ASM a semblé de plus en plus forte. Pour finir la saison en boulet de canon, coller des corrections à ses adversaires de seconde partie de tableau et, surtout, résister à cet OM qui chassait la 3e place. Pas mal pour une équipe et un entraîneur que tout le monde condamnait au bout de quelques matchs…

Le match chef-d'œuvre : Caen 0-3 Monaco


Ou plutôt, un match symbole de l'évolution monégasque au cours de la saison. Sans se fendre d'une possession de balle pharaonique (52%), Monaco maîtrise parfaitement son match dans l'antre d'Ornano. Peu d'occases concédées donc, comme d'habitude, mais un rendement offensif ne se limitant pas à un petit but qui annonce la belle fin de saison de l'ASM sur ce plan. En effet, sur cinq tirs cadrés, Monaco plante trois pions des plus délicieux. Martial dès les premières minutes, puis Bernardo Silva qui réussit l'exploit de transformer un corner à la rémoise avant de se fendre d'un doublé, régalent. Et cette ASM, que l'on connaissait parfois petit bras, obtient l'un de ses plus larges succès de la saison à l'entame du money time et juste avant la Juventus. Tout en faisant passer un vendredi soir pourri à Rémy Vercoutre, ce qui n'a pas de prix.

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Le tournant de la saison : Monaco 1-0 Marseille


L'ogre marseillais semble intouchable à l'orée de cette 18e journée. En lice pour le titre de champion d'automne, le leader olympien doit consacrer son œuvre de la première partie de championnat en l'emportant sur l'ASM, qui amorce sa remontée au classement, mais reste loin derrière. Le début du match respecte d'ailleurs la logique des positions. Gignac, Lemina, Dja Djédjé, Fanni ont l'occasion d'ouvrir la marque, mais manquent le cadre quand ce n'est pas Subašić qui s'interpose. La rencontre, ouverte, fait également la part belle aux offensives monégasques. Alors, Martial tape la transversale, tandis que Carrasco admire l'horizontale de Mandanda sur une frappe de 25 mètres. Le gardien olympien se fait toutefois moins souverain en seconde période, alors que Monaco a pris le contrôle des opérations. Sur une belle action menée par Martial, Bernardo Silva croise sous les mains molles de Steve. Le score ne bougera plus, et l'ASM remonte à la 6e place tout en ayant terrassé une équipe qui semblait presque invincible. Battre les gros n'est désormais plus impossible, la chevauchée vers les places d'honneur est lancée.

Le meilleur joueur : Danijel Subašić


Rarement portier avait gardé sa cage avec aussi peu de classe que Danijel. Rarement aussi avait-il été aussi efficace que Subašić. Malgré ses épaules tombantes et sa lourdeur apparente, le gardien croate s'est en effet imposé comme l'un des meilleurs remparts de Ligue 1, si ce n'est le meilleur. Des arrêts réflexes, une présence de tous les instants dans les airs, et Suba', mésestimé dans l'esprit collectif, s'est fait le parfait complément d'une défense solide, mais qui n'aurait pas affiché un tel ratio sans les exploits de son dernier homme. Dès lors, qu'importe le style. Subašić, lui, est un apôtre de l'efficacité.

Le joueur révélation : Anthony Martial


19 ans et déjà beaucoup de talent. Pourtant, le destin d'Anthony Martial devait être celui d'un attaquant d'appoint, cantonné aux basses œuvres de la Coupe et des remplacements ponctuels. Mais Rivière et Falcao partis sous d'autres cieux, c'est bien sur ses frêles épaules qu'a reposé la tâche offensive. 35 apparitions, soit 9 de plus que Berbatov, 9 buts et 4 passes décisives : pour une première saison complète, le vivace international français des moins de 21 ans a démontré une belle panoplie, entre courses folles et présence devant les buts adverses. Amené à progresser sous les couleurs de l'ASM, Martial n'est d'ailleurs déjà plus un inconnu en Europe, puisque l'Atlético Madrid lui ferait les yeux doux. Une demande toutefois : reste en Ligue 1, petit.

Le flop : Alain Traoré


23 minutes. C'est très peu, mais peut-être déjà trop pour Alain Traoré. L'attaquant qui avait rejoint l'effectif monégasque à l'hiver pour tenter d'apporter sa vitesse et sa frappe de mule n'a semble-t-il pas convaincu Leonardo Jardim à l'entraînement. Cantonné au banc, voire aux tribunes, le Burkinabè aura passé une première partie d'année 2015 au chômage technique. De toute façon, tout le mode sait qu'Alain cartonne 10 matchs au début pour s'écrouler ensuite. On ne la fait pas à Leonardo.

Il a dit...


« Les nommés sont les quatre meilleurs coachs français. Moi, je peux gagner le trophée de meilleur maçon portugais de France »

Laurent Blanc, Hubert Fournier, Christophe Galtier, Jocelyn Gourvennec : au moment de l'annonce de la liste des nommés pour le titre de meilleur entraîneur de l'année aux trophées UNFP, beaucoup s'interrogent : mais où sont donc Marcelo Bielsa et Leonardo Jardim ? Le second intéressé, lui-même, décide alors d'entrer en piste pour dénoncer l'injustice. Une petite pique pleine d'ironie et d'autodérision, mêlant dénonciation de clichés et nationalisme tricolore exacerbé. Une déclaration béton, à laquelle le technicien portugais se permettra même d'ajouter : « J'en profite pour saluer tous les maçons portugais de France. » Costaud, Leonardo.

Le plus beau but : Dimitar Berbatov


Toute la classe bulgare dans un enchaînement contrôle-extérieur du pied. Du yaourt.

La décision arbitrale qu'on n'a pas aimée


Alors que l'ASM capote au classement, le derby de la Côte d'Azur se profile à Louis-II. Une mauvaise après-midi pour Jardim, qui encaisse un but rapidement, perd Germain avant la mi-temps et constate la myopie de M. Buquet. Un penalty évident oublié pour Berbatov, un but refusé pour un hors-jeu peu évident du Bulgare et le coach portugais se lâche : « C'est inadmissible que les erreurs soient toujours contre nous. Penalties, hors-jeu… Je demande du respect aux arbitres par rapport à tout ça. On est une équipe professionnelle comme les autres. Je demande le respect pour le travail des joueurs. Qu'ils respectent notre équipe comme toutes les autres du championnat français. » Un Jardim tout colère, d'autant que son Monaco est alors empêtré dans la seconde partie de tableau (12e).

Le coup de gueule


Après sa qualification pour les quarts de finale de la Ligue des champions, l'ASM demande à la LFP de déplacer son match du 7 avril. En effet, Monaco doit alors enchaîner cette rencontre, puis Caen trois jours plus tard, puis le match aller contre la Juventus quatre jours après. Une demande restée lettre morte…

« L'AS Monaco regrette de ne pas avoir été entendue par la LFP au sujet de la demande de report du match de Ligue 1 face à Montpellier programmé le 7 avril prochain. (…) La désillusion est d'autant plus grande que notre demande n'a même pas eu le grand privilège de faire l'objet d'un débat au sein du bureau de la LFP, la Ligue ayant décidé unilatéralement de ne pas le réunir. Le club monégasque tient tout de même à remercier chaleureusement le club de Montpellier qui avait immédiatement accepté avec fair-play le report du match.  »

Pourcentage de résistance à la blessure


85%

On ne construit pas une équipe de guerriers avec des corps de lâche. Du coup, l'ASM a plutôt été épargnée par les blessures cette saison. Hormis Abdennour en début de saison, Kondogbia en novembre et les aller-retour des vieux Berbatov et Carvalho à l'infirmerie, le club de la Principauté a pu compter sur un groupe plutôt complet durant la saison. Peut-être l'une des clefs du succès monégasque, et assurément la preuve que l'on peut disputer pleinement deux compétitions sans trop en souffrir. À méditer.

Le joueur dont le club a besoin cet été : le vrai Radamel Falcao


Pour viser plus haut, l'ASM a besoin de multiplier ses cartouches. Car si Martial, Berbatov ou encore Ferreira Carrasco ont fait le boulot en capitalisant à merveille sur la forteresse monégasque, Monaco a besoin d'un buteur au-delà des 20 buts pour espérer mieux l'an prochain. Pas besoin de recruter donc, puisque Radamel Falcao, lourdé par Manchester United, pourrait bien s'installer de nouveau sur le Rocher. Que le Colombien se les sorte, et Monaco ira concurrencer les cadors.

Ce qui va se passer la saison prochaine


Troisième la saison passée, Monaco a retenu la leçon : pour disputer le titre au PSG, il faut se lever tôt. Mais à la différence de l'exercice 2014-2015, Leonardo Jardim connaît son groupe. Alors, l'ASM enchaîne sur sa lancée. 14 victoires, 3 nuls, 2 défaites : le bilan est positif à mi-chemin. Avec un Ferreira Carrasco explosif et auteur de 7 passes décisives, dont 6 pour le seul Falcao, Monaco ne se heurte qu'à Lorient et Marseille. Circonstance atténuante, ces deux rencontres étaient placées juste après les rencontres de Ligue des champions remportées face à Chelsea (1-0) et l'Atlético Madrid (1-0). Un relâchement après les exploits dans cette poule de la mort qui n'entame pas le moral du champion d'automne. Mais aux commandes, un autre drame se joue. Engluée dans une sombre affaire d'achats de votes, la Russie demande aux propriétaires de l'ASM de liquider leurs actifs en guise de protestation.

Kurzawa (Manchester United), Kondogbia (Juventus), Moutinho (Porto), Carrasco (Chelsea), Martial (Arsenal), Falcao (Lille) et même Valère Germain (Real Madrid) font leurs valises pour un montant global de 257 millions d'euros, hors bonus. Difficile, dans ces conditions, d'envisager la course vers le titre, ce que les trois défaites de la reprise confirment. Mais Leonardo Jardim est un homme plein de ressources. En mettant en place un 6-3-1, le coach portugais désespère les commentateurs, mais séduit les comptables. Grâce à l'éclosion de Lacina Traoré (8 buts) et une défense à toute épreuve, l'ASM glane quelques précieux succès dont un de prestige sur son concurrent direct, le PSG, lors de la 29e journée (1-0, CSC de Mory Diaw). Aux forceps, Monaco s'autorise donc à rêver au titre lors de la dernière journée. Face à Nice, les partenaires d'Almamy Touré doivent l'emporter pour conserver leur point d'avance sur les Parisiens. Un plan simple, mais contrarié par le retourné des 30 mètres de Carlos Eduardo à dix minutes de la fin dans la chaleur étouffante de Louis-II. Un dénouement cruel qui offre en outre une image terrible : celle d'Andrea Raggi, mains en sang à force de frapper la pelouse. Sammy Kuffour, de passage en tribunes, compatit.

Par Raphael Gaftarnik
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Epargné par les blessures? Plaît-il?

Vous avez oublié celle de Bakayoko et Raggi absents plusieurs semaines, ainsi que celle de Toul et de Kurzawa. Bon pour ce dernier, il devait surtout être blessé dans son amour-propre après son chambrage surmédiatisé. Il s'en est jamais vraiment remis cette saison.
Cheric Zghemmfour Niveau : CFA
Le trophée de meilleur gardien devrait revenir à Subasic, pas Mandanda.

Comme je l'ai déjà dit, je fais de Monaco mon favori pour le titre de champion 2015/2016.Excepté un attaquant à recruter pour accompagner A.Martial ainsi que une ou deux retouches d'appoint, le reste c'est du tout bon et ça va avoir un vécu d'un an de plus en commun.

C'est franchement pas drôle la rubrique "ce qui va se passer la saison prochaine".Long, lourdaud,dispensable.
Attaque-Defonce Niveau : CFA
 //  20:50  //  Hooligan de la France
Note : 1
Y a quand même trois joueurs qui sortent du lot dans cette équipe : Subasic qui est clairement un gardien absolument monstrueux, l'excellent Abdennour qui est uns des meilleurs défenseurs de notre championnat et qui s'il nous refait une saison pareille, sera sûrement dans un top club en 2016... Et puis Kondogbia. Je suis vraiment pressé de le voir à l'oeuvre avec Pogba en bleu.

Ils ont une équipe jeune et très prometteuse. Faut voir aussi que YFC, Bernardo Silva et Martial sont super jeunes. Si Monaco arrive à les conserver deux ou trois saisons, peut-être qu'on aura bien du mal à se moquer de ce club pour son jeu assez fermé...
Une superbe saison de l'ASM avec un grand parcours en LdC, tout ça avec un effectif franchement pas très sexy. Jardim a prouvé qu'il était un très grand coach et a fermé pas mal de clapets, notamment celui de Porc Menès.
Message posté par Attaque-Defonce
Y a quand même trois joueurs qui sortent du lot dans cette équipe : Subasic qui est clairement un gardien absolument monstrueux, l'excellent Abdennour qui est uns des meilleurs défenseurs de notre championnat et qui s'il nous refait une saison pareille, sera sûrement dans un top club en 2016... Et puis Kondogbia. Je suis vraiment pressé de le voir à l'oeuvre avec Pogba en bleu.

Ils ont une équipe jeune et très prometteuse. Faut voir aussi que YFC, Bernardo Silva et Martial sont super jeunes. Si Monaco arrive à les conserver deux ou trois saisons, peut-être qu'on aura bien du mal à se moquer de ce club pour son jeu assez fermé...


Pour Abdennour , je pense qu'on en est plus le considérer comme un des meilleurs centraux de L1 qu'il est depuis 3 ans, mais bel et bien d'europe. Je crains que Monaco ne reçoivent une offre qui soit difficile à refuser aux alentours de 40 millions cet été. Des clubs anglais (donc fortunés) sont sur les rangs dont Arsenal ou Tonton Arsène a du se demander pourquoi sa charnière centrale donnait l'impression d'avoir 107ans comparé au roc Tunisien.

Ce mercato va être très instructif quand au réels intentions des dirigeants.Kurzawa va très certainement partir plus un ou 2 autres (Moutinho et YFC?)

Monaco n'arrivera pas à conserver toutes ses pépites 3 ou 4 ans, le temps qui lui permettrait d'avoir des ambitions en LDC comme en championnat. Mais si elle n'en vend qu'une ou 2 par an, tout en se renforçant intelligemment, alors elle peut envisager l'avenir avec optimisme.
Thierry Jean-Ri Niveau : Loisir
Ce qu'il faut retenir c'est qu'avec une bonne gestion et si la mayonnaise prend bien la méthode monégasque peut marcher: un entraîneur talentueux et un investissement conséquent. Trois ans plus tard la ligue 2 semble loin et Monaco est de retour sur la carte du foot européen.
Moi j'ai bien aimé la fin, en plus ça appelle la réalité au parloir : elle est souvent plus incroyable que la fiction...

Sinon, les mecs : rien sur l'arbitrage de Chapron à la dernière journée ???
Y'a qu'à la FIFA qu'on donne des valises ?

C'est chaud quand même de se dire qu'en France on ravitaille en vol certains clubs pendant qu'on crève les pneus de certains autres ...

C'est pas très différent de la Roumanie de Nicolae Ceaușescu ...

Bref, Monaco a bien du mérite à rester dans le championnat de France et j'estime (étayé par les déclarations de Bernès) à 9 points par an le manque à gagner pour ce club depuis les années 90.

Faut pas chercher plus loin leur supplément d'âme et leur esprit de corps et de révolte : l'injustice est un moteur puissant....
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