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Cavani pute, ni soumise

Une nouvelle fois pointé du doigt pour son attitude par certains membres du vestiaire du PSG dimanche soir, Edinson Cavani se heurte déjà au glissement de son statut au sein d’un effectif dont il a toujours été la caution humaine.

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C’est d’époque : si le foot est l’opium du peuple, le buzz en serait aujourd’hui la pipe. Le foot de club – comme celui de sélection désormais – n’est pas un monde enfantin, on le savait et Unai Emery aussi. Aligner des étoiles et des ego sur une feuille de match n’a jamais été un mouvement fluide. S’attarder sur la profondeur des traits du visage de Carlos Queiroz, pilote des Galactiques de 2003 et mono d’une colo asiatique comparée sur l’instant au fameux voyage des Beatles aux États-Unis trente-neuf ans plus tôt, suffit pour s’en convaincre, lui qui n’avait tenu qu’une saison debout sur une embarcation démesurée. Interrogé dans l’été à propos de la gestion des sensibilités dans un groupe, Emery se l’était alors joué Cathy Sarraï : « Il y a un truc que beaucoup de gens ont tendance à oublier : avant d’être des footballeurs, les joueurs sont des êtres humains. Comme n’importe qui. » Dimanche soir, quelques minutes après la sixième victoire consécutive de ses hommes face à Lyon (2-0) – sans aucun doute la moins maîtrisée –, le Basque n’a pas dit autre chose au moment d’évoquer l’embrouille de gosses entre Neymar et Edinson Cavani pour désigner le tireur d’un penalty gratté par Mbappé : « On en a parlé. Après, on va arranger ça entre nous. Je laisse les joueurs s’entendre sur le terrain pour savoir qui frappe. Ce sont des gentlemen. Mais si ce n’est pas le cas, je vais trancher et faire en sorte que les deux puissent tirer les penaltys et marquer sur cette phase. Je ne veux pas que ce soit un problème pour nous. »


Puis, la vague, à l’heure du café. Au lendemain d’une première cacahuète censée remplir les piliers de comptoir – la tentative de chantage dont est victime Kurzawa –, une seconde vient de tomber dans les gosiers affamés, nourris par un titre en Une de L’Équipe aussi racoleur qu’une pinte vendue à trois euros à quatre heures du matin : « Le Clash » . Soit une chamaillerie classique, « des choses normales qui arrivent dans le football » comme l’a expliqué Cavani dans l’émission Gol de medianoche. Le foot est habitué et a déjà vu des joueurs se tendre au moment de choisir le tireur d’un coup franc, d’un penalty – Reinaldo-Ljuboja, Boudebouz-Slimani, Reus-Hanke – et a aussi déjà entendu des insultes partir d’un vestiaire. Et tout ça, au fond, on s’en cogne pas mal.

Cavani, c’est le PSG


Ce qui compte, c’est Edinson Cavani, qu’on souhaiterait doucement réduire à un statut de poupée gonflable et qui, au contraire de celle de l’Amiral Polnareff, n’aurait pas le droit de dire non. La raison est connue : elle s’appelle Neymar, pèse 222 millions d’euros et avance depuis quelques semaines entourée de ses molosses – Alves en tête –, comme on l’a vu peu avant l’heure de jeu au Parc dimanche soir, lorsque le latéral brésilien s’est interposé comme on protège un goûter avant de tendre un ballon de coup franc à Neymar. Heureusement, la nouvelle otarie du PSG n’est pas si fan de Chris Brown qu’il veut bien le dire et aucun joueur n’est ressorti avec des bleus du vestiaire dimanche soir. Mais ce matin, Cavani est de nouveau seul et c’est une constante. Quelques chiffres, pour ne pas endormir les rêveurs : Edinson Cavani, c’est 139 buts toutes compétitions confondues depuis 2013 ; c’est aussi le meilleur buteur de l’histoire du club en C1 ; et c’est bien plus que le manque de réalisme auquel on souhaite le réduire. Parce que Cavani, c’est le PSG humain, celui qui aime la vie simple, celui qui s’arrache, qui est passionné, qui transpire. N’est-ce pas lui qui avait des yeux pétillants devant des vidéos du Parc des années 1990 ?

« Je ne veux pas être un phénomène »


La différence est nette : Neymar est arrivé à Paris pour se rapprocher du Ballon d’or – ce vers quoi la colonie sud-américaine qui l’entoure doit l’amener –, Cavani est venu pour écrire l’histoire, la sienne, qui devrait passer dans les prochains mois par un costume de meilleur buteur de l’histoire du PSG devant Zlatan, qui gobait, lui aussi, toute la lumière en son temps. En privé, l’attaquant uruguayen est aimé pour sa gentillesse, sa simplicité, sa singularité aussi, mais également pour sa volonté d’avant tout briller sur le terrain. L’homme est en décalage avec son époque et il n’a jamais caché que le monde qui l’entourait n’était pas totalement le sien. Cavani n’est pas un feu d’artifices, il ne rêve pas « d’être un phénomène » de son sport et n’aime pas le marketing. Comprendre est la seconde phase, et la responsabilité impute d’abord à Unai Emery qui aurait dû désigner les tireurs, d’autant qu’il en avait parlé avec les deux joueurs quelques jours avant la réception de l’OL et que Neymar couinait déjà lorsqu'on lui piquait le ballon lors de son passage au Barça. Il ne faut surtout pas oublier qui est Cavani, ce qu’il représente – 49 buts l’an passé, rien que ça –, et Neymar ne peut rien y changer. Cette fausse affaire n’est que la représentation physique des limites de ce qu’a vendu le PSG à son bonbon brésilien, lui qui est venu au club pour être Messi et tout avaler, sans partager. Ici, ce n’est pas que Paris, c’est aussi Cavani.



Par Maxime Brigand
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