Castilho, son petit doigt lui a dit

Carlos José Castilho est entré dans la légende au Brésil pour une décision incroyable : après une énième fracture, le gardien décide de se faire amputer le doigt fragile pour disputer la fin du championnat. Après une carrière exceptionnelle malgré son daltonisme, Castilho met fin à ses jours chez son ex-femme. Parcours d'une idole de Fluminense.

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L'homme a connu le Maracanazo. Mais pas l'infortune de son coéquipier et gardien Moacir Barbosa, pointé du doigt pour avoir fait pleurer le Brésil entier. Carlos José Castilho était sur le banc, ce 16 juillet 1950. Gardien remplaçant de la Seleção, Castilho brillait sous les couleurs de Fluminense. Le natif de Rio de Janeiro est entré dans la légende brésilienne pour une tout autre raison. Nous sommes en 1951, et une douleur constante à l'auriculaire gauche vient contrarier ses rêves de titre. C'est la cinquième fracture dont souffre Castilho à ce même doigt. Il reste cinq journées de championnat, et le Flu est en course pour remporter le championnat brésilien. Problème, son gardien doit alors observer une période de repos longue de deux mois, conseillée par le docteur du club Newton Paes Barreto, pour se remettre de cette blessure. Autre souci, le joueur refuse l'opération. Le médecin de Fluminense lui propose alors une solution radicale : l'amputation partielle. Pour ne pas manquer la course au titre, Castilho accepte. Deux semaines de souffrance plus tard, il est de retour dans les cages du club de Rio. Et fêtera quelque temps après un titre acquis dans un Maracanã encore endolori par le but d'Alcides Ghiggia.

Un chanceux daltonien


Formé dans le petit club d'Olaria, Castilho rejoint Fluminense à vingt ans. Devenu titulaire indiscutable, il gagne le surnom de « Leiteria  » ( « le chanceux » , en français). Les supporters adverses sont unanimes : Castilho bénéficie d'une chance constante. Les «  dieux du football » et les poteaux sont avec lui, et les attaquants perdent leur sang-froid devant le gardien « canarinho  » . Les partisans de Fluminense l'ont, eux, surnommé « São Castilho » ( « Saint Castilho » en VF) en 1952, année où le gardien aux neuf doigts arrête six penaltys lors de la saison. Cette même année, le Brésil remporte les jeux panaméricains à Santiago, face à l'Uruguay. Une vengeance à laquelle participe Carlos Castilho.

Ces performances exceptionnelles font de lui un candidat pour occuper le poste laissé vacant par Barbosa après le Mondial 1950. Après trois saisons sous les couleurs du club de Fluminense, Castilho devient donc également titulaire de la sélection brésilienne. Le gardien disputera quatre Coupes du monde pour sa patrie (1950, 1954, 1958 et 1962) en étant titulaire lors des Mondiaux 1958 et 1962 (et donc double champion du monde). Avec le Brésil, il gagne aussi la Copa América 1949. Malgré son daltonisme, le Brésilien s'impose comme l'un des meilleurs gardiens de l'époque. Castilho confondait le vert et le rouge du maillot de son équipe. Aussi, il se saisissait plus facilement des ballons jaunâtres de l'époque, qu'il percevait rouges. Au contraire, le gardien du Fluzão souffrait lorsque les balles étaient blanches, et lorsque les matchs se déroulaient la nuit.

Une fin tragique


Jusque dans les années 1970, les blessures dues au fait que les gardiens ne portaient pas de gants étaient très fréquentes. Ainsi, les multiples fractures de Castilho le mèneront à l'incroyable décision de s'amputer la moitié du doigt, par amour pour son club. Ce geste lui offre rapidement une place privilégiée au panthéon des idoles de Fluminense. Il détient encore aujourd'hui les principaux records au poste de « goleiro » : 255 rencontres sans encaisser de buts, sur les 696 qu'il a disputées sous le maillot du club fondé par Oscar Cox. Malgré son handicap, Castilho (29 sélections sous le maillot du Brésil) gagnera deux autres titres en 1959 et 1964 avec son club de toujours. En 1965, il se retire et commence sa carrière d'entraîneur.

Il dirige d'abord le club de Vitória lors de la saison 73-74, puis Operário l'année suivante, avant de prendre les rênes de l'Internacional. Après une année au Grêmio, Castilho mène Santos au titre de champion, en 1984. Deux années plus tard, l'ancien gardien daltonien prend les rênes de la sélection d'Arabie saoudite. Le début d'une période noire pour le Brésilien. Le 2 février 1987, dans la tourmente après des problèmes économiques et matrimoniaux, « Leiteria » décide de mettre fin à ses jours. Chez son ex-femme, Carlos Castilho se défenestre du septième étage d'un appartement du quartier de Buen Suceso, à Rio de Janeiro.

Il reste à ce jour le meilleur gardien de l'histoire d'un club vieux de 113 ans. Après son tragique décès, Fluminense annonce une minute de silence. Cet hommage se transformera en une heure de chant - au son du « Castilho, Castilho » - en son honneur. En 2007, une statue à son effigie est installée devant cette même enceinte, accompagné de la légende « À São Castilho, saint de Fluminense » . Un hommage majestueux à celui qui confondait les couleurs de son club de cœur.

Par Ruben Curiel
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Castilho était titulaire en 54, il était sur le banc en 58 et 62 puisque c'était Gilmar qui était le gardien de la Seleção.
"Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est quelque chose de bien plus important que cela."
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