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Casti : « Je me vois allongé, la tête dans une flaque de sang »

Fin septembre, Florent, supporter montpelliérain surnommé « Casti » par ses amis de la Butte Paillade, était gravement blessé à l'œil. Quelques jours après la manifestation nationale des ultras organisée pour le soutenir, il se livre longuement pour SoFoot.com.

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Le 21 septembre dernier, avant Montpellier-Saint-Étienne, Florent dit « Casti » , supporter montpelliérain de 21 ans, était grièvement blessé à l'œil, par un tir de Flash Ball selon lui et le médecin qui l'a opéré. Depuis, des banderoles de soutien ont recouvert les tribunes des stades de France et d'Europe. Une manifestation nationale rassemblant des groupes ultras de toute la France a même été organisée à Montpellier réclamant « Justice pour Casti » et la fin de « la répression abusive » à l'encontre des supporters. Aujourd'hui, Florent revient sur l'incident, les moments douloureux qu'il a subis comme les nombreux soutiens qu'il a reçus, et les combats qui l'attendent désormais : thérapeutique et juridique.

Que s'est-il passé le 21 septembre avant Montpellier-Saint-Étienne ?
Le soir du match, j'étais assis aux tables à côté des buvettes. Tout le monde était un peu éparpillé, c'était un avant-match classique et convivial. Et puis, soudain, je vois un supporter courir vers nous, poursuivi par des policiers de la BAC (Brigade anti-criminalité, ndlr). Les policiers sortent alors leurs tonfas et commencent à le matraquer. Les supporters qui étaient à côté ont voulu protéger ce supporter et certains criaient «  Arrêtez ! Calmez-vous ! Faites doucement ! Il y a des gosses ici !  » Les policiers ont alors reculé voyant tout le monde qui protestait. Ils étaient à environ cinq ou six mètres de nous quand j'ai entendu un coup de Flash-Ball, puis un deuxième. Et le deuxième, je l'ai pris dans la tête. Il n'y avait personne autour d'eux au moment où ils ont tiré, l'histoire était plus ou moins terminée et pourtant ils ont tiré plusieurs fois.

À partir de ce moment, est-ce qu'il te reste des souvenirs ?
J'ai quelques flashs. Je me revois par terre dans le fossé où je vois avec mon œil encore valide des gouttes de sang tomber de l'autre côté de mon visage. J'ai un autre flash où des personnes me portent vers le parking de la piscine (à proximité du stade de la Mosson, ndlr) et après je me vois allongé sur le parking la tête dans une flaque de sang. Et enfin, dans l'ambulance, je revois des personnes qui me disent «  Respirez fort, respirez fort !  » Après, tout le samedi, je ne l'ai pas vu. Et j'ai retrouvé un peu les idées claires le dimanche matin.

Comment se sont passés les jours suivants ?
Après l'hospitalisation, pendant au moins deux semaines, j'ai été vraiment mal. Je n'ai pas regardé la télé, je n'ai pas lu les journaux. Je réalisais ce qui m'était arrivé, j'étais pas bien.

Aujourd'hui, où en est ton état de santé ?
La première cicatrisation (suite à son opération le lendemain de l'accident, ndlr) se passe bien, mais c'est loin d'être la dernière intervention. Il n'y aucune réponse définitive aujourd'hui concernant mon œil parce qu'il y a encore beaucoup de travail. J'ai été à l'hôpital en début de semaine et je vais devoir subir une autre intervention, et peut-être une troisième. Je vais probablement devoir porter une prothèse oculaire partielle ou complète, c'est-à-dire un œil de verre. Je dois encore rencontrer d'autres spécialistes. Mais ce qui est sûr, c'est que la vue de cet œil, je l'ai perdue pour toujours, contrairement à ce qu'ont pu dire certains médias.

Comment tu te sens ?
Il y a des hauts et des bas forcément. Il y a d'abord la douleur physique qui est forte, et puis la prise de conscience quant au fait d'avoir perdu un œil, de savoir que ce sera pour toujours. Il y a des mauvais moments, quand je vois le mal que ça engendre autour de moi, quand je vois ma mère ou ma copine qui sont malheureuses. Après il y a aussi des hauts, des moments comme la manifestation de samedi et tous les soutiens que j'ai reçus, de voir aussi que ça sensibilise les gens sur la question de la liberté des ultras, parce qu'au final c'est de là que ça part. Je me dis que ce qui m'est arrivé n'arrivera peut-être plus, vu la gravité du geste et la prise de conscience des gens. Je m'accroche à toutes ces choses.

Comment as-tu vécu la manifestation nationale organisée par les ultras montpelliérains samedi dernier ?
C'était splendide ! Franchement, quand j'y repense, c'est extraordinaire ce qui s'est passé. Tous les supporters présents ont prouvé à tout le monde qu'ils savent être intelligents, que nous, les supporters ultras, ne sommes pas des « animaux » , comme le pensent la majorité des gens. On est juste des citoyens comme les autres qui sont victimes d'une répression abusive, qui a conduit au fait que j'ai perdu un œil.

«  La plupart des médias n'ont relayé que la version policière  »

Qu'as-tu pensé de la solidarité des ultras en France, mais aussi en Europe (des ultras allemands ont notamment brandi une banderole « Justice pour Casti » à la Veltins Arena lors de Schalke-Montpellier en Ligue des champions, ndlr) ?
J'avoue que j'ai un peu du mal à réaliser, c'est incroyable ! Pendant deux semaines, je n'ai volontairement pas regardé la télévision, ni été sur Internet. Mais lorsque j'ai recommencé à m'informer et que j'ai vu toutes ces marques de soutien, c'était fou, je ne me rendais pas compte et j'ai encore du mal à m'en rendre compte aujourd'hui. Quand je vois les supporters stéphanois avec qui on a une grande rivalité, qui sont venus ici, marcher dans notre ville, à nos côtés avec une bâche « Justice pour Casti » , c'est indescriptible à quel point c'est jouissif. Et quand je vois aussi le travail fantastique réalisé par les ultras montpelliérains pour faire en sorte que cette manifestation se passe bien et la solidarité de tous les supporters de France, ce sont des moments d'émotion énormes ! Pendant la manifestation, quand j'allais voir les différents groupes venus de toute la France, j'oubliais presque ce qui m'était arrivé, j'étais juste heureux de voir tous ces gens réunis et solidaires, entre autres avec moi. C'était quelque chose de magnifique pour moi.

Comment as-tu ressenti le traitement médiatique de l'incident ?
Le dimanche après l'incident, j'ai entendu sur France 3 Languedoc-Roussillon que j'avais récupéré l'usage de mon œil ! Ma mère les a appelés le lendemain en leur disant « Arrêtez de dire ça, c'est pas vrai ! » et pourtant, le soir, ils repassaient au journal cette même information fausse. Quand j'entendais des choses comme ça, sachant que j'avais définitivement perdu l'usage de mon œil, ça me rendait fou ! Du coup, ma mère m'a interdit de lire pas mal d'articles et surtout de commentaires d'articles sur Internet, comme ceux du site de Midi Libre où les gens se lâchent. J'en ai lu deux et ça m'a suffi, c'était incroyable de lire des choses comme « Il l'a bien cherché » sachant que les gens qui écrivent ça n'étaient pas là au moment de l'incident. N'importe quelle personne qui aurait été au niveau des buvettes ce jour-là, même en détestant les supporters, n'aurait pas pu dire autre chose que « Justice pour Casti  » , parce qu'il n'y a pas d'autres mots, c'est une erreur inadmissible ce qui est arrivé, et il faut vraiment que les gens prennent conscience de cette injustice. Le problème, c'est que les médias ont l'habitude de dire que les supporters sont fautifs et les gens ont l'habitude de le penser. Mais là, c'est tout simplement la police qui est fautive.

Où en es-tu de l'action juridique que tu as engagée ?
Avec mon avocat, j'ai déposé plainte la semaine dernière contre X pour violences volontaires. On est en train de constituer le dossier, ça avance petit à petit parce que la police nous met des bâtons dans les roues en me volant des papiers.

Comment ça ?
Mon dossier médical a disparu de l'hôpital Guy de Chauliac de Montpellier où j'ai été opéré. Il a été réquisitionné par la police, ce qui est illégal. Ils devaient seulement récupérer le compte-rendu d'hospitalisation, mais ils ont saisi l'ensemble de mon dossier médical en violant le secret médical, si bien qu'il n'y a plus aucune trace de mon passage à l'hôpital. Dans ces papiers, il y a notamment l'attestation du médecin légiste prouvant que la blessure à mon œil a été causée par un tir de Flash-Ball. Nous avons demandé des explications, ils ne nous en apportent pas. Mon avocat a envoyé une demande à l'hôpital et au préfet pour récupérer ces papiers, mais ils essaient de gagner du temps. S'ils ont fait ça, c'est qu'ils ont des choses à se reprocher.

Justement, à l'issue de la manifestation, le porte-parole du ministère de l'intérieur a déclaré : «  Rien ne permet d'affirmer que c'est un tir policier  » et a parlé de « légitime défense des policiers » . Que réponds-tu à cela ?

C'est un mensonge ! Surtout que la police a en sa possession les documents confisqués à l'hôpital disant que la blessure a été causée par le caoutchouc d'une balle de Flash-Ball. Moi je n'ai plus accès à ce papier, mais heureusement le personnel médical reste juste et le chirurgien qui m'a opéré nous a refait une attestation en ce sens. Quant à la légitime défense mise en avant par les pouvoirs publics, c'est faux. J'ai été témoin de la scène avant l'usage du Flash-Ball. D'ailleurs, des gens, qu'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam, mais qui étaient là au moment de la scène, ont témoigné en disant qu'il n'y avait aucune légitime défense de la part des policiers, que c'est plutôt les supporters qui étaient en état de légitime défense. Mais voilà, la plupart des médias n'ont relayé que la version policière…

Depuis quand es-tu membre de la Butte Paillade ?
Je suis « carté » à la Butte Paillade depuis trois ans, je faisais tous les matchs à domicile et la plupart des déplacements jusqu'à mon interdiction de stade.

Pour quelle raison as-tu été interdit de stade ?
J'ai pris une interdiction de stade le 21 décembre 2010 à Lorient pour tentative d'introduction d'engin pyrotechnique. Les fumigènes sont interdits par la loi, car les pouvoirs publics trouvent que c'est dangereux. Pour ma part, je ne trouve pas, mais bon, c'est la loi… J'ai été pris en essayant d'en rentrer un, j'ai été condamné. Au départ, j'ai écopé de six mois d'interdiction administrative de stade (IAS) à partir du 26 mars 2011. À l'issue de cette période, je suis passé en jugement et j'ai pris un an d'interdiction judiciaire de stade (IJS), pour ces mêmes faits, ce qui veut dire au passage qu'avec l'IAS, j'ai été déclaré coupable avant même de passer au tribunal, c'est-à-dire avant même qu'on établisse les preuves de ma culpabilité. Ce que je ne savais pas alors, et que j'ai appris depuis, c'est que les 6 mois d'IAS étaient inclus dans cette peine judiciaire d'un an. J'aurais seulement dû purger les 6 mois restants jusqu'au 26 mars 2012.

Et ça n'a pas été le cas ?
Lorsque j'ai été au commissariat, la police m'a dit que la condamnation d'un an d'IJS s'ajoutait aux 6 mois d'IAS que j'avais déjà subis. Par conséquent, j'ai continué à venir pointer en respectant mon interdiction de stade jusqu'au bout. Quand je suis venu aux abords du stade le 21 septembre, je croyais que c'était mon dernier match en tant qu'interdit de stade, je venais donc me remettre un peu dans l'ambiance avant un déplacement historique en Ligue des champions à Schalke. En fait, je n'étais plus interdit de stade depuis longtemps, contrairement à ce que disaient les textos que m'envoyaient les policiers pour que je vienne pointer. C'est quelque chose contre lequel je vais me battre aussi. On va prouver avec les différents papiers des tribunaux qu'ils avaient tort.

D'où vient ton surnom « Casti » ?
C'est le diminutif de mon nom de famille en fait.

Comment se passe ta vie aujourd'hui ?
Je devais commencer lundi une formation en réception hôtelière, mais je ne peux pas la faire, parce que je suis en incapacité. Cette année va sûrement être une année perdue. Je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire mais, pour l'instant, je ne me préoccupe vraiment pas de ça, mais de mon état de santé. Je sais, de toute façon, qu'il va me falloir beaucoup de courage et de patience.

Propos recueillis par Anthony Cerveaux
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