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Castelen, l'éternel blessé payé à la pige

L’histoire de Romeo Castelen a quelque chose d’invraisemblable. Le joueur hollandais, qui vient de signer un contrat avec le club russe du Volga Nishni, va devenir le premier joueur pigiste : il sera payé en fonction des minutes jouées. La précarité.

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Jouer plus pour gagner plus. Voilà une proposition qui aurait plu à notre ancien président de la République. Pourtant, ce nouveau concept ne vient pas de France, mais bien de Russie. Et promis, Gérard Depardieu n’a rien à voir avec cette histoire. Non. C’est l’histoire de Romeo Castelen, joueur hollandais, qui s’est engagé il y a quelques jours avec le club du Volga Nishni, actuel treizième du championnat russe. Mais son contrat est loin d’être un contrat banal. « Si le Hollandais de 29 ans ne joue pas le moindre match avec son nouveau club, il ne gagnera même pas un rouble » a détaillé le quotidien russe Sport Express. En gros, son salaire dépendra des minutes jouées. Un salaire à la pige, quoi. Mais pourquoi donc ? Tout simplement parce que Castelen, considéré comme une promesse du football néerlandais au début des années 2000, a connu une série infinie de blessures, qui l’ont contraint à ne disputer que 17 matches lors des cinq dernières saisons. Volga a donc anticipé. Plutôt que de recruter le joueur, et de se retrouver avec son salaire sur les bras alors qu’il squatte l’infirmerie, le club sortira les biftons uniquement si Castelen joue. Un peu cruel. Mais stimulant aussi.

Le saut en Allemagne

Romeo Castelen n’a franchement pas été verni au cours de sa carrière. Sa vie commence par un drame. Alors que Romeo n’est âgé que de 6 ans, sa mère et sa sœur décèdent dans un tragique accident d’avion au Surinam, son pays de naissance. Il va donc grandir seul avec son père aux Pays-Bas, où le reste de la famille émigre au début des années 90. Il lui reste alors le football. Bien déterminé à réussir, il rejoint très tôt les équipes de jeunes de De Volewijckers, puis s’engage avec le Sparta Rotterdam en 1997, à l’âge de 14 ans. L’année suivante, le voilà à ADO Den Haag, club avec lequel il va faire ses grands débuts dans le football professionnel. En effet, il est vite repéré par l’entraîneur de l’équipe première, qui le fait débuter en deuxième division en 2001. Romeo a 17 ans, et des pieds pleins de talent. A la fin de la saison 2002/03, ADO Den Haag est promu en Eredivisie, et Castelen, déjà devenu l’un des piliers de l’équipe, découvre donc l’élite du football néerlandais.

Mais le grand saut l’attend lors de l’été 2004, lorsqu’il entend les sirènes de Feyenoord. Rapidement, l’affaire se conclut, et Castelen devient la nouvelle attraction du club de Rotterdam. Il va disputer trois saisons là-bas, avec 20 buts à son actif, ce qui est plutôt correct pour un ailier droit. Pendant sa période rotterdamoise, Castelen est convoqué pour la première fois en équipe nationale des Pays-Bas, puis participe à l’Euro des moins 21 ans en 2006. Il forme alors un redoutable trio d’attaque avec Daniël de Ridder et Klaas-Jan Huntelaar, qui va largement contribuer à la victoire finale des Jong Oranje. Castelen est alors convoité par plusieurs clubs européens. Drôle de choix : il décide de rejoindre les rangs de Hambourg, en Allemagne. Un contrat de cinq ans. Sa première saison là-bas commence bien, mais au début du mois d’octobre 2007, le premier couac. Une blessure aux adducteurs le tient éloigné des terrains pendant un mois. Il revient pour la fin de l’année, mais très vite, c’est son genou qui va le tracasser. Et là, c’est le début du calvaire.

Quatre matches en quatre ans


Dès les premiers jours de l’année 2008, la sanction tombe : à cause de graves soucis au cartilage hyalin du genou, Castelen ne rejouera plus de la saison. Un coup dur pour le joueur, arrivé en Allemagne depuis seulement quelques mois. Commence alors une longue rééducation, qui va durer plus de huit mois. En septembre 2008, le Hollandais pense voir le bout du tunnel. Mais là, pan. La rechute. Son genou cède à nouveau. Il faut opérer. La saison 2008/09 passe à la trappe : Castelen ne jouera pas le moindre match. Pour le revoir sur une pelouse, il faut attendre le 8 août 2009. Il dispute l’intégralité d’une rencontre d’Europa League (tour préliminaire) face à Randers. Quelques jours plus tard, c’est la libération. Castelen fait son retour en Bundesliga, sur la pelouse de Wolsfburg. Il en profite pour y inscrire son tout premier but dans le championnat allemand, à la toute dernière minute. Mais son histoire est un éternel recommencement. Le joueur se reblesse, toujours au genou. Sept mois d’absence, encore. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la saison 2011/12. En tout, en cinq années passées en Bundesliga, Castelen n’aura disputé que 17 matches de championnat. Un enfer.

Son contrat expire, Hambourg ne le renouvèle pas (ah bon ?) et le joueur se retrouve sans club. Évidemment, personne ne veut prendre le risque de l’engager. Pendant six mois, il reste donc libre de tout contrat et pense à arrêter sa carrière. L’offre des Russes de Volga ressemble à une dernière chance. Malgré les termes du contrat, Castelen accepte. C’est cela ou rien. Le championnat russe reprend aujourd’hui. Volga joue ce matin, 10h30 heure française, contre le Kuban Krasnodar. Peut-être, enfin, l’occasion de revoir cette ancienne promesse à l’œuvre. Sa dernière apparition sur un terrain de football remonte au 2 octobre 2011. 17 mois d’absence. Si Castelen veut se mettre quelques roubles dans la poche, il va devoir jouer. Et laisser enfin derrière lui ses blessures. On le lui souhaite, sincèrement.

Eric Maggiori
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