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Casillas, de la gloire aux sifflets

De jeune produit de La Fabrica à capitaine emblématique de la Casa Blanca, Iker Casillas a tout connu au Real Madrid. Tout, même les invectives d'un public pourtant acquis à sa cause il y a peu. Longtemps incontestable, le portier ne fait plus l'unanimité dans son jardin de Santiago Bernabéu. Et le vent pourrait rapidement tourner.

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Dans le football, la force des grands clubs réside dans cette capacité à ne jamais se reposer sur ses acquis et toujours conserver une longueur d'avance sur ses adversaires. Dès lors, quand la machine s'enraille, la sonnette d'alarme ne met pas longtemps à se faire entendre. Au Real Madrid, la récente Décima appartient au passé et les champions d'Europe souhaitent conserver leur suprématie continentale. Mais en 2014-2015, le Real toussote. Battu en Supercoupe puis chahuté à Anoeta, la Maison Blanche a encaissé une nouvelle défaite contre son voisin et rival de l'Atlético samedi dernier (2-1). Seulement trois points en trois journées de Liga qui, cumulés aux dépenses faramineuses du président Florentino Pérez cet été, attisent les foudres des supporters madrilènes. Logiquement, des têtes de Turcs commencent à apparaître, et pas des moindres. Conspué par une partie des socios à chaque touche de balle, Iker Casillas est plus que jamais dans l'œil du cyclone. Et ça, le natif de Mostoles le sait très bien. « Le public est souverain, explique le portier à la fin du match. S'il souhaite me siffler, je dois l'accepter. Je dois continuer à travailler et répondre de la meilleure des manières, c'est-à-dire en jouant au football. » Une sortie médiatique au cours de laquelle le capitaine madrilène estime à juste titre que rien n'est joué quant à son statut de titulaire à part entière.

Le Saint-Iker


Et pourtant, le gardien de 33 ans a été le seul pion inamovible du onze merengue sur la quasi-totalité de sa carrière dans le club royal. Un temps en concurrence avec César, il profite de la blessure de son coéquipier pour garder sa cage inviolée lors de la finale de Ligue des champions à Glasgow en 2002. Viennent ensuite de longues années de règne sans partage, dans son club comme avec la Roja. Pas vraiment gâtés d'être nés dans la même génération, Víctor Valdés ou Pepe Reina ne peuvent qu'observer depuis le banc de touche les exploits d'un gardien hors norme, un ange descendu du ciel pour sauver sa défense des offensives adverses à l'aide de parades exceptionnelles. Casillas devient San Iker et prend le rôle du phare guidant le navire castillan lors des grosses tempêtes.

Vidéo

Capitaine d'une sélection toujours double championne d'Europe en titre, Casillas est considéré par ses pairs comme le meilleur gardien de l'histoire en Espagne. Mais à l'image d'un Gianluigi Buffon avec l'Italie, l'étiquette du mythe intouchable devient vite gênante lorsque les performances du portier sont moins étincelantes depuis un an. Dans un entretien à As, Moyá avait souligné la situation actuelle vécue par Casillas au Real : « Iker a déjà passé de nombreuses années au Real Madrid, il sait comment gérer cette pression dans le club, estime l'actuel gardien de l'Atlético Madrid. Quand ça ne va pas, on recherche toujours la petite bête pour faire bouger les choses. Pour moi, c'est un débat que seul l'entraîneur a le pouvoir de trancher. Il a deux gardiens d'un grand niveau, maintenant c'est à lui de choisir. » Comme un air de déjà-vu.

Keylor Navas, bis repetita ?


La Coupe du monde passée (7 buts encaissés face aux Pays-Bas et le Chili), l'aura de Casillas en équipe nationale a pris un sérieux coup de moins bien et ses prestations sont désormais suivies à la loupe. Concentré sur sa saison en club, le recordman de sélections nationales avec 157 capes voit également dans son rétroviseur Keylor Navas, autrement plus en vue lors du Mondial brésilien. Si le très tonique Costaricien n'a toujours pas été utilisé par Ancelotti, le récent désamour du public madrilène pour son capitaine pourrait octroyer à David une chance de détrôner Goliath, une bonne fois pour toutes. Cependant, la tâche s'annonce ardue pour le fervent adepte de la religion catholique. L'an dernier, la cohabitation très spéciale entre Diego López et Casillas avait débouché sur un partage assez cocasse du temps de jeu, entre Liga pour l'un et Ligue des champions pour l'autre. Saoulé d'un tel embouteillage pour garder les bois madrilènes et pensant être « le meilleur » , ce dernier a fini par mettre les voiles en août, direction la Serie A et le Milan AC. Keylor Navas est prévenu, son chemin de croix jusqu'à la bénédiction de Don Carlo s'annonce paré d'embûches. Mais des signes avant-coureurs à la succession d'Iker existent : être surnommé San Keylor, ça rappelle forcément quelqu'un.

Par Antoine Donnarieix
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