Carton rouge final pour Domenech

C'est fait : la FFF a envoyé sa lettre de licenciement à Raymond Domenech. Pour « faute grave » , dont on ignore le détail, Raymond va devoir quitter quoi qu'il arrive son poste à la DTN. Une procédure rare, grave, qui met mal à l'aise et qui, paradoxalement, peut tourner à l'avantage financier de Ray Strange. Retour sur l'affaire...

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Imaginez un Raymond Domenech « gentil » . Humble, bon communicant, médiocre parce que éliminé au premier tour du Mondial 2010, mais « gentil » ... Qu'est-ce qu'on fait de lui aujourd'hui, en septembre ? Eh, ben on lui refile les Espoirs ! Ben oui. Vu que Mombaerts a complètement foiré la qualif de l'Euro Espoirs 2011 et que les Bleuets viennent de rater leur troisième participation d'affilée (2007, 2009 et... 2011). «  Mombaerts, tu dégages ! Et fissa ! Y'a Raymond qui va prendre ta place ! Lui, il a bossé avec les Espoirs pendant 11 ans, de 1993 à 2004. L'a jamais rien gagné, Raymond, mais au moins lui y qualifiait les mômes ! Tu piges, bouffon ?! Fais tes valises et va coacher les Comores ! » . Et voilà : Raymond, toujours salarié à la DTN récupère les Bleuets parce que c'est un brave gars...

On exagère ? Y'a vraiment pas de quoi : son successeur à la touillette fait de la merde avec les A : deux défaites et une troisième à suivre chez les Bosniaques ! Et l'autre grande gueule, là... Didier Deschamps ! Minable avec l'OM, fiasco sur les transferts et bouffé-digéré par Anigo ! Et c'est pas tout ! Gérard Houllier est sur le point d'aller prendre de l'oseille à Aston Villa... Bon, OK : Smerecki est champion d'Europe avec les moins de 19... Mais, bon : « Sméré qui » , déjà ? D'où il sort ? Personne ne le connaît. Et puis les moins de 19, franchement, c'est quoi ? Et ça intéresse qui ? Non, non ! On garde Raymond à la DTN et on lui refile les Espoirs : on peut pas faire pire qu'avant. Sauf que... Raymond n'est pas « gentil » . La France le déteste pire que Michaël Vendetta. Une haine vieille de 6 ans, au summum absolu depuis le Mondial 2010. Alors après le fiasco de l'Afsud, la FFF a décidé de le virer comme une merde. Avec un licenciement à la clef. Normal ? Mouais... Mais pas évident à réaliser.


Poker menteur entre Raymond et la FFF

Bon, rappelons d'abord que le licenciement à la FFF, c'est quelque chose de très grave. C'est une décision très rare, sans doute sans aucun précédent dans la longue histoire de la Fédé. Un truc qui relève presque du droit pénal. Or, c'est du Droit du Travail qu'il s'agit. Une procédure de licenciement pour « faute grave » . Et ça là que ça devient intéressant. Car si pour toute la France du Foot, virer Raymond est d'une évidence folle et ne souffrirait même aucune compensation financière, la réalité d'une procédure juridique s'avère nettement plus délicate. Quels sont les faits incriminés et constitutifs d'une « faute grave » reprochée à Ray ? Le président par intérim de la FFF Fernand Duchaussoy avait évoqué quelques pistes le 23 juillet dernier. Essentiellement trois « reproches » , dont le premier : des « faits inacceptables, contraires à l'éthique, par exemple de ne pas serrer la main à l'entraîneur adverse » . Ray avait refusé de serrer la main de Carlos Alberto Parreira, sélectionneur de l'Afrique du Sud, lors du dernier match des Bleus au Mondial. Deuxième reproche : Duchaussoy accusait Ray Do « de ne pas avoir averti le président Jean-Pierre Escalettes, présent sur place, des événements qui se sont passés à la mi-temps de France-Mexique » . Jipé Escalettes avait appris via la Une de L'Equipe, les insultes de Niko Anelka à son sélectionneur. La révélation de ces insultes avait provoqué le renvoi d'Anelka le 19 juin et conséquemment abouti le lendemain à la grève de soutien à Knysna. Enfin, reproche est fait à Ray d'avoir lu en public le communiqué des grévistes...

Une fois de plus, n'importe quel citoyen ferait confiance au juge qui sera saisi si Ray porte son licenciement aux Prud'hommes : avec tout le mal qu'il a fait, Raymonde serait à coup sûr débouté et ne toucherait absolument rien vu qu'il n'existe pas d'indemnités quelconques pour faute grave. Problème : les magistrats, quels qu'ils soient jugent « en droit » , et non « en opportunité » . Traduction : même le plus haï des Français est fondé à faire valoir ses droits de salarié injustement licencié. Et le plus marrant, c'est que Raymond ne part pas perdant ! Un bon avocat peut détruire l'argumentaire de la FFF en démontant facilement les trois éléments à charge soi-disant constitutifs de la « faute grave » . Refuser de serrer la main à Parreira, c'est VRAIMENT une faute grave ? Pas sûr... Mais le pire, c'est que n'importe quel avocaillon peut planter la fédé sur un argument imparable. Le voici : les trois « reproches » adressés à Ray Strange entraient dans la fonction de « Raymond Domenech sélectionneur » . Or, le contrat de sélectionneur prenait fin le 30 juillet, quel que soit le bilan de Ray, éliminé au premier tour ou champion du monde. Problème : autant la fonction de sélectionneur était un CDD qui s'achevait le 30 juillet 2010, autant la fonction de DTN est un CDI entamé en 1993 et qui reprenait normalement son cours à partir du 1er août 2010, date à laquelle Ray se remettait au service de la Direction Technique Nationale. Or... C'est ce CDI de DTN que la FFF cherche à résilier pour des motifs à charge... inhérents à la fonction en CDD de sélectionneur ! En clair, on vire « Domenech DTN » pour les conneries commises par « Domenech sélectionneur » . Quel rapport entre les deux ? Pas évident d'un point de vue juridique... Sur cette confusion des deux fonctions et des deux contrats, la FFF peut se faire torpiller par l'avocat de Raymond... Alors ?

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Temps pourri sur le foot français

Alors, il y a évidemment de la transaction dans l'air. De toutes façons, Raymond sait qu'il va gicler, alors autant faire cracher la FFF un max. Il en a le droit... et les armes ! On le voit, la Fédé a plutôt intérêt à éviter un procès... C'est pour ça qu'elle serait prête à négocier une indemnité et une séparation à l'amiable. Le montant de 1,5 ou 2 millions d'Euros, tel qu'il l'a été évoqué dernièrement est excessif, voir infondé. Calculée sur la base du CDI auprès de la DTN (qui court depuis 1993), et arrêtée à aujourd'hui où Raymond perçoit toujours un salaire de 10 000 euros mensuels, l'indemnité de licenciement oscillerait entre 500 000 Euros selon Le Journal du Dimanche et 300 000 selon Le Parisien. Ca, c'est si Ray Domenech accepte ce décompte. Dans le cas contraire, il peut porter le litige devant le conseil des prud'hommes. Et comme on vient de le voir, il peut faire cracher la FFF. Affaire judicaire à suivre, donc. Avec Maître Collard ?

Sur le plan de la morale, cette procédure « disciplinaire » prête évidemment à sourire. On rappellera juste qu'avant d'être élu président par intérim de la FFF, et successeur de l'infortuné Jipé Escalettes, Fernand Duchaussoy était membre du Conseil Fédéral (en tant que Président de la Ligue Fédérale du Football Amateur, vice-président de la FFF, et donc membres de droit). Il faisait donc partie des « experts » qui ont reconduit Ray Domino à son poste après le désastreux Euro 2008. Au moins on saluera chez Duchaussoy sa célérité et sa réactivité sans faille dans le cours des événements : il aura été aussi speed à l'été 2010 pour virer Ray qu'il l'avait été pour le maintenir à l'été 2008... Drôle d'ambiance au sommet du foot français. Ca sent les règlements de comptes pour se refaire une virginité. On sacrifie un bouc émissaire commode, Raymond, pour pouvoir asseoir son siège de président de la FFF. Gros malaise persistant : depuis Knysna et l'Afsud, aucune démission collective du sélectionneur, de son staff et du Conseil Fédéral n'est venue ponctuer la lamentable épopée des Bleus.

Même à titre symbolique (et quitte ensuite à « reprendre sa démission » , le temps de procéder à un renouvellement des cadres de la FFF et élire un nouveau bureau avec des têtes nouvelles) la démission collective s'imposait. Or, rien de tout ça. Fernand Duchaussoy s'accroche. Il s'accroche à la présidence de la FFF qu'il n'occupe que par intérim et qu'il souhaite voir devenir pleine et entière jusqu'à au moins 2012. Pour faciliter son entreprise, il a réclamé la tête de Raymond, l'homme le plus détesté de France. En soi, licencier Domenech s'imposait sûrement pour le préjudice objectif qu'il a causé au foot français. Mais Raymond n'était pas seul à fauter. Et logiquement, dans la foulée de son licenciement désormais acté, le Conseil Fédéral devrait aussi « s'auto-licencier » . Mais on est en France, pays où les élites prises en flagrant délit d'incompétence ou d'immoralité peinent à s'excuser et passant la main...

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Ouais, bien vu Chérif, mais je crois que Duchaussoy à l'époque (fiasco Euro 2008) était l'un des rares de la Fédé à avoir voté contre le maintien de Ray à son poste. Je ne suis pas sûr, mais il faudrait revoir l'info. Si ce n'est pas le cas, alors oui, c'est un Tratuffo.
Le virer de son contrat principal sur la base d'un contrat secondaire, c'est ridicule, ridicule et ridicule. Juridiquement c'est intenable. Devant les tribunaux, qui n'aiment pas qu'on les dérange pour rien, ca va couter 2x plus cher qu'une négociation. Ils le savent. Ils font ca pour ne pas ajouter du scandale au scandale (indemniser Raymond alors qu'il a travaillé comme un cochon). Ils font surtout ca pour faire les beaux (nous on vire ce gars et on le paye meme pas). Ils pourront dire que c'est la justice qui les a obligés à verser x milliers d'euros. C'est de la politique en fait. C'est une question d'image pour les prétendant à la succession de JP escalope. Mains propres, tête haute, comme on dit dans certains partis. Mon cul ouais.
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