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Carlo Sartori, l'ancêtre de Darmian

Matteo Darmian fera ses débuts avec Manchester United contre Tottenham, tout comme Carlo Sartori il y a 47 ans, premier Red Devil italien mais aussi premier non-britannique.

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C'est un classique, à chaque arrivée d'un joueur étranger dans un club d'envergure, on liste ses compatriotes qui l'ont précédé. Matteo Darmian n'a pas échappé à ce petit jeu, mais le néo-mancunien a dû être surpris à la lecture des noms de ses prédécesseurs. S'il connaissait les anciens pensionnaires de l'Academy qu'étaient Giuseppe Rossi et Federico Macheda, il avait déjà un souvenir plus flou du gardien Massimo Taibi qui s'était d'ailleurs superbement planté, mais alors que dire du pionnier Carlo Sartori ?

L'aiguiseur de Collyhurst


« Carlo était un bon gars, mais pas forcément un bon footballeur. Maintenant, il gagne très bien sa vie en tant qu'aiguiseur de couteaux à Manchester, et d'ailleurs, je dirais qu'en tant que joueur, il faisait un très bon aiguiseur ! » , cette déclaration tirée de l'autobiographie de feu George Best résume plutôt bien la vie de son ancien coéquipier, de deux ans son cadet. L'affûtage de couteaux, c'était effectivement la spécialité de la maison, ou plutôt de la région de Pinzolo, au cœur du Trentin, au Nord-est de l'Italie. On les surnommait les « Moleta » , Sartori Sr en était un, et c'est la raison pour laquelle il embarque toute sa famille dans le quartier d'Ancoats de Manchester où se sont regroupés des centaines d'immigrés italiens. Carlo n'a alors que dix mois, mais déjà des cheveux roux qui lui permettront de se fondre dans le paysage de Collyhurst où est fondée la Sartori Sharpening Services. Comme tout gamin, le benjamin de la famille tape la balle et suit même ses deux aînés au Maine Road pour y supporter Manchester City, jusqu'au jour où Joe Armstrong décide de prendre un thé avec la Maman de Carlo pour la convaincre de faire jouer son fils chez les rivaux. Nous sommes en 1963, l'attaquant hargneux que l'on compare à un Jack Russel devient un Red Devil et ce pour dix ans.

Vice Best et vice Law


Sartori doit cependant s'armer de patience, ballotté entre l'équipe B, la réserve, les matchs couperets de la Lancashire Cup et les couteaux à aiguiser, il signe son premier contrat pro en 1965 mais doit attendre septembre 1968 pour faire enfin ses débuts chez les pros. Les Red Devils de Matt Busby sont champions d'Europe en titre et se déplacent sur le terrain de Tottenham. Peu avant la mi-temps, Francis Burns se blesse au genou, numéro 12 dans le dos, le rouquin entre en jeu, moment historique, c'est la première fois qu'un joueur né hors du Royaume-Uni ou de l'Irlande porte le maillot rouge. Tout s'enchaîne rapidement, la semaine suivante, Sartori est titulaire contre Liverpool en lieu et place de son copain Best, laissé au repos en vue de la rencontre retour de Coupe intercontinentale contre l'Estudiantes. Ce jour-là, c'est Denis Law qui se fait mal et c'est encore Sartori qui le remplace. Battu, Man U va peu à peu couler pour atterrir en seconde division à l'été 1974. Carlo, lui, est déjà parti depuis un an. Plus beau fait d'armes de cet ailier besogneux en 56 matchs et 6 buts ? « Mon but contre Anderlecht en 8e de C1 1968-69, décisif pour la qualification au tour suivant » , se remémorait-il l'an dernier aux micros de la Rai. En effet, vainqueurs 3-0 à l'aller, les tenants du tire s'inclinent 3-1 au retour.

Champion du monde militaire


De moins en moins utilisé dans cette équipe en perdition (il connaît 4 managers différents en 5 ans), Sartori croise le chemin de Gigi Peronace, dirigeant italien qui a déjà amené Law, Charles et Greaves en Serie A. Le Mancunien suit et fait ainsi son retour dans un pays auquel il est resté très attaché. Un attachement toutefois insuffisant pour être considéré comme ressortissant italien. Il faut pour cela faire son service militaire avant, son transfert à Bologne attendra, direction Brazzaville pour la Coupe du monde des bidasses. Avec lui, les futurs champions du monde 82 Bordon, Graziani et Oriali. Ils s'imposent en devançant l'Irak, le Koweït et le pays organisateur. Sartori est enfin apte à jouer pour les rossoblù, mais il ne disputera que deux rencontres de Serie A, trouvant la gloire dans les divisions inférieures, à la la SPAL, Benevento, Lecce, Rimini et Trento dans sa région natale. À 36 ans, il boucle la boucle et raccroche les crampons, l'idée est même de devenir entraîneur. Mais le destin en a voulu autrement, un de ses frangins décède et Carlo doit repartir à Manchester pour reprendre en main l'entreprise familiale. Comme son père quarante ans plus tôt, il emmène femme et enfants et se met à aiguiser des couteaux jusqu'à sa retraite il y a deux ans. Si Darmian a besoin de faire affûter ses crampons, il sait où aller.

Par Valentin Pauluzzi
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Je ne connaissais pas l'existence de ce joueur. J'ai appris un truc.

Si je comprends bien, Sartori avait un niveau D2 (c'est déjà pas mal) et a pourtant débuté dans un grand club de niveau international.

Banal, au fond. Ce qui l'est moins, c'est qu'il était roux.
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