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  2. // Gustave Kervern

« Canal + ne veut pas plaisanter avec le foot »

À regarder Mammuth, Le Grand Soir, Near Death Experience ou même Saint Amour, actuellement en salle, aucun doute là-dessus : Benoît Delépine et Gustave Kervern, derrière leur humour noir et leur rock’n’roll attitude, aiment les road movies. Pourtant, c’est bien avec un Gustave Kervern adepte du combo canapé-match de foot que l’on est revenu sur l’état du championnat français, sur l’OGC Nice des années 80 et sur les relations difficiles entre le foot et le cinéma.

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C’est quoi le dernier match que tu as regardé ?
C’était Lyon-PSG (interview réalisée le lendemain, ndlr). Et, putain, ça faisait du bien d’avoir de l’intensité dans un match de L1, celle que l’on retrouve tous les week-ends en Premier League. Pendant longtemps, sans trop savoir pourquoi, je ne regardais pas le foot anglais, mais j’en regarde de plus en plus et je me demande toujours pourquoi les joueurs ne se battent pas autant en France. Ici, on a l’impression que les joueurs vont au ralenti et que l’arbitre casse le rythme tout le temps en sifflant de supposées fautes. C’est quand même étrange, non ? En France, on est passionné de foot anglais, mais on ne le pratique pas du tout de la même façon. Sauf lors de ce Lyon-PSG, donc.

« En France, un 1-0 est souvent synonyme de pauvreté dans le jeu. En Angleterre, ce n’est pas le cas »

Malheureusement, ce n’est pas ce résultat qui va changer l’issue du championnat…
Sauf pour Lyon qui se replace dans la course à la troisième place. C’est plutôt sympa pour eux, même si je ne suis pas supporter de l’OL. Moi, je suis plus pour l’OM. Tout simplement parce que j’ai fait mes études à Marseille et que je me suis attaché à l’histoire du club. Cela dit, j’ai l’impression d’être un peu perdu dans ma passion. Je regarde vraiment tous les matchs de L1 et j’ai parfois la sensation de ne pas savoir pour qui tenir. Par exemple, lors d’un Montpellier-Lorient, je me dis que je vais laisser mes origines bretonnes me porter, mais le fait d’avoir pas mal d’amis à Montpellier m’incite à supporter également cette équipe. C’est un énorme dilemme, et c’est chiant parce que c’est important d’avoir un favori dans un match…

« Moi, par exemple, je ne vais plus à Marseille présenter mes films. C’est un désert culturel là-bas »

Tu es peut-être de ceux qui supportent les petites équipes ?
C’est vrai que j’ai tendance à les privilégier : ça doit être mon côté justicier. Après, lorsqu’un club de CFA gagne un match contre une L1 en Coupe de France pour se faire défoncer au tour suivant, ce n’est pas trop mon truc. Mais un club comme Leicester, ça fait plaisir à voir. Et là, on peut franchement dire que les mecs se donnent. Ils gagnent parfois leur match 1-0, dans la difficulté, mais tu sens qu’ils se défoncent sur le terrain. En France, un 1-0 est souvent synonyme de pauvreté dans le jeu. En Angleterre, ce n’est pas le cas.

C’est un peu le problème de l’OM, en fait. On a l’impression que c’est le gros bordel actuellement, que ce soit sur ou en dehors du terrain…
Le recrutement a été très bizarre, sans véritable cohérence. Mais la magie autour du club est toujours intacte. Ce n’est pas pour rien que l’OM fait toujours les meilleures audiences sur Canal+. Au-delà du jeu, c’est surtout le manque de motivation et d’implication qui m’inquiète. On dirait que les joueurs sont résignés, qu’ils ne font parfois pas l’effort, alors qu’ils perdent seulement 1-0. Honnêtement, le niveau du championnat est inquiétant, à croire que même les joueurs ne se rendent plus compte de la pauvreté de leur jeu.

Tu dis que la magie autour de l’OM est toujours intacte. Aujourd’hui, comment définirais-tu le supporter de Marseille ?
C’est incroyable à quel point il est vivant et à quel point il vibre pour ce club. C’est un peu cliché ou classique de dire ça, mais il n’y a pas une discussion, que ce soit dans un bar, un bus ou dans la rue, où ça ne parle pas du club. Mais ça reflète aussi la pauvreté de cette ville. Moi, par exemple, je ne vais plus à Marseille présenter mes films. C’est un désert culturel là-bas. Quand j’y allais, il n’y avait pas grand-monde et le peu de personnes ayant fait le déplacement faisaient la gueule. Un peu comme si, à force de parler football, on ne parlait plus du reste. Le cinéma d’art et d’essai n’a pas sa place à Marseille, et c’est pareil pour toute la Côte d’Azur. Notre avant-dernier film, celui avec Houellebecq, n’a même pas été distribué là-bas. Il y a un vrai problème de curiosité. Ayant vécu à Nice et fait mes études à Marseille, ça me désole de dire ça, mais l’offre culturelle est très pauvre dans ces régions. Ils préfèrent parler foot ou draguer des filles. Ce sont des activités très louables, certes, mais il n’y a pas de place pour nous.

« Cela dit, ça fait cinq ou six ans que j’essaye de monter une émission de foot. J’y crois toujours, mais Canal n’est pas motivé par l’idée de plaisanter avec le foot »

Ta passion pour ce club, elle est née comment ?
Pour la petite histoire, il faut savoir que j’ai été supporter de Nice pendant des années. Je suis né là-bas et j’ai vibré comme un dingue à l’époque de Baratelli, de Camérini ou Huck. Avec mes potes, on continue aujourd’hui encore à se remémorer les noms des joueurs de la décennie 70. On connaissait les effectifs par cœur, j’allais d’ailleurs voir tous les matchs au stade. Même seul parfois. Mais quand je suis allé faire mes études à Marseille, je suis tombé amoureux de l’OM et j’ai continué de les suivre.

Tu as des souvenirs précis de cette époque ?
Que ce soit pour le cinéma, le foot ou autre, j’ai une très mauvaise mémoire. J’oublie tout au bout de cinq minutes. Il faudrait d’ailleurs que j’aille voir un médecin parce que ça commence à m’inquiéter. Pour te dire, je ne me souviens plus qui a remporté la Coupe du monde 2010, alors que j’ai regardé tous les matchs. Cela dit, je me rappelle de quelques événements, comme ce match de Nice face à Nancy lors de la saison 77/78. Il pleuvait des cordes, et Nancy l’avait emporté 7-3 avec un quadruplé de Platini. Ça, ça m’a marqué. Mais pour le reste, que ce soit les poteaux carrés de Saint-Étienne ou la victoire de l’OM en Ligue des champions, ça reste très vague. Pourtant, je vibre comme un gamin devant un match.

Tu penses qu’il existe des ponts entre ton amour du foot et celui pour le cinéma ?
Pas vraiment, non. Cela dit, ça fait cinq ou six ans que j’essaye de monter une émission de foot. J’y crois toujours, mais Canal n’est pas motivé par l’idée de plaisanter avec le foot. Ils commencent à s’ouvrir un peu avec Julien Cazarre, mais ça reste compliqué. C’est dommage parce que je tiens vraiment à ce projet. J’étais même prêt à faire le pilote gratuitement.


Tu penses qu’il pourra se faire un jour ?
Je l’ai toujours en tête, en tout cas. Après, c’est compliqué à mettre en place parce que c’est de plus en plus difficile de faire faire des conneries aux footballeurs, et ce n’est pas toujours très drôle lorsqu’on y arrive. Mais dès que j’aurais un petit moment, je le ferai et je montrerai aux gens que ce genre d’émissions est possible. D’autant que vu le niveau de la première division française, ça pourrait être pas mal de détourner le foot et de s’en moquer... Une émission de ce type aurait donc clairement sa place. C’est d’ailleurs déjà le cas en Angleterre. J’espère juste que je ne vais pas me faire doubler comme d’habitude. Une fois que les chaînes auront trouvé le moyen d’accrocher la ménagère de moins de 50 ans, ça se mettra en branle.

D’un point de vue cinématographique, tu penses quoi des connexions entre le foot et le 7e art ?
Je n’ai pas vu les films comme Shaolin Soccer, mais il faut avouer qu’il n’y a pas eu beaucoup de longs-métrages sur le sujet et que le peu de films qu’il y a eu sont bien souvent des navets. Il y a bien Coup de tête ou Didier qui ont leur propre ton, mais ça ne vole jamais très haut sinon. Peut-être que le foot est plus télégénique que cinématographique. Sur grand écran, ça paraît toujours bidon. Même dans Coup de tête, on voit bien que Patrick Dewaere joue super mal. La solution, ce serait de s’intéresser aux coulisses, un peu comme les Américains le font avec le baseball ou le football américain.

Sur les plateaux de tournage, ça parle souvent foot ?
C’est très rare et je n’ai pas beaucoup tourné avec des acteurs passionnés par le sujet. Depardieu était porté sur le foot parce qu’il était pote avec Bourgoin à l’époque d’Auxerre, mais ça ne le passionne pas plus que ça. Poelvoorde s’en fout complètement, et Houellebecq, on n’en parle même pas. C’est pareil à Groland : j’essaye de faire des sketchs autour du foot, mais comme les autres n’y comprennent rien, ça ne les fait pas rire, et le sketch n’aboutit pas. Ils ne sont pas au courant de l’actualité et n’ont pas les références, donc c’est une perte de temps. Sur le dernier film, avec le directeur de production, j’ai quand même réussi à aller voir les matchs durant le tournage. On s’arrangeait pour aller dans un restaurant avec une télé.

Et ça va, ce n’est pas trop difficile à gérer avec ton emploi du temps ?
Disons que je peux faire chier tout le monde pour voir un match, comme lors de notre dernière avant-première à Caen où j’ai réalisé un peu tard que c’était le même soir que PSG-Chelsea… Étant donné que l’on mange pendant la diffusion du film, j’ai emmerdé le mec de Caen pour voir le match et il s’est arrangé pour s’abonner à beIN uniquement pour moi. Je n’ai pas pu voir le match en entier, mais c’était super sympa de sa part. Après, tu n’imagines même pas le nombre d’invitations que j’ai déclinées parce qu’il y avait un match ce soir-là.

« Je vois bien l’équipe aller jusqu’en demi-finales et se faire éliminer »

Tu ne rates vraiment aucun match, en fait ?
C’est quasiment devenu un signe de vieillesse : je reste à la maison, seul et je m’enquille tous les matchs. J’aime bien me concentrer et les vannes de groupes ne me font plus rire. Du coup, je reste chez moi et je vais dans les bars uniquement lorsque je ne peux pas faire autrement.

Je sais que tu avais regardé un match de la dernière Coupe du monde avec Eric Elmosino également…
Oui, il habite mon quartier, et c’est un grand fan de foot également. On en parle souvent quand on se voit. Mais là, c’était dans le cadre d’une émission pour la radio Le Mouv’. J’avais fait ça aussi pour Libération : j’envoyais des commentaires à la con pendant un match. Mais je ne l’ai fait que trois fois : je m’étais rendu compte que mes blagues tournaient en rond et qu’il valait mieux arrêter.

Pour finir, tu crois aux chances de la France pour l'Euro ?
C’est du 50-50, selon moi. Pourquoi ? Parce que, d’un côté, l’équipe est impressionnante avec des individualités très fortes et très efficaces actuellement. Mais, d’un autre côté, je trouve que l’on pèche un peu dans l’état d’esprit. Lacazette, par exemple, je l’apprécie beaucoup et j’ai bien aimé ses efforts face au PSG, même dans les phases défensives, mais je ne retrouve pas cette envie en équipe de France. On dirait qu’il est amorphe, par moment. Et c’est pareil pour d’autres, à croire qu’ils ont l’impression d’être des dieux. Ce qui est un sentiment très français, finalement. C’est entre autres pour ça que je pense que, même si on a possiblement l’une des meilleures équipes du monde, l’effectif est encore un peu fragile. Un peu jeune, également.

Un pronostic, dans ce cas ?
Je vois bien l’équipe aller jusqu’en demi-finales et se faire éliminer. Mais j’espère me tromper, bien sûr.

Propos recueillis par Maxime Delcourt
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Dans cet article

paul.la.poulpe Niveau : Ligue 1
"Je vois bien l’équipe aller jusqu’en demi-finales et se faire éliminer."

J'adore ce genre de pronos. Comme lorsqu'on dit que l'objectif du psg c'est les demi-finales.

Parce qu'évidemment c'est plus difficile d'arriver en demi-finales en prenant l'Autriche en huitième et l'Irlande en quart que d'arriver en quart en prenant l'Allemagne en huitièmes..
Ricky Van Werewolfswinkel Niveau : District
"Pour la petite histoire, il faut savoir que j’ai été supporter de Nice pendant des années. Je suis né là-bas et j’ai vibré comme un dingue [...] On connaissait les effectifs par cœur, j’allais d’ailleurs voir tous les matchs au stade. Même seul parfois. Mais quand je suis allé faire mes études à Marseille, je suis tombé amoureux de l’OM et j’ai continué de les suivre."


Putain réveillez-moi.
medyassineabd Niveau : DHR
putain, plus grolandais que ça, tu meurs !!!!!!
le mec est supporter de la moitié de la ligue 1
Dès la première réponse tu sens le pseudo supporter qui pige pas grand chose mais qui répète ce qu'il a entendu au pmu.
Mais c'est vrai que ce passage sur Nice est fantastique, j'ai pas réussi à aller plus loin.

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