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Campedelli : "Le foot doit être joué avec amour"

Luca Campedelli n'est pas un président comme les autres. À 43 ans, il est à la tête du Chievo depuis 20 ans. Discret, timide, on lui connait la passion de l'escrime ancienne et du football anglais. Avant d'aller défier Catane en Sicile, il livre ses impressions sur les choses du football.

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Que représente le Chievo à Vérone ?

C’est l’une des deux équipes de Vérone. Le Chievo représente donc une partie de la ville. À une époque, ça avait été compliqué avec une frange des supporters de l’autre club, le Hellas. Ils nous accusaient de voler les symboles du club, les couleurs, mais ce n’était qu’incompréhension. Au final, nous ce sont deux clubs de Vérone, et les couleurs sont les mêmes.

Et en Italie, le Chievo, ça représente quoi ?

Ça représente, je crois, un football un peu différent. Déjà, parce que nous avons des supporters qui ne créent pas de problèmes : ils viennent au stade, et ils s’en vont. C’est quelque chose de notable. Après, nous n’avons pas une structure économique suffisamment forte pour dire au début du championnat que nous visons l’Europe. Je ne donne pas d’identité de jeu à mon équipe, ça, c’est l’entraîneur qui s’en charge. Moi, j’essaie d’inculquer un esprit plus qu’une identité : ne jamais abandonner, rien n’est jamais fini. Ne jamais se donner vaincus, et jouer jusqu’à la fin, c’est-à-dire une minute après le coup de sifflet final.

Quand le Chievo est monté en Serie A, c’était ça le secret ?

Non, le secret ce sont les gens qui travaillent aux clubs, tout nos préparateurs. La vérité, c’est que ce sont des préparateurs d’un niveau de champions league ! Et même : de finale de champions league.

Le Chievo ne part jamais avec l’idée de viser l’Europe ?

Non, au départ, non. Le premier objectif reste celui de ne pas descendre. Lorsque que le maintien est acquis, on regarde combien il manque de journée, et on actualise nos objectifs. On essaie de grappiller le plus de points possibles, pour aller dans la partie gauche du classement, celle des dix premiers. Mais le Chievo est un club de la partie droite du classement. Un jour, peut-être, nous serons suffisamment structurés pour viser plus haut dès le départ.

Comment définir le lien entre votre famille et le Chievo ?

C’est comme un lien de parenté. Nous sommes de Chievo, nous habitons à Chievo, et le Chievo a toujours été l’équipe de la bourgade, celle de mon père, de mon grand-père. À la fin des années 70, quand nous avons repris le club, c’était une période délicate pour le club, mais aussi pour l’économie en général. Il était juste de sauver le club, c’est ce qu’on a fait.

Votre père a été président du club, que vous a-t-il enseigné ?

Beaucoup de choses, et j’espère les avoir comprises. Sa grande phrase, c’était : «  Il faut faire chaque chose en son temps, pas après pas, afin que le ballon ne nous mange pas le Pandoro (un gâteau véronais de Noël, que la famille Campedelli produit avec son entreprise Paluani, ndr) » . Être prêt aux compromis, mais toujours en pensant avec raison. C’est ce que j’essaie de faire.

Comment expliquez-vous qu’en Italie les clubs appartiennent à des familles. Ce n’est pas le cas en France, par exemple ?

C’est un problème de culture, il faudrait que les clubs se développent, sur le modèle de Barcelone. C’est difficile d’évoluer si l’on garde toujours les mêmes personnes. Cela fait vingt ans que je suis président. Pour apporter des nouveautés, un renouvellement, il faudrait un turn-over. Au bout d’un moment, les dirigeants perdent un peu l’esprit de combat.

Vous en avez marre d’être président du Chievo ?

Non, non.

« L’argent n’est pas la finalité »

Comment vous percevez votre travail ?

Pour moi, ce n’est pas un travail, c’est une passion, et j’essaie de faire du mieux que je peux, sans toujours y arriver. Shankly disait que le foot est bien plus qu’une question de vie ou de mort, je suis totalement d’accord avec ça. Pour moi, les affaires sont liées à la passion, mais le business ne doit pas être une fin en soi, au contraire. Un jour, j’avais dit que l’argent ne marquait pas de but. Ce que je voulais dire, c’est que ça aide, mais il ne faut pas avoir comme seul objectif de faire de l’argent, il ne faut pas perdre de vue le reste. L’argent, c’est un moyen qui permet de faire le reste. Ce n’est pas la finalité.

Vous semblez un peu à l’écart par rapport aux autres présidents de club italiens.

J’ai de bons rapports, mais c’est vrai qu’on s’appelle rarement.

Vous aviez quel rapport avec Berlusconi ?

On s’est parlé quelques fois, je l’ai vu une fois, mais on n’a jamais vraiment eu de discussions sérieuses. C’est un entrepreneur, il était Président du Conseil, il avait aussi d’autres choses à faire. Je ne peux pas vraiment parler de ce qu’il a fait au Milan, à part constater qu’ils ont commencé à gagner des Scudetti, des Champions. Il a gagné.

Le football a beaucoup changé avec Berlusconi. Depuis vingt ans, quelles évolutions avez-vous constaté ?

Il y a vingt ans, le football était bien plus à taille humaine. Il était moins professionnel. Les joueurs sont devenus des stars, tout s’est exaspéré. Je ne dis pas que c’était mieux, mais maintenant, les joueurs sont beaucoup moins concentrés sur le football qu’avant. C’est un sport qui doit être joué avec amour.

Vous semblez mélancolique.

Je suis mélancolique de l’époque ou j’étais moins expérimenté. Maintenant, je suis un peu plus cynique, et je le regrette un peu. L’époque enchantée où le football était magique est terminée, c’est quelque chose d’autre maintenant. Toutes ces affaires qui ont émaillé le foot italien ces dernières années, et le foot en général, ont détruit la magie. Mes dix premières années sont passées plus vite. Pour autant, je ne regrette pas l’époque du foot amateur et je suis heureux d’être arrivé là où on est arrivés. Parfois, je vais regarder jouer des enfants, et ça me fait du bien : pour les enfants, le football est un jeu.

Votre constat est global et ne regarde pas que le foot italien ?

Oui. J’aime beaucoup le foot anglais, j’avais même dit un jour en rigolant que j’aimerais bien inscrire le Chievo en Premier League. Mais le show business est arrivé et a détruit un peu tout ça. Le football est resté sain en Allemagne, en tout cas sur les matchs que j’ai vus. La magie existe encore.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le foot anglais ?

Ça m’est venu tout petit. J’aimais bien la façon de concevoir le foot, cette idée de ne jamais abandonner. En Angleterre, tu peux perdre 7 à 0 mais continuer à te battre. Ça me plait. Et puis, j’ai aimé la façon dont ils ont résolu le problème de la violence.

En Italie, il y a eu l’introduction de la carte du supporter pour lutter contre la violence.

Oui, je ne la vois pas comme quelque chose d’utile pour lutter contre la violence. Pour moi, c’est un obstacle plus qu’autre chose. Je peux comprendre que dans certains cas elle puise être utile, mais plus que cibler tout le monde, il faudrait viser les bonnes personnes et se concentrer sur les franges les plus violentes. Nos stades sont militarisés, et ça ne me plait pas, on est le seul pays où c’est comme ça. Il y a trop de contrôles dans nos stades, ça me paraît exagéré. Et puis, il est toujours possible d’aller au stade, mais c’est plus compliqué.

Au-delà du foot anglais, votre grande passion est l’escrime historique.

Oui, ça fait six ans que je m’y suis mis, ça a été une très belle découverte. Je pratique l’escrime du 16e siècle. Je fais des tournois. En juillet dernier, j’ai même raté un match amical du Chievo, pour aller à un tournoi. Je suis arrivé troisième. C’est la première fois que je ratais un match amical.

Pour revenir sur le Chievo, vous n’êtes qu’à deux points du Napoli avant le déplacement à Catane. Vous êtes satisfaits du début de saison ?

Oui, même s’il est encore trop tôt pour en parler. Comme je vous disais, attendons d’être sauvés, regardons combien de matchs il manque, et, là seulement, nous verrons s’il conviendra de revoir les objectifs à la hausse.

Vous êtes même devant l’Inter, un club que vous supportez.

Enfin bon, je ne crois pas que l’Inter restera là très longtemps. Mais effectivement, je suis Interiste, parce que mon père l’était déjà. Il m’emmenait à San Siro, et ça a été immédiat. Mais attention : je supporte le Chievo avant tout. En fait, je suis Interiste, sauf quand on joue contre eux.


Propos recueillis par Lucas Duvernet-Coppola
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Paul_101_Moro Niveau : District
Un tres, tres bonne interview.

Dommage qu'y aura pas du monde pour la lire, puisque ca parle pas d'un 'gros'.
pazzzo_bianconero Niveau : District
j'adore sa vision du football! et je la partage
marchisiojuve Niveau : District
président d'un club de série A à 23 ans respect
C'est un article vraiment très intéressant, effectivement. Dommage qu'il soit gâché par une bonne dizaine de fautes d'orthographe.
Pour le peu que j'ai cherché, le Chievo n'était pas en Serie A en 1991. Du moins en D3 en 1994, année où il a été champion de sa catégorie. En 1986, il était en D4. Alors peut-être qu'entre les deux il a été en Série A en mode super rapide dans un sens comme dans l'autre, mais je pense pas que qui que ce soit puisse être président d'un club pro de première division à 23 ans.

En fait, lorsqu'il est nommé président du Chievo en 1992, il sont champions de C1 la même année, soit de D3. C'est seulement en 2000-2001 que le Chievo a accédé pour la première fois à la Serie A.
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