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Cameroun, la révolution imposée

Malgré son statut d’outsider, voilà le Cameroun en demi-finales de la Coupe d'Afrique des nations. Une performance d’autant plus remarquable que de nombreux cadres ont refusé de participer à la compétition. Et si ces absences représentaient finalement une force pour les jeunes Lions indomptables ?

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Et le meilleur joueur de la meilleure équipe annoncée du continent qualifie le Cameroun. D’un penalty raté, Sadio Mané envoie les Lions indomptables en demi-finales de la Coupe d'Afrique des nations 2017. Ça, c’est pour l’analyse facile. Mais une autre lecture de l'instant est possible : finalement, cet exploit est autant dû au tir trop mou de l’attaquant de Liverpool qu’à l’arrêt inspiré de Fabrice Ondoa. Le portier de vingt et un ans, qui aurait dû être soumis à la forte concurrence de Guy-Roland N'Dy Assembé, symbolise d’ailleurs parfaitement cette nouvelle équipe jeune, sans expérience et déterminée.


À l’origine, l’effectif devait pourtant avoir un peu plus de gueule. La nation de Roger Milla comptait sur Joël Matip, 26 sélections et défenseur des Reds, Eric Choupo Moting, 41 capes et attaquant de Schalke 04, ou encore Allan Nyom, de West Bromwich Albion. Finalement, ce sont huit joueurs appelés par leur pays qui ont refusé de se rendre au Gabon (dont Assembé). Après la retraite de Samuel Eto’o en 2014, les leaders de l’équipe se nomment donc Benjamin Moukandjo, élément offensif de la lanterne rouge française, Adolphe Teikeu, défenseur central de Ligue 2, ou Sébastien Siani, apparu seulement douze fois sous le maillot de son pays.

Non, Eto'o ne serait pas un poids


Le constat faisait un poil peur avant le début de la compétition. Sauf que, porté par une mentalité exemplaire et une belle générosité, le groupe a déjoué tous les pronostics en s’invitant dans le dernier carré du tournoi. En s’appuyant sur une certaine réussite, bien entendu (une seule victoire pour trois nuls en quatre matchs), mais en respectant leur maillot et en mordant dans l'épreuve comme des morts de faim. Dès lors, la question bête se pose : l’absence des joueurs considérés comme cadres serait-elle une bonne chose pour les Lions ?

Permettrait-elle de libérer les jeunes propulsés soudainement titulaires ? Une fausse idée, selon Joseph-Antoine Bell, ancien gardien de la sélection et spectateur attentif du football africain : « Je ne crois pas que les absences leur permettent de mieux s’exprimer, non. L’absence d’un joueur comme Eto’o ne les fait pas grandir. Pour devenir bon, un jeune doit être capable d’évoluer avec de grands noms. » Autrement dit, jouer avec Eto’o ne doit pas empêcher un petit frère de prendre ses responsabilités. La figure du ballon rond camerounais va même plus loin, considérant que les absents n’ont pas toujours tort : « Ces bons résultats font du bien, car personne ne misait sur cette équipe. On arrive à gagner, c’est très bien. Bravo. Mais cela ne veut pas dire que les absences sont bénéfiques sportivement parlant. »

Faire table rase du passé


Cette compétition déjà réussie a en tout cas donné naissance à une équipe inédite, qui comble son manque relatif de talent par une solidarité bienvenue et décisive. Patrick Suffo, vainqueur de la CAN en 2002 avec le Cameroun, s’en réjouit, imaginant enfin des jours meilleurs pour une nation qui se cherche depuis 2008 : « L’effectif présent actuellement au Gabon va grandir ensemble. Il faut absolument miser sur la continuité.  » Cela signifie-t-il qu’il faut blacklister les déserteurs ? Absolument, selon Suffo. « Même si on ne peut pas leur reprocher de faire de leur carrière une priorité au détriment de leur pays, il faut qu’ils sachent un truc : quand on accepte de jouer pour le Cameroun, ce n’est pas uniquement quand on le souhaite. Il faut donc oublier ceux qui ont refusé de venir. C’est désormais aux dirigeants de comprendre qu’il ne faut plus compter sur ces gars-là et qu’il faut donner les clés aux jeunes en place. Ces derniers doivent sentir que le futur réside dans leurs mains. Que la sélection camerounaise, c’est leur équipe maintenant. »


Révolution ou évolution ?


Cette stratégie ne fait pas l’unanimité. Bell, par exemple, ne partage pas du tout l’avis de son compatriote : « Le football est devenu un métier. Si certains ont refusé de disputer la CAN, c’est qu’il y a des raisons. Celles-ci tiennent notamment à l’organisation interne du foot camerounais. Donc à mon humble avis, il ne faut pas rayer les noms de ceux qui ne sont pas là. Car ils peuvent toujours apporter à notre pays. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas venus au Gabon qu’ils doivent être exclus. »

En revanche, l’ex-gardien de but quart-de-finaliste du Mondial en 1990 met lui aussi l’accent sur le besoin d’une petite révolution amenée par la prise de pouvoir de nouveaux joueurs. Ce qui prendra du temps : «  Pour gagner, il faut accepter de laisser grandir ces jeunes, et donc de perdre dans un premier temps. On ne peut pas gagner tout de suite. Il faut construire. Ça fait longtemps que je dis qu’il faut repartir sur de nouvelles bases. » Avec Moukandjo et Ondoa. Les grands frères, ce sont eux, désormais.

Par Florian Cadu
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