Calcio : c'est quoi cette grève ?

Après la Liga, c'est au tour de la Serie A de se mettre en grève. Dans l'œil du cyclone : l'article 7 de la convention collective. Du coup, ce week-end, au lieu d'aller au stade, les tifosi ont pu faire bronzette. Mais, c'est pour quoi, au fait ?

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« Non si gioca » . Trois mots, forts, pour une seule réalité. « On ne joue pas » , en version française. Comment ça, « on ne joue pas ? » Non, on ne joue pas. Jusqu'au dernier moment, tout le monde a cru que c'était une blague. Que le vendredi soir, un accord allait être trouvé, que la grande fête du football allait pouvoir être célébrée, après trois mois de trêve. Mais non, ce n'était pas une blague. Les acteurs de la Serie A, par le biais de l'AIC, le syndicat des joueurs, ont renoncé à la première journée de championnat. Pourquoi ? Parce que, comme en Espagne, une partie des joueurs n'a pas été payée depuis mars dernier ? Pas du tout. Parce que le contrat collectif n'a pas été signé. Voilà l'explication. Oui, celle-ci peut laisser pantois. Qu'est-ce donc que ce fameux « contrat collectif » , hissé en quelques jours au rang de relique tellement sacrée qu'elle empêche même le début de l'un des championnats les plus passionnés de la planète ? En réalité, le problème n'est pas vraiment le contrat en lui-même, mais son article 7. Celui qui concerne les joueurs « fuori rosa » , autrement dit « hors de l'effectif » . D'accord. Voilà qui demande des explications.

Qu'est-ce qui fait débat ?

En réalité, le bras de fer ne date pas d'hier. En décembre dernier, l'AIC, sorte de Medef pour les joueurs, menace d'annuler la 16ème journée de Serie A. Branle-bas de combat. Tout le monde s'active pour empêcher ça. De fait, l'AIC s'oppose à la nouvelle convention collective proposée par la Ligue (Lega Calcio) car tous les points abordés à l'intérieur ne lui conviennent pas. Débute une première bataille, qui aboutit finalement, in-extremis, à un accord provisoire. Pas de grève, donc, mais une promesse : le fameux article 7, celui qui fait débat dans la convention, devra être revu d'ici au début du prochain tournoi. « Cause toujours, tu m'intéresses » : voilà ce qu'ont dû penser, à ce moment là, les dirigeants de la Fédération italienne de football. On ne leur enlèvera pas leur Serie A. Sauf que du côté du syndicat, on est du genre coriace. Le patron, Sergio Campana, un brin ébranlé par tous ces évènements, passe le relai à Damiano Tommasi. L'ancien joueur de la Roma prend ses nouvelles fonctions à cœur, et promet à Campana de mener sa « bataille pour l'article 7 » à bien.

Quel est le problème de cet article 7 ?

L'article 7, donc. Quelques lignes qui, selon l'AIC, « portent atteinte aux droits des joueurs » . En y regardant plus en détail, l'article en question garantit aux joueurs « la possibilité de développer leur activité dans le respect de leur dignité professionnelle » et au staff technique « d'organiser au mieux les entraînements avec des effectifs qui peuvent parfois être composés de 50 joueurs » . Massimo Cellino, qui a été directement confronté au problème en écartant du groupe Federico Marchetti pendant un an, se justifie. « Il ne s'agit pas d'isoler un joueur. Mais si l'un d'eux pense à changer d'équipe, qu'il met une mauvaise ambiance au sein du groupe, alors, c'est juste qu'il s'entraîne à part » explique-t-il dans le Corriere della Sera. Et c'est sur ce point que l'AIC s'offusque. Tommasi voudrait que celui-ci soit modifié, pour éviter que le problème se reproduise. Louable. Mais quoi d'autre ? Bah rien. C'est tout. Voilà le débat féroce pour lequel la Serie A n'a pas débuté.

En effet, depuis que le syndicat a décidé que rien ne commencerait tant que le contrat ne sera pas signé par toutes les parties, les présidents de clubs se sont dressés à ses côtés. Ainsi, lorsque Giancarlo Abete, président de la Federcalcio, a proposé une médiation pour que l'on discute des termes du contrat après la première journée, ce sont les patrons qui ont dit non. 18 voix contre 2 : leur vote a été sans appel. Aucune médiation possible, l'AIC et les présidents (qui, pour la plupart, « se prononcent sans être au courant de ce qui se passe » , comme l'assure Cellino) restent inflexibles sur leurs positions. Un accord devra donc être trouvé dans les prochains jours.

Quelles sont les conséquences ?

Trois types de conséquences. Sportives, économiques et morales. Sur le plan sportif d'abord. Déplacer le premier tour, juste avant une trêve, veut donc dire que les joueurs de Serie A ne reprendront pas la compétition officielle avant le 11 septembre. Trois jours plus tard, ils devront débuter en Coupe d'Europe, face à des adversaires qui sont déjà dans le bain depuis au moins un mois. Economiquement parlant, faire sauter la première journée a évidemment un coût. Celui des billets à rembourser. Car à priori, les rencontres seront récupérées un mercredi, jour où tout le monde ne peut pas se rendre au stade. Et puis, comme l'explique Cellino, il y a les dommages moraux. Les pires, selon le patron sarde : « Pour ce premier tour, nous attentions le Milan champion d'Italie, à Cagliari. Mes employés n'ont pas pris un seul jour de vacances, même pas en août, pour que tout soit prêt à temps pour le 27 août. Et maintenant, comment je leur explique ? » .

Il faudra également l'expliquer aux tifosi. Et ça, c'est un nouveau venu dans le football italien, Thomas DiBenedetto, qui le constate. « Cette grève, c'est quelque chose de très grave. L'impact peut être énorme, car dans le passé, à l'occasion d'autres grèves, il a fallu beaucoup de temps pour que les tifosi se passionnent à nouveau de leurs équipes » . La formule est un peu maladroite, mais le fond y est. Allez donc expliquer à un tifoso, qui trime pour payer son billet, que la journée est annulée parce que des joueurs qui gagnent des millions font la grève. Effectivement, certains d'entre eux gueulent déjà. « Face à la mort de Gabriele Sandri, tu as préférer jouer. Pour des réclamations absurdes, tu es prêt à faire la grève. No comment » pouvait-on lire sur une banderole affichée dans les gradins d'un match amical de l'Atalanta. Les tifosi de Novara et la Fiorentina ont été plus virulents : « Pour faire la grève, il faudrait d'abord travailler » ou encore « Arrêtons de supporter des couillons avec des millions. Honte à vous ! » . Pas forcément la meilleure façon de réconcilier les supporters avec des stades trop souvent désertés.

Eric Maggiori

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Les espagnols semblaient avoir une bonne raison de faire grève même si le moment était surement mal choisi, mais là c'est un véritable scandale. Le pire c'est qu'eux ils sont payés lorsqu'ils font grève, pas comme le reste du pays. Qu'ils remboursent les places aux supporters.
Tommasi aura passé sa carrière à se tromper de choix (surtout au niveau des passes)...là il se trompe encore de choix, sauf que là ça n'engage pas que lui.
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