Caiazzo : « Le droit de savourer un peu »

« Je ne pensais pas que le football faisait autant souffrir » , confessait un jour Bernard Caïazzo, voix chevrotante et larmes aux yeux. C'était il y a une éternité, le 16 décembre 2009 pour être exact. Christophe Galtier enfilait ce jour-là le survêt d'Alain Perrin. Moins de dix mois plus tard, le président du conseil de surveillance des Verts a retrouvé la banane. Interview.

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Saint-Étienne s'apprête à recevoir l'OM en leader après avoir remporté le derby à Gerland. J'imagine que vous n'avez jamais eu autant d'amis ?


Il y a toujours plus de monde lors des mariages que lors des enterrements. C'est la nature humaine. Il faut accepter mais il y a aussi un vrai bonheur chez tous ceux qui aiment les Verts.

Franchement, vous pensiez qu'un tel début de saison était possible ?


Si en juillet, quelqu'un nous avait prédit que l'ASSE serait leader de L1 et gagnerait le centième derby à Gerland, nous aurions tous pensé que cette personne a “fumé la moquette”. L'ASSE dispose du dixième budget de L1 donc comment pouvait-on imaginer cela ?

Vous avez déclaré dimanche dernier dans le JDD : « Christophe (Galtier) fait des progrès colossaux. Il est bien conseillé par Jean-Pierre Bernès et Didier Deschamps. Je sais qu'il va souvent les voir à Cassis, et que Didier, un garçon prodigieux, lui donne des tuyaux, notamment sur les équipes qu'on va rencontrer » . Cette déclaration a un peu surpris les supporters de l'OM mais Galtier aurait des raisons de l'être aussi, surpris : il passe pour un assisté, un coach encore en maturation... C'est une erreur de votre part de l'"infantiliser" comme ça, non ? Toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire...


Christophe Galtier et Didier Deschamps sont amis. Je ne vois pas pourquoi ils n'échangeraient pas des conseils sur les autres équipes. Cela n'empêchera pas l'un et l'autre de tout faire pour faire gagner leur club. Si demander ou échanger des conseils est être “assisté” ou “infantilisé” alors l'humanité est en danger.
Les valeurs de l'amitié, de l'échange et du partage sont les plus belles.
Cela ne gêne en rien l'esprit de compétition.

On lit tout et n'importe quoi sur l'influence retrouvée de Bernès dans le foot. Qu'avez-vous à dire sur lui ?


Jean-Pierre Bernès est un des meilleurs professionnels de football en France. Il voit souvent avant les autres. Ce n'est pas par hasard qu'il est le conseil de Blanc, Deschamps ou Galtier...

Deschamps, « un garçon prodigieux » dites-vous : c'est lui qu'il faut le plus craindre dans cet OM-là ? Est-ce que sur le papier St-Étienne a des complexes à faire ?


L'ASSE respecte tous les adversaires mais ne craint personne. Il n'y a aucun complexe à faire. Galtier est un homme de grande valeur autant que Deschamps.

En bon président-supporter, Romeyer n'a évidemment pas pu s'empêcher de répondre à Aulas qui a chambré l'ASSE au micro pour flatter un Kop furieux en disant que la Champion's League vous la jouiez sur Playstation... Romeyer a-t-il eu raison de répondre ?


En répondant à Jean-Michel Aulas, il est dans son rôle de défenseur de l'institution ASSE.

Vous en avez pensé quoi vous de cette prise de parole d'Aulas ?


Si Jean-Michel Aulas veut être populiste, il ne doit pas se servir en public de l'ASSE pour faire plaisir à ses supporters déçus. L'ASSE doit faire respecter ses joueurs comme ses supporters. Jean-Michel Aulas doit des excuses à l'ASSE.

Un drôle de bonhomme quand même ce Aulas ? Vous entretenez quel type de relation avec lui ?


Mes rapports avec Jean-Michel Aulas sont strictement professionnels. Il est Vice-Président de la Ligue. Moi aussi. En plus, je suis Président du Collège L1. Dans les instances, l'influence de l'ASSE n'est pas inférieure à celle de l'OL.

Quel était l'objectif du club pour la saison ? Est-il revu à la hausse ?


L'objectif du club est de faire le mieux possible par étapes. D'abord le maintien et ensuite « prendre notre revanche sur les deux dernières saisons » .

Vous avez fait un recrutement de père de famille (des joueurs souvent libres, ou pas chers, expérimentés, discrets) après avoir souvent donné dans le grand n'importe quoi... Ce changement de cap, c'est quoi : les leçons tirées du passé ou simplement une nécessité d'ordre budgétaire ?


Depuis deux saisons, Roland et moi réclamions des joueurs avec plus de maturité. Nous avons enfin été écoutés grâce à Christophe Galtier, qui partageait la même vision. L'ASSE est devenue plus équilibrée et plus expérimentée.

80% des joueurs utilisés cette année étaient là l'an dernier, même si certains ont été longtemps blessés, certes.... Qu'est-ce qui a changé dans le vestiaire ?


Depuis janvier 2010, sur 26 matchs, l'ASSE est sixième du championnat (matchs retour plus 7 matchs depuis août). Christophe Galtier et son staff sont les premiers responsables. Le retour des blessés et les nouveaux joueurs ont accéléré le processus de guérison par rapport à 2009. Il y a neuf joueurs de l'effectif qui ont porté un brassard de capitaine à l'ASSE ou ailleurs, dans leur carrière. Cela explique l'état d'esprit actuel, comme la sérénité du groupe.

La trajectoire de Payet prouve qu'il faut du temps parfois pour qu'un talent explose enfin... Avez-vous parfois douté de sa capacité à exploser un jour, en tout cas chez vous ? Avez-vous hésité à vous en séparer à certains moments ?


Tout le monde savait que Dimitry Payet était un joueur de talent. Le travail finit par payer, Dimitri est heureux et a pris conscience de son potentiel. Il faut, maintenant, qu'il soit régulier, à ce niveau, sur la saison entière. Cependant, la force de l'ASSE d'aujourd'hui est son collectif. Christophe Galtier et son staff ont su fédérer un groupe, uni et solidaire. La star, c'est l'équipe.

Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir décidé plus tôt de mieux clarifier les rôles de chacun dans l'organigramme avec votre associé Romeyer plutôt que de s'entêter avec cette présidence bicéphale ?


Tout le monde oublie que Roland et moi, depuis la cinquième place européenne, ne dirigions plus le club. Nous avions confié en 2008 la direction au trio Vincent Tong-Cuong–Damien Comolli–Alain Perrin. En décembre dernier, après les matchs aller catastrophiques malgré 22 millions d'euros de dépensés en nouveaux joueurs, j'ai demandé à Roland d'accepter de revenir à la direction du club en tant que Président du Directoire, pendant que je m'occuperais du travail dans les instances, du développement des ressources et des partenariats nationaux au conseil de surveillance.

Aujourd'hui on parle du "président Romeyer", vous étiez davantage dans l'ombre dans la crise, vous l'êtes aussi maintenant que tout roule... C'est pas un peu frustrant ? Pas de jalousies ?


C'est le rôle du directoire d'être omniprésent dans les médias. Il ne peut y avoir de jalousies quand on est à l'origine des décisions. Chacun doit être dans son rôle.

Le retour de Rocheteau : en quoi est-il important, au-delà du symbole ?


Cette semaine, nous avons décidé de donner plus de responsabilités à Dominique Rocheteau en le faisant passer du conseil au directoire. Il devient un vrai patron sportif et pas seulement un conseiller. Il a un excellente connaissance du football et a des valeurs fortes d'humilité, de travail et de partage qui correspondent à ce que nous voulons voir à l'ASSE. Il a 55 ans et n'est plus un “ange vert”. Ceux qui en doutent vont s'en rendre compte rapidement.

A chaque crise ces dernières années, la presse expliquait que chacun d'entre vous avait placé ses hommes, lesquels avaient trop de pouvoir, ce qui favorisait le bazar, les mauvaises décisions, et surtout l'absence de responsables... Quel est la part de vrai là-dedans et qu'est-ce qui a changé concrètement qui profite aujourd'hui au club ?


Roland et moi avons toujours pris toutes les décisions de choix d'hommes ensemble, que ce soit pour les coachs, les directeurs ou managers. Notre erreur a été de ne pas être assez présents à la direction du club. Ce n'est plus le cas depuis janvier 2010. Roland est un dirigeant rigoureux mais juste. Dominique Rocheteau va encore améliorer l'organisation de l'ASSE. Le club est parfaitement en ordre de marche.

Voilà un peu plus d'un an que vous avez accueilli Jean-Claude Dassier dans la grande famille des présidents de club. Comment s'est passée son intégration ? Vous ne regrettez pas un peu Pape Diouf parfois ?


Pape Diouf était devenu un ami car nous avons siégé à la Ligue, l'un à côté de l'autre. Il est resté un ami. Jean-Claude Dassier est le Président du Directoire de l'OM et je le respecte, tout comme Vincent Labrune, le Président du Conseil de Surveillance, dont j'apprécie énormément le bon sens. L'ASSE est organisée comme l'OM, mais aussi le PSG, Bordeaux et même Auxerre. Même la FFF va bientôt s'organiser de cette façon.

Tout le monde peut battre tout le monde en L1, même en fin de saison très peu de points séparent les menacés de relégation des prétendants à l'Europe.... Ça vous inspire quoi ?


La L1 est un championnat relevé, extrêmement compétitif où aucun match n'est prévisible. Le suspens existe à tous les niveaux. Le maintien risque de se faire à 45 points cette saison et l'Europe à 60 points.

Dans ce contexte, on en est à se dire que sur un malentendu (si l'équipe est épargnée par les blessures, si la réussite est souvent de son côté comme contre Lyon, si Payet et consorts continuent de briller, si la concurrence fait preuve d'irrégularité), St-Étienne pourrait jouer le titre, ou du moins une place en Champion's, comme Auxerre l'an dernier... Vous en rêvez secrètement, non ?


L'ASSE vient de sortir de deux années de souffrance. Roland et moi, mais aussi des millions de supporters, ont vécu dans la douleur. Nous avons le droit de savourer un peu. L'objectif est de donner du bonheur aux millions de gens qui supportent les Verts et ont envie de rêver. Nous aussi, nous rêvons parfois mais notre responsabilité nous oblige à toujours revenir à la réalité.

Le fait que les gros ne soient pas pour l'instant au rendez-vous cette année est-il un handicap dans la renégociation des droits télé ? Et qu'un club mythique et populaire comme St-Étienne revienne au premier plan, c'est un plus ?


L'ASSE leader apporte, de l'avis de tous les observateurs, une grande fraicheur au foot pro en France. Cela peut favoriser les droits TV. Dans tous les cas, je suis optimiste sur ce sujet car Canal dispose de managers intelligents, ce qui est aussi le cas des clubs français.


Propos recueillis par Vincent Riou

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