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Cagigao : « La formation française a mal géré le cas des jeunes joueurs d’origine africaine »

À Arsenal, il y a Arsène Wenger. Et puis il y a Francis Cagigao. Scout depuis 15 ans pour les Gunners, l’Espagnol a été celui qui a permis aux jeunes Fàbregas, Reyes, Lauren ou Almunia de découvrir la Tamise. Spécialiste de tout ce qui brille, il fait le point sur la formation à la française, longtemps considéré comme le vivier des londoniens.

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Quelle est votre opinion sur la formation française actuelle ?
La France a une culture de la formation très importante. Il y a une tradition qui fait qu’elle sort constamment de très bons joueurs. Il y a toujours eu une tradition du jeu dans votre pays, mais après les succès de 98 et 2000, tout a été chamboulé. À partir de ce moment-là, la formation à la française a exagérément été axée sur le physique, au détriment de la technique. Si la génération de jeunes français est moins bonne aujourd’hui, c’est à cause de cette politique. Résultat : vous avez toujours de bons joueurs, mais beaucoup moins qu’il y a 10 ou 20 ans.

Comment l’expliquez-vous concrètement ?
La France a la chance d’être un pays cosmopolite et métissé. Je pense néanmoins que la formation française a mal géré le cas des jeunes joueurs d’origine africaine. Elle a énormément misée sur le physique de ces jeunes sans vraiment se préoccuper du reste.
Jusqu’à il y a peu, l’origine des joueurs n’avait jamais constitué un problème, mais, là, ils n’ont pas su allier les qualités naturelles supposées des joueurs africains avec le style latin. Pour synthétiser, c’est un peu comme si le coté africain avait pris le dessus sur ce coté latin, considéré plus technique et moins physique. On a réduit certains jeunes à leur physique, alors qu’ils avaient peut-être le potentiel pour devenir de très grands techniciens. C’est vraiment dommage. Vous savez, pendant longtemps, l’Espagne a été jalouse du potentiel physique des joueurs français. Le problème, c’est qu’en Espagne, il n’y a jamais eu de flux migratoires importants comme chez vous. Que vous le vouliez ou non, l’immigration a eu une influence sur votre identité footballistique. Grâce à ces jeunes dont les parents étaient immigrés, vous êtes devenus champions du monde. Ces mêmes jeunes qui vous ont permis d’être sur le toit du monde sont maintenant pointés du doigt par le public. Ce n’est pas juste pour eux. Il faut comprendre que le football est une question de cycles, voilà tout. Aujourd’hui, vous êtes dans le dur, mais ça ne sera pas le cas indéfiniment. L’Allemagne est aussi un pays multiculturel et le vit très bien. Regardez leur sélection, c’est l’une des toutes meilleures du monde.

« Le jambon Iberico est un délice, mais on a longtemps cru que celui de Parme était meilleur »

Aujourd’hui, la formation espagnole est érigée en modèle, alors que ce n’était pas du tout le cas il y a quelques années. Comment expliquez-vous que le football espagnol ait mis autant de temps à trouver une politique de formation qui lui convienne ?
C’est simple : avant, la Roja, c’était la Furia. La Furia, c’est n’importe quoi comme concept. Être furieux, ça ne sert à rien, ça ne sert qu’à avoir des problèmes. L’Espagnol type, c’est un type assez petit, vif. On a récupéré notre coté latin et laissé tomber l’aspect physique pour se concentrer sur nos vrais points forts : la technique, la tactique et la prise de décision. L’arrivée de Luis Aragones a permis de tout remettre à plat. On a récupéré notre culture footballistique, l’identité qui est vraiment la nôtre. Le jeu actuel de la Roja est en accord avec ce que nous sommes et ce que nous savons faire. Les Espagnols ne font plus ce qu’ils ne peuvent pas ou ne savent pas faire. Le football espagnol s’est longtemps trompé sur lui-même. Pendant des années, les clubs ont pensé que les joueurs étrangers étaient meilleurs que les locaux. La société espagnole était comme ça aussi. On a souvent pensé que les produits locaux étaient moins bons que ceux qui étaient importés. Le jambon Iberico est un délice, mais on a longtemps cru que celui de Parme était meilleur. Almodovar est un génie, mais on a longtemps imaginé que n’importe quel réalisateur hollywoodien était, là aussi, bien meilleur que lui. L’Espagne est un pays complexe avec beaucoup de problématiques. On parle quand même d’un pays qui a souffert d’une très longue dictature. Quand la démocratie est arrivée, on a mis du temps à exporter nos idées et à comprendre qu’on devait imposer les nôtres et ne pas reprendre celles des autres. En football, c’est la même chose. On a longtemps cru que le footballeur espagnol pouvait lutter avec les mêmes armes que les footballeurs qui mesuraient 1m90… Ça nous a pris du temps pour comprendre ça, mais aujourd’hui on joue avec nos armes. Il y a aussi quelque chose qui a radicalement changé depuis quelques années : c’est le mental du footballeur espagnol. De la qualité il y en a toujours eu, mais le mental, la conviction de n’être inférieur à personne, ça c’est nouveau. Regardez la Quinta del Buitre. C’était une génération de footballeurs merveilleux, mais si on y avait cru encore plus, peut-être qu’ils auraient fait encore mieux pour le Real Madrid et le football espagnol. Aujourd’hui, les jeunes Espagnols qui sortent des centres de formation n’ont peur de personne. La confiance en eux-mêmes et en ce qu’ils ont appris les rend meilleurs et ça se voit dans leurs prises de décision.

Il y a quelques mois, la Fédération française a voulu mettre en place des quotas... (il coupe)
J’ai beaucoup entendu parler de ça. Ça a fait du bruit cette histoire. On vit dans un monde global aujourd’hui. Si on veut vivre dans un monde global, on ne peut pas dire : « Le monde est global, mais pas le football ! » Personnellement, je suis contre tout type de quotas de ce genre. On ne peut pas mettre des frontières ou des barrières comme ça. Je ne suis pas d’accord avec ce genre de pratique… Le modèle du football anglais est très critiqué, mais il repose sur une logique implacable. Si un joueur étranger veut jouer en Premier League, il faut qu’il soit international avec son pays et qu’il ait disputé un certain nombre de matchs internationaux. Pour eux, c’est un gage de qualité. C’est un filtre qui leur permet de ne pas se retrouver avec des étrangers qui n’ont pas le niveau. Même avec ce genre de mesures, les Anglais n’ont pas d’identité footballistique importante. Le football anglais expérimente aujourd’hui ce qu’il s’est passé en Espagne il y a quelques années. Ils ont les meilleurs joueurs étrangers du monde dans leur championnat, mais quand tu vois jouer la sélection anglaise, tu te demandes à quoi elle joue. Elle est où, leur identité de jeu ? Ils l’ont perdue ! Tout le monde a une identité de jeu plus ou moins marquée. Il y a quelques années, les Anglais jouaient avec une intensité qui pouvait mettre en difficulté n’importe qui. Aujourd’hui, ils ne savent plus vraiment vers où aller. De mon point de vue, c’est la même chose pour la France. Ça fait de la peine, parce les Bleus étaient champions du monde il n’y a pas si longtemps que ça.

En tant que scout d’Arsenal, comment percevez-vous au quotidien les jeunes footballeurs français en comparaison avec leurs jeunes homologues étrangers ?
La formation, c’est une question épineuse. Ce n’est pas une usine où on fabrique des produits ou des clones. La formation de joueurs, c’est de l’humain. Il n’y a rien d’objectif dans l’humain, tout est une question de points de vue et de relations. C’est ça qui fait que ça marche ou pas. La grande différence entre les centres de formation français ou les sélections de jeunes françaises par rapport, par exemple, à leurs homologues espagnols, c’est le concept. Sur quelle politique de formation ils misent ? En Espagne, on mise clairement sur un prototype de footballeurs techniques, intelligents dans le jeu. Ils ont une perspective à long terme. On a l’impression qu’ils savent où ils vont et qu’ils sont sereins avec ça. En France, j’ai l’impression que le concept est un peu plus flou depuis ces dernières années. Au delà de la force, de la puissance et de la vitesse qu’ils recherchent chez les joueurs, on a l’impression qu’ils naviguent à vue. En Espagne, l’intelligence de jeu, la capacité tactique et la faculté à se mouvoir dans un collectif sur et en dehors du terrain priment sur tout le reste. Les concepts footballistiques entre les deux pays sont clairement différents. Aujourd’hui, quand je vais dans des académies de football et que je compare un jeune footballeur espagnol avec un français, il n’y a pas photo.

« La formation française est comme un peintre qui se contenterait d’utiliser deux couleurs »

C'est-à-dire ?

En Espagne, on ne dit pas aux jeunes : « Vous devez être le plus rapide, le plus puissant ou le plus fort. » En football, c’est impossible d’être meilleur en tout. C’est la France qui nous a appris ça, d’ailleurs. Le meilleur joueur du monde, c’était Zidane : il n’était ni le plus rapide, ni le plus technique, mais il était plus intelligent que les autres. Il y avait des joueurs plus techniques, plus rapides et intrinsèquement meilleurs que Zidane, mais, lui, il faisait fonctionner ses qualités à plein régime et de manière intelligente. C’est comme ça qu’il est devenu le meilleur joueur du monde. De mon point de vue, la France devrait mélanger les concepts qui ont fait sa force pour se mettre en phase avec le football moderne. Aujourd’hui, s’il n’y a pas de créativité, la puissance ne sert à rien. Il faut que la France récupére son identité de jeu qui a tant émerveillé les gens il y a quelques années. Pour moi, l’identité de jeu, c’est la base de tout. Le Barça actuel ne s’est pas fait en un jour. Il a fallu 25 ans, c'est-à-dire l’arrivée de Cruyff sur le banc de touche, pour que ca donne des fruits. Quand Cruyff est arrivé, j’étais au Barça B. Je me rappelle qu’il a tout changé au niveau de la formation du club. L’idée de jeu, la manière de travailler, les concepts. Il voulait que toutes les équipes du club jouent avec le même système. Il a donné une identité de jeu aux Blaugrana et surtout de la confiance dans un modèle qui n’a pas changé depuis. Depuis que Cruyff est parti, il y a eu beaucoup de changements de présidents et d’entraîneurs, mais l’identité de jeu est restée la même. J’ai l’impression qu’en France, il n’y a pas cette patience-là d’attendre. Quand on met en place un modèle de formation, ça demande des années avant de voir des résultats. On ne peut pas tout chambouler d’une année à l’autre et espérer que ça va marcher. C’est impossible. Le Barça travaille de la même manière depuis bientôt 25 ans. Résultat : ils ont le meilleur centre de formation du monde. Et en plus, ils gagnent des titres.

Tout le monde ne peut pas ou ne veut pas ressembler au Barça non plus…
Tout le monde ne doit pas ressembler au Barça, surtout. Le Barça a travaillé intelligemment avec le vivier de joueurs qu’il avait à disposition en Catalogne. Tous les pays devraient reprendre la même formule de travail, c’est possible du moment que le style de jeu et la philosophie de jeu s’adaptent aux qualités naturelles des joueurs locaux. La France a la chance d’être un pays métissé. Elle a besoin des jeunes d’origine africaine, de leurs qualités physiques et de leur sens du jeu, mais elle ne peut pas se reposer uniquement sur eux. Il faut marier leurs qualités avec celles des autres joueurs qui composent le tissu social et footballistique français. Le football est un jeu qui se joue avec le ballon. Si tu ne sais pas le maîtriser ou l’utiliser, à quoi ça sert d’être le plus grand, le plus fort ou le plus rapide ? Sans jeu de mot, la formation française est comme un peintre qui se contenterait d’utiliser deux couleurs. Pour faire un beau tableau, il faut maîtriser toute une palette de couleurs et savoir les mélanger.

Comment expliquez-vous que la sélection allemande multiculturelle fonctionne et pas les Bleus ?
Dans le football moderne, chaque pays cherche sa propre identité. Les allemands l’ont trouvée en combinant les caractéristiques de joueurs issus d’origines différentes. Ils vivent très bien le fait d’être une équipe multiculturelle. Ils vivent avec leurs temps et ils ont raison. Pourquoi ça marche ? Parce que tout le monde à la fédé allemande tire dans le même sens. Tous les formateurs allemands ont les mêmes concepts de jeu. Un formateur, c’est un père de famille : il montre la voie. Dans le football, comme dans la vie, il y a des bons et des mauvais pères de famille. Mais il n’y a jamais de mauvais enfants. Tout dépend de ce qu’on leur apprend à la base. L’éducation, c’est le problème des familles. Si les concepts sont très éloignés de l’identité naturelle du pays, il y a un problème. Pour eux, tout va bien. Pour les Français, un peu moins. Ça veut peut-être dire que le malaise est plus profond.

Interview réalisé dans le cadre du dossier Cette France qui n’aime pas le football dans le dernier numéro (le 102) de SOFOOT.

Propos recueillis par Javier Prieto-Santos
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