1. // Interview
  2. // Grégory Tafforeau

« Caen sera difficile à battre à domicile »

Toujours joueur en PHR, Grégory Tafforeau livre sa vision du foot amateur, du LOSC et du SMC, les deux clubs de sa vie. Où il est question de Féret, de Garcia et de supporters lensois autour de la main courante.

Modififié
1k 0
Vous avez repris au FC Hellemmes, pourquoi passer de la Ligue 1 à la PHR ?
Un de mes meilleurs amis m'a proposé de participer à la vie du club, de prendre une catégorie de jeunes, et moi, j'avais envie de m'engager dans la formation. Donc j'ai repris une équipe de 15 ans, je me suis lancé dans le truc, sans trop savoir où j'allais, puis je me suis pris au jeu. Cette année, je fais les deux, coach avec les jeunes, et joueur environ un week-end sur deux avec les seniors. Le coach m'a tendu la perche à plusieurs reprises l'année dernière, savoir si ça ne me démangeait pas de rejouer un peu. Cette année, on a conclu un deal, pour participer de temps en temps, venir dans le groupe, faire quelques matchs... On reprend en douceur.

Ce n'est pas trop facile de jouer en amateur après avoir côtoyé le niveau des pros ?
Le retour aux sources est sympa, ça nous rappelle qu'on a tous commencé dans des clubs amateurs. Après, c'est pas simple du tout. Croire qu'on s'impose facilement dans ces divisions, c'est une erreur. Ce sont des divisions qui sont très engagées physiquement, et quand t'as un ancien pro face à toi, t'as envie de prouver, on est attendu de ce côté-là. Au club, le groupe est très jeune avec quelques anciens, dont un autre ancien pro, David Coulibaly, donc le mélange est plutôt sympa entre des anciens et des jeunes assez prometteurs. Le club est premier, tout se passe bien. Mais on sent au niveau du club qu'on est peut-être un peu plus attendu, du fait que David et moi sommes là, ça renforce l'adversité.

Plus de 400 matchs en pro, des soirées à Old Trafford ou San Siro... Comment se motive-t-on pour un 6e tour de Coupe de France (perdu contre Mons le 26 octobre) ?
Il y a pas mal de gens qui me disent : « Mais qu'est-ce que tu vas faire en PHR ? » Mais en fait, le niveau n'est pas important, c'est juste de rejouer, rejouer en compétition. La compétition me manque, jouer le week-end, regarder le classement, les scores des autres équipes, c'est ça qui me manquait. En Ligue 1, on rentre au 8e tour de la Coupe de France. Ici, la dernière fois que le club a atteint le 6e tour, c'était en 2001, on sent qu'en interne, il y a de l'euphorie. Alors que ce n'est que, entre guillemets, le 6e tour. Mais tu te prends au jeu. À partir du moment où t'es impliqué dans la vie du club, dans les résultats, tu te prends au jeu. Donc après, même si t'as été pro, tu vis les choses avec tes coéquipiers, t'es repris dans le truc et t'as envie de bien faire.

« C'est pas simple quand on se fait un peu insulter par des mecs sur le côté du terrain. Mais c'est bon enfant, ça va, je le prends pas trop mal. » Grégory Tafforeau

Vous êtes une figure du LOSC, mais vous pouvez croiser des spectateurs à la sensibilité différente...
On a une poule où on va relativement assez souvent dans le Pas-de-Calais, notamment du côté de Lens, donc c'est vrai que parfois il y a quelques supporters de Lens, on retrouve la rivalité de l'époque. C'est assez marrant, mais en même temps, dans le monde amateur, c'est différent, il faut savoir se maîtriser. C'est pas simple quand on se fait un peu insulter par des mecs sur le côté du terrain. Mais c'est bon enfant, ça va, je le prends pas trop mal. En général, ça se passe bien. On a joué sur Roubaix ce week-end, ça s'est super bien passé, on est restés après le match pour discuter... Les dirigeants nous disaient que le fait qu'on soit là a peut-être ramené quelques personnes par curiosité, pour nous voir.

Vous êtes normand, formé à Caen, pourquoi être revenu dans le Nord ?
Ayant fini ma carrière à Caen, la logique aurait voulu que je reste là-bas, mais c'était un choix qui était défini avant. On se sent du coin, j'ai beaucoup d'attaches ici. C'est ma région d'adoption. Même si, à Lille, il n'y a plus que Béria, Mavuba et Balmont de mon époque. Je revoyais très souvent Florent Balmont, après c'est vrai qu'on s'est tous éparpillés, et on se rend compte que le temps passe vite...

Quel regard portez-vous sur la saison de Lille ?
Forcément, quand on se penche sur le classement, ça fait drôle de voir Lille si bas. Le gros souci, c'est que pendant les bonnes saisons, notamment celle du doublé, la formation a été mise de côté. Aujourd'hui, il y a peut-être un peu moins d'argent au club, donc on repart sur ce qu'on savait faire il y a quelques années. Mais quand on délaisse la formation, ça demande un peu de temps pour repartir sur ce qui était un des points forts du club. Je pense qu'Hervé Renard est quelqu'un de très bien, qui correspond au profil, à qui il faut laisser du temps. Mais c'est vrai que pour les gens, quand on leur a donné du caviar, c'est plus compliqué d'accepter de jouer le maintien...


« Je reste un peu sur ma faim d'être parti sur cette dernière année difficile de Lille. Même si ça n'enlève rien à toutes les années d'avant. »

Pour Caen, en revanche, ça se passe plutôt bien. Étonné ?
Ça ne me surprend pas. C'est un club qui a été très intelligent dans le recrutement, avec des joueurs comme Féret, ou Delort qui explose devant. C'est une équipe qui ne fait pas trop de bruit, qui a été construite sur la durée, et si ça fonctionne bien maintenant, c'est aussi parce qu'ils ont construit depuis 3 ans. À mon époque, c'était un club qui avait beaucoup de mal à se stabiliser en Ligue 1. Je crois qu'en 10 ans, ils sont descendus 5 fois, mais ils se sont servis des erreurs qui avaient été commises, et cette année, il y a un fonds de jeu, une identité, une équipe joueuse. C'est une équipe qui est là où elle doit être. C'est une des rares équipes du championnat qui se procure autant d'occasions, et à domicile elle sera très difficile à battre.

Un match entre Caen et Lille, vous tenez pour qui ?
Je suis plus lillois, clairement, même si j'ai été formé à Caen et que j'y ai fait plus d'années. Mais Lille, c'est mon club, j'ai vécu de trop belles choses sportivement. Je suis très attaché aux deux, mais il y a un petit plus pour Lille, les années vécues là-bas, tu peux pas oublier.

Pourtant, la fin à Lille a été plutôt compliquée...
Ça s'est mal passé sur la fin, mais je dois être prudent, je ne peux pas tout dire, on a un accord. Je ne voudrais pas avoir de soucis avec qui que ce soit, il y a des choses compliquées qui doivent rester entre le club et moi. Mais clairement, la fin est venue un peu tout gâcher, je reste un peu sur ma faim d'être parti sur cette dernière année difficile. Même si ça n'enlève rien à toutes les années d'avant, sur et en dehors des terrains.

Dans son livre, Rudi Garcia dit que vous êtes allé voir Xavier Thuilot (ex-DG du club) pour demander sa démission ?
J'ai été hyper surpris de voir quelqu'un comme lui mentir à mon sujet et salir mon image. J'ai toujours été respectueux de tout le monde, y compris d'un coach avec qui ça s'est très mal passé. J'ai vraiment pas compris l'intérêt, deux ans après, de sortir des mensonges pareils et de salir l'image d'un joueur qui a toujours été professionnel. Quand on parle de moi à Lille, j'ai plutôt une bonne image, et ça m'a hyper déçu de lire des passages où je ne me reconnais pas du tout. J'ai trouvé ça assez grave à l'époque, j'ai pas voulu aller plus loin que ça, j'aurais pu attaquer, mais j'ai pas de temps à perdre avec ces gens-là. Mais ça fait partie des choses que je ne peux pas excuser.


Propos recueillis par Eric Carpentier
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Dans cet article

Aucun commentaire sur cet article.
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
1k 0