1. // Journée contre l'Homophobie

« Ça ne choque pas certains qu'on traite les gens de pédés »

Plus qu'une stigmatisation et une discrimination des homosexuels, l'homophobie dans le foot se joue aussi dans les paroles des acteurs, qu'ils soient footballeurs, entraîneurs, ou présidents. A l'occasion de la journée contre l'homophobie, Pascal Brethes, président du Paris Foot Gay, fait le point sur la situation actuelle dans le football français.

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Comme tous les ans, la journée du 17 mai est consacrée à la lutte contre l'homophobie. Dans quelle mesure vous impliquez-vous pour l'événement ?


Nous intervenons de différentes façons. Le programme est chargé, nous avons notamment un tournoi la semaine prochaine, ainsi qu'un forum avec une centaine de lycéens, et des interventions d'associations comme SOS Racisme.
Aujourd'hui, Rama Yade a annoncé plusieurs actions, dont la signature d'une charte contre l'homophobie dans le sport. Ce qui s'est passé aujourd'hui au ministère est important. Des conventions vont être mises en place, ainsi que des modules de formations pour les éducateurs.

Concrètement, où en est actuellement l'homophobie dans le football français ?


Avant aujourd'hui et ses bonnes nouvelles, un travail pérenne a été mené depuis deux ou trois ans. Nous avons proposé une charte aux clubs de Ligue 1 et Ligue 2, que seulement Le Havre et Montpellier signent. Deux clubs sur 36, ça vous donne une idée de l'échec de la charte dans le monde du foot. Maintenant, il va y avoir du changement, surtout si la FFF signe.

Vu le peu de signataires de la charte, pensez-vous qu'il n'y a pas de prise de conscience réelle de l'homophobie dans le foot ?


Je ne sais pas, par exemple cette journée, est-ce que c'est parce que c'est la fin de la saison et que les clubs sont préoccupés par les résultats qu'ils n'y prêtent pas attention ? Actuellement, on travaille sur une autre date, car le 17 mai n'est pas une bonne date pour le football européen. Mais en tout cas, la prise de conscience commence à venir. Regardez Montpellier qui signe la charte, c'est un symbole assez fort après ce qui s'est passé avec Nicollin (le président montpellierain avait traité Benoît Pedretti de « petite tarlouze  » , ndlr).

Justement, vous parlez de l'incident avec Nicollin cette année. Comment se manifeste l'homophobie dans le football ?


Il y a deux choses : les propos envers les homosexuels, et les propos à caractère homophobe, qui sont utilisés entre les acteurs du football. Ils n'ont pas intégré l'homophobie, ni le fait que cela peut toucher des joueurs qui cachent leur homosexualité, ou avoir des conséquences sur les jeunes. Je ne vois pas comment on peut se demander aux supporters de bien se comporter si les joueurs et les entraîneurs ne le font pas. Quand j'entends des Pierre Ménès ou des Thierry Roland dire que les propos de Nicollin ne les choquent pas ... Ça ne choque pas certains qu'on traite les gens de pédés.

Vous pensez que les gens se voilent la face sur l'homophobie à l'intérieur même des équipes ?


Le problème, c'est qu'il y a une invisibilité, tout le monde se cache. Ça changera quand un footballeur fera son coming out. C'est différent du fait d'être Noir, parce que là ça se voit. Et puis on est encore complètement dans le cliché. On pense que le football est un milieu d'hommes « forts » , et donc pas d'homosexuels, qu'on considère comme des faibles ou même des « sous-hommes » .

Pensez-vous qu'un footballeur pourrait aujourd'hui révéler son homosexualité et faire avancer les choses ?


Non, ce serait un suicide professionnel. Nous avons fait des études, et il se trouve que les sponsors demandent aux joueurs de ne pas révéler ce genre de choses, et plutôt s'afficher avec des femmes, pour une simple raison de marketing. C'est la même chose du côté des entraîneurs, qui préfèrent que les joueurs se taisent pour éviter les problèmes de vestiaires. De toute façon, tous les joueurs ont un discours tellement stéréotypé ...

Vous l'avez dit, la cause que vous défendez est soutenue par le gouvernement. Recevez-vous l'aide de personnalités du football ?


Ils sont peu nombreux. Vikash Dhorasoo est parrain depuis le départ. Il y a aussi Lilian Thuram, qui ne savait pas l'état de la situation. Jérôme Rothen serait lui aussi plutôt favorable à notre action. Mais surtout, depuis qu'Alain Cayzac est devenu notre président d'honneur – il est d'ailleurs venu avec nous au Ministère – il va essayer de créer un réseau de joueurs et d'entraîneurs qui pourront nous rejoindre.

Propos recueillis par Virginie Bachelier

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