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C’était le Mai 68 des footballeurs

Il y a pile cinquante ans, l’occupation du siège de la Fédération par quelques footballeurs en colère prenait fin. À mi-chemin entre le mouvement étudiant et le mouvement syndical, le Mai-68 des footballeurs n’aura été qu’un épisode anecdotique et n’aura pas su rendre « le football aux footballeurs » . Il aura au moins montré que le football peut très bien être concerné par les conflits traversant la société.

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L’avenue d’Iéna s’attendait à une nouvelle journée paisible en ce 22 mai 1968. Loin du tumulte du Quartier latin et ses révoltes étudiantes, le 16e arrondissement parisien se réveille doucement. Il est huit heures. Une centaine d’individus selon l’AFP se dirige vers le numéro 60 de l’avenue. Cette adresse ne doit rien au hasard. Ces dizaines de joueurs de football s’apprêtent à s’emparer du siège de la Fédération française de football. La grande majorité d’entre eux sont des amateurs. Il n’y a que Michel Oriot et André Mérelle qui chaussent les crampons de manière professionnelle pour le Red Star à l’époque.


La troupe de contestataires se barricade à l’intérieur du bâtiment. Sur l’avenue, les volontaires distribuent les premiers tracts. Le personnel travaillant pour la Fédération est confiné dans une pièce, tandis que Pierre Delaunay, secrétaire général de la FFF, et Georges Boulogne, instructeur général, sont presque pris en otages et emmenés dans une autre salle. Tout ce beau monde sortira finalement très vite dans l’après-midi. En jetant un œil en arrière vers le siège de la Fédération qu’ils abandonnent, les fugitifs auront pu lire les deux banderoles déployées aux fenêtres. « Le football aux footballeurs » et « La Fédération, propriété des 600 000 footballeurs » . Le Mai-68 des footballeurs est lancé.

À la chasse aux pontifes

L’homme à l’origine de l’initiative s’appelle François Thébaud. Il est rédacteur en chef du Miroir du football. « C’était un organe marginal par rapport aux mastodontes qu’étaient L’Équipe et France Football, mais qui diffusait des idées totalement différentes sur le foot, explique Alfred Wahl, historien spécialiste du football et de cet épisode de 1968. Ils faisaient partie de la mouvance des journaux sportifs communistes. » Le comité de rédaction du Miroir du football guide donc les amateurs de ballon rond qui ont répondu à l’appel lancé par le journal. L’objectif : renverser ceux au pouvoir. « Il fallait plus de démocratie, resitue Alfred Wahl. L’idée était de rendre aux footballeurs français ce qui leur appartenait, c’est-à-dire le football, et le retirer à ce qu’on appelait les pontifes. »

François Thébaud prend alors des airs d’Émile Zola et le tract de ce comité d’action attaque très fort. « Nous accusons [les pontifes de la Fédération] d’avoir travaillé contre le football. » Les accusés deviennent tour à tour des « profiteurs du football » ou des « insulteurs de footballeurs » . Pierre Delaunay et Georges Boulogne monopolisent les critiques. Le premier est comparé à un « vulgaire Louis XVI » quand l’autre se voit qualifié de « chef de la Mafia des entraîneurs » . En souhaitant « libérer le football de la tutelle de l’argent » et des puissants sur fond de lutte des classes, le mouvement des footballeurs s’inscrit parfaitement dans celui plus global de Mai-68. « Ça a été présenté comme un phénomène extraordinaire parce qu’il régnait l’idée que le sport ne faisait pas de politique, confie Alfred Wahl. C’est totalement fallacieux. »

« Giresse, c’est zéro ! »

Dans le fond, ces amateurs de football ne sont là que pour défendre une vision de leur jeu. Un jeu fait de plaisirs entre amis. Un football ludique qui ne serait qu’une distraction sans prise de tête. En somme, une vision à l’opposé le plus total de celle de Georges Boulogne. L’homme écrit noir sur blanc dans son journal que le football doit cesser d’être « une activité ludique » pour devenir « une activité éducative » . La détente et la distraction laissent place à la rigueur, la formation et la discipline. Boulogne veut ainsi adapter le football à la réalité économique et sociale de son temps en promouvant le travail et la performance. « Le football devait devenir une sorte d’entreprise avec des ouvriers disciplinés censés donner le meilleur rendement » , regrette Alfred Wahl. Fini le football champagne, un peu fou et improvisé, place à la rigueur défensive et la mort du spectacle. « Un jour, Boulogne m’a dit : "Giresse, c’est zéro !", relate l’historien. Alors que c’était le meilleur joueur de France ! C’était zéro parce que ce n’était pas du tout une brute, c’était un joueur fin. Et ça, il ne le supportait pas. Ce n’était pas sa vision du foot. »


Du côté de l’avenue d’Iéna, à l’image du football que l’on défend, on fait la fête. « On installe des lits de camp, on festoie allègrement dans les salons huppés de la Fédération, raconte Mickaël Correia, journaliste et auteur d’Une histoire populaire du football. Les débats enflammés autour d'un autre football et les projections de films de matchs internationaux vont bon train, le tout entrecoupé de parties de foot sauvage sur la très pimpante avenue d'Iéna. » Les contestataires ont le sourire, car ils peuvent aussi compter sur le soutien de Just Fontaine. « C’était quelqu’un qui avait un peu les mêmes idées sur le foot qu’Albert Batteux et son stade de Reims : cette idée du football comme phénomène ludique » , rappelle Alfred Wahl. L’international français accepte même de présider la naissante Association française des footballeurs, qui reçoit le soutien de Kopa, Douis ou encore Mekloufi.

Le contrat à vie mis à mort

Les professionnels ont aussi leur propre intérêt dans cette lutte. Dès 1963, le contrat du joueur est l’objet de toutes les dénonciations. Raymond Kopa élève la voix dans France-Dimanche et dénonce le statut de footballeur professionnel en le présentant comme un « statut d’esclave » . Plus timidement, l’Union nationale des footballeurs professionnels fait une demande pour le changer. « À cette époque, il n’y avait pas de statut juridique, expose Alfred Wahl. Le football professionnel était hors des règles de la législation sociale en France. Il n’y avait pas de contrat pour les joueurs. Le joueur signait une licence en entrant dans un club professionnel et il restait jusqu’à ses 35 ans à la disposition des dirigeants. » Une situation inimaginable de nos jours.


La mise à mort de ce contrat est peut-être la « victoire incontestable du Mouvement de mai » , selon Alfred Wahl. Les discussions sur l’instauration d’un contrat à temps librement négocié par les joueurs sont lancées. Le nouveau statut professionnel voit le jour en 1969. Il est progressivement établi et corrigé jusqu’en 1972. Un an plus tard, la Charte du football professionnel est écrite. « Tout le monde se rendait compte que ça ne pouvait plus durer, mais il a fallu ce mouvement pour que les choses se fassent » , s’étonne l’historien. Ce mouvement de 1968, mais aussi une nouvelle grève générale des joueurs pros en 1972 pour forcer des dirigeants décidément très réticents.

Un « échec immédiat »

Le mouvement était trop minoritaire pour s’éterniser. Les occupants quittent le siège de la Fédération le 27 mai, cinq jours après leur arrivée. Dans le calme et de leur plein gré, « comme s’ils se faisaient peu d’illusion à propos de leur action » . « Les événements n’ont rien changé sur le coup » , concède le spécialiste de l’épisode. Au Miroir des sports, on évoque un « échec immédiat » , explicable par l’indifférence globale des joueurs en France. « Il n’y a pas eu d’adhésion, de développement et le mouvement global arrivait aussi à sa fin au niveau national » , note Alfred Wahl. Finalement, cet épisode n’est que celui d’une minorité résistante du football. Une minorité parisienne. Une minorité de l’avenue d’Iéna, sans plus.

Même si elle offre des résultats mitigés, la révolte n’a pas été vaine pour autant. Le football français retrouve un semblant de démocratie. Les clubs de tout niveau sont mieux représentés, et joueurs et entraîneurs font leur entrée dans les instances dirigeantes. Des têtes tombent. Antoine Chiarisoli, président de la Fédération, quitte son poste et est suivi par Pierre Delaunay. D’autres restent. Georges Boulogne est nommé nouveau directeur national du football. Il a alors carte blanche pour imposer sa vision de la formation en France et fonde le Centre national de Vichy. Pendant que l’Association française des footballeurs présidée par Just Fontaine s’effiloche, André Mérelle tire un constat amer de sa lutte : « Alors même que dans les autres sphères sociales nous assistons à une remise en cause de la notion d’autorité, le football reste le domaine d’autocrates non éclairés. Pas question pour eux de partager le pouvoir, il leur faut tout entier. » Quelques années plus tard, ce même contestataire, figure de proue du Mouvement, se retrouve nommé par Georges Boulogne en tant qu’entraîneur au Centre de Vichy. Avant d’être directeur de l’Institut national du football de Clairefontaine pendant douze ans. Ironie du sort.


Par Robin Richardot Propos recueillis par RR, sauf mention
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