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C'est l'histoire d'une girouette...

L'Italie, le pays des gondoles, de la mandoline mais aussi de ses trois journaux sportifs aux lignes éditoriales bien distinctes. La Gazzetta dello Sport de Milan, le Corriere dello Sport de Rome et le Tuttosport de Turin. Des préférences clairement affichées, mais pas forcément incompatibles. Paolo De Paola en est la preuve vivante.

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En France, c’est un problème qui ne se pose pas et ne se posera probablement jamais, du fait de l’hégémonie séculaire de L’Équipe dans le secteur de la presse sportive, demandez au 10 Sport pour voir. Tentons néanmoins d’illustrer ce fait curieux par un exemple concret. Prenez Jean-Marie Molitor, rédacteur en chef de l’hebdo d’informations Minute qui roule pour l’extrême droite, et intronisez-le du jour au lendemain à la tête de L’Humanité, historique quotidien de l’extrême gauche. C’est grosso modo ce qui vient de se passer de l'autre côté des Alpes avec le transfert de Paolo De Paola du Corriere dello Sport (gros penchant pour la Roma, les équipes du Centre-Sud et le florissant populisme antijuventino) à Tuttosport (364 unes par an sur la Juve, la 365e sur le Torino).

Des gros titres et des tweets


« Campionato falsato » , c’est-à-dire championnat faussé, voici ce que titrait le « CorSport » quelques heures après le Juventus-Roma (3-2) d’octobre 2014. L’arbitrage de M. Rocchi avait fait jaser, et le quotidien romain décidait de prendre clairement position. Ce n’était qu’une Une parmi tant d’autres concernant la Vieille Dame et sa légendaire réputation. Le « Super Honte » au lendemain de la Supercoupe d’Italie 2012 contre le Napoli, la campagne (réussie par ailleurs) pour éviter que l’arbitre de cette rencontre, M. Rizzoli, ne dirige le choc du Scudetto entre ces mêmes équipes. Le folklore local ? Plutôt l’exacerbation d’un populisme probablement jamais atteint auparavant pour gratter quelques ventes en plus. De Paola, en poste donc de 2012 à 2015, accompagnant ces premières pages par des éditos et post du même ton. Se feignant indifférents de tout ce cirque, les supporters de la Juventus sont régulièrement allés demander des explications sur Twitter de façon plus ou moins courtoise. Des centaines de tweets échangés et autant de « mafiosi » bloqués avec menaces de plainte en prime.


L’annonce du passage à Tuttosport a forcément pris tout le monde de court, même si les deux quotidiens ont pour éditeur le groupe Amodei. « Si vous êtes directeur du Corsport à un moment où les deux équipes bataillent pour le Scudetto, il est absolument normal de défendre la Roma, et idem avec la Juve si vous passez à Tuttosport. C’est un fonctionnement assez triste, je le conçois, mais la responsabilité en revient avant tout aux éditeurs » , se fend Massimo Zampini, consultant régulièrement invité sur les plateaux télés et un des fondateurs du portail juventibus.com, avant de nuancer. « Selon moi, De Paola a exagéré avec certains titres et contenus qui contribuent à créer un climat délétère, et en tant que juventino vivant à Rome, je peux vous le garantir. Il est impossible de ne pas se rendre compte des conséquences que cela peut provoquer. Ceux qui payent, ce ne sont pas les Agnelli ou Allegri, mais bien les supporters au quotidien. »

Boycott de Tuttosport ?


Si un tel transfert pouvait passer inaperçu il y a quelques années, c'est beaucoup moins le cas en 2015 entre réseaux sociaux et blogs en tout genre. Ainsi, Tuttosport récupère certes un grand professionnel ( « Tous les journalistes m’en parlent en bien » , tient à préciser Zampini), mais dans le viseur d’une partie du peuple juventino, celui qui compose le lectorat du quotidien turinois avec les cousins granata. Quelques jours après sa nomination, De Paola s’est expliqué dans une vidéo sur les gros titres imprimés chez son précédent employeur : « Je n’ai jamais été contre la Juve, je m’en prenais à l’arbitrage » , affirme-t-il sans trembler. « Ce que je ne comprends pas, c’est que lors de son premier passage à Tuttosport, il avait écrit noir sur blanc de ne pas s’en prendre aux arbitres concernant les polémiques accompagnant certains succès de l’Inter. Une fois au Corsport, il a fait tout l’inverse » , analyse Zampini.

Car oui, c’est bel est un retour pour De Paola, déjà en place dans le journal septuagénaire de 2008 à 2012 et même vice-directeur de la Gazzetta dello Sport auparavant. Un véritable couteau suisse à la capacité d’adaptation déconcertante. Après ce premier contact vidéo, il a ensuite soigneusement débloqué un à un tous ses détracteurs. Cependant, les Juventini ne s’y trompent pas et appellent au boycott d’un quotidien déjà pas forcément apprécié en leur sein malgré sa réputation de bulletin paroissial bianconero. Un coup de poker très risqué à un moment où la presse papier éprouve les pires difficultés à résister à la déferlante numérique. « C’est vrai qu'il est difficile de rester de marbre devant ses derniers éditos, dont celui de dimanche intitulé Que c’est beau de retrouver la Juve, mais ça se passe comme ça en Italie » , conclut Zampini. De quoi nous faire apprécier la suprématie de L’Équipe.


Par Valentin Pauluzzi
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