1. // Interview Omar da Fonseca

« C’est Bietry qui m’a dit de faire de la télé »

Après une longue carrière de joueur de 1979 à 1993 entre l’Argentine (CA Belgrano, Vélez Sársfield) et la France (FC Tours, PSG, Monaco, Toulouse), Omar da Fonseca est devenu l’un des consultants stars du paysage audiovisuel français. Un métier qu'Omar vit avec passion et où il multiplie les incroyables envolées lyriques dans un français teinté d'un fort accent espagnol. Entretien avec un homme heureux.

Modififié
7k 33
Est-ce que pendant votre carrière de joueur vous aviez déjà pensé à votre reconversion comme consultant ?
Non pas du tout. J’ai toujours rêvé d’être footballeur, mais pas consultant. Très jeune j’avais des étoiles dans les yeux quand j’allais voir les entraînements des pros. Ensuite (après ma carrière, ndlr), je me suis d’abord plutôt occupé de faire venir des joueurs, ce genre de choses (il a également été agent de joueurs, ndlr). Mais j’ai plus tard rencontré Charles Bietry et il m’a dit un jour : « Toi, tu dois faire de la télé. » Je lui avais répondu : « Mais non, comment ça ? Je parle mal, j’ai un accent. » Il m’avait répondu : « Ça va venir avec le temps, quand tu ne sais pas quoi dire, tu souris, tu rigoles.  » (rires) Ça date de l’époque où Canal avait lancé le match à la carte, au début des années 90.

C’est un rôle qui vous a tout de suite plu ?
Oui, parce qu’on a une espèce de sensation d’être privilégié, de pouvoir être l’accompagnateur du spectacle. Et en même temps, on n’a pas beaucoup de risques, de critiques. On n’a pas l’enjeu, la pression des footballeurs. En plus, j’ai rapidement été axé sur le football d’Amérique du Sud, d’Espagne. Un football qui me convient vraiment, auquel je m’identifie plus. Je préfère mille fois voir des dribbles, des petits ponts, je suis plus dans l’éloge de la beauté gestuelle que d’un beau tacle ou une défense renforcée qui tape dans les tribunes. Je me suis vite demandé ce que je pouvais apporter, comment je pouvais m’améliorer. Pour moi, le côté accent et le côté grammaire française, ça reste encore, même maintenant, un obstacle. Je sais que je commets des fautes, je tiens à ne pas en faire. Je cherche à ennuyer le moins possible le spectateur avec ça.

Votre accent vous dérange ?
Au début, je me suis dit que j’avais un poids, un handicap. Alors que maintenant, beaucoup voient ça comme la différence, l’originalité. À l’époque, il n’y avait que George Eddy comme étranger. C’est très très rare de voir des étrangers commenter, dans n’importe quel pays d’ailleurs. En Argentine ou au Brésil, je n’ai jamais vu un étranger commenter. Certains me disent : « Tu forces ton accent » , mais non pas du tout, j’aimerais plutôt l’atténuer. Mais je n’y arriverai jamais, je n’ai pas été à l’école, je n’ai pas la mécanique de la langue pour pouvoir sortir les bons sons. En français, les voyelles, ce n’est pas évident par exemple.

Au final, c’est ça qui fait votre charme, non ?
Oui, quelque part, ça me différencie, ça me démarque très vite. Quelqu’un qui m’écoute va savoir que c’est moi dès la première phrase. Alors qu’il lui faudra sûrement plus de temps pour reconnaître un autre commentateur.

Selon vous, quel est le rôle des commentateurs ?
Nous sommes des accompagnateurs, la musique dans le film. Je ne crois pas que nous puissions rendre meilleur le match. On est une sorte de complément, quelque chose de festif. Moi, j’ai une culture où on ne regardait pas la télé, on regardait (sic) la radio. On la mettait au milieu, avec mon grand-père, mes neveux, mes cousins. On écoutait les commentateurs argentins qui étaient des fous furieux. Ils sortaient des phrases très imagées. Tu n’avais pas une seule image, mais à tout moment, tu pouvais tout imaginer. De quelle façon le joueur allait frapper, comment il était habillé, si la frappe était puissante... Tout était imagé, tu avais un complément d’information. C’est beaucoup plus facile pour nous qui faisons de la télévision.

Justement vous vous êtes inspirés de ces commentateurs sud-américains ?
Oui, je me suis inspiré de ces commentateurs. Disons que j’ai toujours eu cette image du match commenté. J’étais étonné quand je suis arrivé ici, de voir les gens parler de façon posée. Chez nous, le match, on le crie, on le raconte, on le met constamment en débat. Celui qui a un gros nez, il l’appelle « Manija » pour poignée de porte. Un mec qui est un peu métisse qui joue à River Plate, il l’appelle « el Negro » . Celui avec des grandes oreilles, il le surnomme « antennes paraboliques » . T’as envie de l’écouter. Moi, je l’écoute, je me le mets sur internet. Je regarde l’image sur la télé, mais je l’écoute en même temps. Ici (en France, ndlr), on ne pourrait jamais imaginer ça, des surnoms par rapport au physique. Pour moi, ça reste un privilège que nous avons de raconter un match de foot. Bien sûr, il y a des enjeux importants, c’est une industrie, mais ce n’est jamais grave. Il y a une nuance entre important et grave. Grave c’est la guerre, les maladies, la mort. Grave, ce n’est pas le foot.

C’est de ces commentateurs argentins que vos envolées vous viennent ?
Je n’ai aucune prétention à dire que je peux copier les commentateurs argentins. J’ai toujours écouté, et vu le football comme ça. Même le rugby, j’ai regardé Argentine/Australie avec les commentaires en argentin, tu as la chaire de poule (il imite un commentateur argentin). Tu es dans le match, tu as presque envie de jouer. C’est complètement partial, le mec est pour l’Argentine à fond. Moi, j’ai toujours grandi avec cette histoire. Je ne me dis pas : « Attends, je vais faire ça. » Ça vient tout seul.

C’est naturel, du coup, de vous enflammer après un but ?
Je ne comprends pas qu’on puisse ne pas célébrer un but. Quand Di María a dit qu’il ne célébrerait pas s’il marquait contre le Real, ça m’interpelle. Comment tu peux te brider, dans un stade, un moment de communion. Il a parlé du respect du Real Madrid, mais je ne suis pas d’accord. Et les supporters de Paris alors ? Moi quand le mec de mon équipe marque un but, je veux qu’il vienne se pendre au grillage et crie à mon visage. Mais encore une fois, moi, j’allais au stade avec mon grand-père et au moment des buts, c’était une espèce d’émotion, même avec les anonymes à côté de moi. Tu sais, je joue encore au foot. Je suis un vieux con, je ne peux pas m’empêcher, même avec les prothèses, je le vis encore comme un gamin. Ce n’est pas forcé, préparé ou quelque chose qui peut s’étudier. C’est l’environnement, mon enfance, j’ai ça en moi. Moi, une belle action, ça me transporte. Je crois que notre rôle, c’est aussi de transmettre un petit peu d’émotion. Il faut mettre en évidence cette adrénaline.

Comment vous vous préparez avant un match ?
Je lis pas mal de choses. Des fois quand quelqu’un parle bien, je récupère plus ou moins des phrases ou des mots. Parce que la langue française n’est pas la mienne, de temps en temps j’essaye de récupérer des choses. Moi, dire : « Il a fait une passe du plat du pied » 40 fois, ça m’intéresse pas. Ça ne m’intéresse pas de dire toujours la même chose. J’essaye de récupérer des choses. Je prends des bouquins, des magazines, des cahiers. Je suis receveur de phrases, d’images. Qui ensuite me viennent naturellement en match. Je les adapte plus ou moins à ma sauce. Des fois quand je les ressors, on ne me comprend pas d’ailleurs (rires). Être étranger, ça me permet aussi quelques écarts, entre guillemets. J’essaye, avec aucune prétention, de trouver des nouvelles variantes. Je sais par exemple qu’on ne dit pas « titularité  » , mais moi, ça me convient comme terme (rires).

Vous commentez beaucoup de matchs en cabine aussi, quelle est la principale différence avec les commentaires au stade ?
Forcément, quand on est au stade, on est imprégnés par l’ambiance, l’atmosphère. On essaye de dire ce qu’on voit. Les couleurs, le public, les journalistes à côté. Pour les gros matchs, tu es obligé d’être au stade, il te manque tout sinon. Pour moi, c’est magnifique au stade. C’est une chance. Je trouve qu’être sur place, ça donne son petit plus, les couleurs, les bruits, les odeurs. En cabine, tu n’as pas tout ça, c’est moins naturel.

Vous êtes donc conscient de votre chance de pouvoir aller souvent au stade ?
Oui, on est des privilégiés, on est dans un confort, hyper bien placés, on a de la place, on s’assoit. On entre par les bonnes portes. On n’a pas de contraintes, on est vraiment des chanceux. Et en plus, on voit un super spectacle. Donc je vis un très bon moment, je suis tellement joyeux, apaisé. Je fais un boulot au-dessus de la réalité de l’existence.

C’est grâce à ça que vous arrivez justement à retransmettre de l’émotion ?
Oui, je crois que ça se ressent dans mes commentaires. Tout est lié. J’ai une situation de vie magnifique. J’ai mes enfants en bonne santé, je suis grand-père. Chacun a son bifteck chaque jour. J’ai pas besoin de bijoux, de voitures, je m’en fiche. J’ai la chance avec beIN Sports de faire ce qui me va le mieux, la Ligue des champions, les matchs espagnols. Si en plus, les gens aiment ma façon de faire, tant mieux. Forcément, on a toujours un orgueil, une fierté. Honnêtement, je suis toujours assez étrangement surpris que les gens m’aiment bien, de recevoir beaucoup de messages. On n’a pas le droit de se plaindre. Je me retrouve à faire quelque chose de magnifique.

Ça vous rend heureux ?
Oui, évidemment. Si on me disait que je « devais mourir demain » (il le chante, ndlr), je voudrais voir Messi dribbler quatre joueurs en finale de Coupe du monde et finir avec une talonnade ou en poussant le ballon de la tête (rires).

Que serait votre commentaire ?
Je ne sais pas. (Il hausse la voix) Messi est un taxidermiste. Il a empaillé le joueur (rires).

Retrouvez le dossier sur les commentateurs dans SO FOOT CLUB #17, actuellement en kiosque.

Propos recueillis par Gaspard Manet et Eric Marinelli
Modifié

Chemise sous maillot de foot, c'est un pur délire. Je l'essaye ce week end !
Ce mec m'a fait redécouvrir le commentaire sportif, en mieux... Quand je veux suivre un match de liga sur Beinsports, mon premier réflexe est de vérifier si c'est lui qui commente... Tu te sens dans l'ambiance, tu vis le match, tu ressens la passion, le tout avec quelques fautes et des expressions inédites: "taper le côté le plus ballonné de la balle, c'est à dire, le côté le plus spécifique de la balle". Le tout, avec l'accent qui va avec.
Da Fonséca, coeur avec les doigts...
Messi est un taxidermiste. Il a empaillé le joueur (rires).

ahahahahah
Certains le trouvent insupportable, personnellement j'adore ce gars parce que tu ressens qu'il est juste amoureux du football et qu'il adore son métier. D'ailleurs je le trouve très complémentaire avec Da Silva, comme dit plus haut coeur avec les doigts Omar !
trompette75 Niveau : Loisir
Ce mec est définitivement une légende. Pas appris grand chose dans cette ITW, j'ai préféré l'angle "parler le Omar" dans le Onze Mondial version print
http://www.mensquare.com/onzemondial/do … da-fonseca
Idem, j'adore ce gars!
Ce mec me fait saigner des oreilles. Pour un résumé de 5mn ok mais un match entier c'est dur. C'est pas tant son accent qui me dérange, c'est le fait que ses phrases ne sont pas françaises ! Pourtant il a du vocabulaire mais il le place n'importe comment c'est assez risible.
Il m'a fait hurler de rire sur le but de Messi face au Bayern l'an dernier : "Messieurs dames, si vous voulez pas lui donner le ballon dé or, okay, mais ça y est, si après ça, mais bien sûr, on ne peut pas que abdiquer de ce que c'est ce monsieur là, certes il faut pas lui donner, je sais pas, ni le mètre, ni les 50 centimètres, il faut rien lui donner, et en même temps quand on s'est posé la question, combien de ballons ?, sa femme eh bien sûr comment elle peut pas être contente... Quel but !"
Le jour ou Messi arrêtera le football, les ballons vont pleurer !
Moi aussi je l'adore, c'est le seul commentateur de Bien qui me donne envie de laisser le son des commentaires avec Di Meco.
Parfois pendant plusieurs minutes, je me concentre sur ses phrases à rallonge qui ne veulent rien dire au bout d'un moment c'est très marrant
paul.la.poulpe Niveau : Ligue 1
Avec ses phrases mythiques, Omar m'a tuer
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
De loin mon commentateur préféré aujourd'hui, je kiffe ses phrases complètement improbables, son accent argentin et sa passion du foot et du beau jeu !
Ceci dit, faut dire que la concurrence n'est pas très rude non plus, vu le niveau moyen des commentateurs et consultants français, que ce soir sur Bein ou Canal (ne parlons pas de TF1 ou Francé Télé)... N'est pas Gilardi qui veut !
Il aurait dû rentrer dans le but avec Shakira
Moi j adore... il dit ce qu il pense avec ses expressions...fan
C'est fou qu'avec tous les footballeurs qui existent, les chaînes galèrent tant à en trouver des potables. Chacun dans leurs styles, Di Meco et Da Fonseca sortent du lot, mais pour deux comme ça, combien de Dugarry et autre Lizarazu?

Le Kiosque SO PRESS

Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
7k 33