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Buyo/Futre : « Les gens voulaient assister à un cirque »

Du dernier derby de Madrid, la charge de Cristiano Ronaldo sur Manquillo est l'image la plus choc. Un cas isolé ? Pas vraiment si l'on regarde l'historique des confrontations entre Merengues et Colchoneros. Dans les 80s et 90s, Paco Buyo et Paulo Futre ont disputé quelques derbys animés. Devenu partenaires en affaires, le gardien du Real et le milieu portugais des Colchoneros évoquent le bon vieux temps avant le choc de cet après-midi. Sans fioritures.

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C’est quoi votre actualité aujourd’hui ?
Paulo Futre : J’ai lancé avec Paco Buyo un nouveau projet, FB Vanity Sport. Ce sont des campus de football pour les enfants dans lesquels on va tenter de leur inculquer les valeurs du sport.
Paco Buyo : Avec Paulo, on s'entend bien malgré tout ce qu'on pense. Nous sommes presque amis. Nous avons parlé ensemble lors de l'Euro en Suisse et ce projet de campus pour enfants est né. Nous souhaitons former les plus jeunes, leur montrer ce qu'est le football. Mais nous allons faire aussi des ateliers basés sur le comportement sur le terrain : ce qui est bien, ce qui est mal... Comme des professeurs à leurs élèves.

Lorsque vous vous affrontiez, on était bien loin de toutes ces valeurs…
PF : On s'en faisait mutuellement voir de toutes les couleurs. Buyo, c’est le joueur qui m’a le plus agacé durant toute ma carrière. J’en faisais quasiment une fixette. Avant la finale de la Coupe du Roi 92, j’avais collé une de ses photos sur le miroir de ma salle de bain. L’avoir tous les jours en face de moi, ça m’aidait à me concentrer.
PB : Quand Paulo arrive de Porto en 1987, c'est un homme à surveiller. Son transfert avait fait du bruit, il venait de gagner la Ligue des champions avec Porto. C'était le danger numéro un de l'équipe. Ensuite, les médias se sont chargés de faire prendre la mayonnaise, de créer un match dans le match. Les gens voulaient assister à un cirque... Je trouvais ça plutôt sympa, d'autant plus que je suis souvent sorti vainqueur de ces duels quand on y repense.

On peut dire que vous le haïssiez ?
PF : Tout ce que je sais, c’est que lorsque je lui ai marqué les deux buts dans le derby en 92, j’ai senti une extase que je n’ai plus jamais éprouvé dans ma vie. J’étais ravi d’avoir fait un doublé contre le Real Madrid, mais je l’étais encore plus d’avoir mis ces buts à Buyo.
PB : Avec Paulo, le rivalité ne dépassait pas le terrain. C'était le danger principal de l'équipe, donc il fallait parvenir à l'arrêter, quel que soit le moyen.

Paco, comment êtes-vous reçu à l'Atlético ?
PB : Avec le club, ça va... Avec les supporters, beaucoup moins ! Ils me haïssent, mais je les comprends. C'est normal qu'ils ne me portent pas dans leur cœur après toutes ces années où nous avons gagné la majorité des titres.

Futre : « Il y a moins de tension qu’à mon époque »

Quels autres souvenirs gardez-vous de vos affrontements ?
PF : On en a eu un paquet et presque tout a été filmé par les caméras de télévision. Un derby pouvait être ennuyeux footballistiquement parlant, mais il se passait toujours quelque chose, c’est pour ça que les caméras étaient toujours braquées sur Buyo et moi. On peut dire qu’il n’y a jamais eu une si grande rivalité entre un attaquant et un gardien de but. Il y a un peu moins d’un an, on s’était croisés par hasard dans l’aéroport de Porto. Ça faisait déjà longtemps qu’on était retirés, mais ça ne nous a pas empêchés de se jeter des regards d’assassins. Notre relation a changé quand Al-Jazeera nous a engagés comme commentateurs durant l’Euro 2008. C’est là que nous sommes devenus amis.
PB : J'ai ce souvenir de la saison 88-89 où il y a un accrochage avec Futre, puis Orejuela. L'arbitre a voulu nous mettre un carton jaune à chacun, mais Orejuela est venu et a cherché le contact avec moi. Finalement, l'arbitre a décidé de sortir le rouge pour lui. Le football restera unique, et chaque joueur d'une équipe va chercher à avantager son équipe... Après, je ne dis pas que j'étais fier d'avoir fait expulser Orejuela, hein ! Ce n'est jamais une sensation agréable. Mais il faut avouer que ce fut une bonne stratégie : le match était serré, ils perdent un joueur et au final nous gagnons le match (2-1). Pas mal, non ?

Est-ce qu’il y a encore ce genre de conflit dans les derbys actuels selon vous ?
PF : Bien sûr. Entre Diego Costa et Pepe ou Sergio Ramos, c’est électrique. Malgré cela, je dois dire qu’il y a moins de tension qu’à mon époque. Jesus Gil n’est plus là. C’était le président le plus polémique de l’histoire du football. Les relations institutionnelles entre le Real et l’Atlético étaient franchement mauvaises. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Cerezo et Florentino mangent ensemble le jour du match. Toute la tension qui existaient entre les présidents des deux clubs, on la retrouvait dans les tribunes et sur le terrain.

Rien n'a changé donc ?
PB : La rivalité entre les deux clubs a toujours été existante, peu importe le classement. Aujourd'hui, il prend une autre ampleur car les deux équipes sont en tête de la Liga, avec trois champions potentiels pour la fin de saison, c'est très positif pour l'intérêt de notre championnat. Mais ça a toujours été un match spécial, les deux clans le vivent avec une grande intensité.

Paulo, quel regard portez vous sur votre compatriote Cristiano Ronaldo ?
Je l’adore. J’ai envie qu’il marque 5 buts, mais seulement si l’Atlético en met 6.

Et vous Paco, entre Courtois et Diego López, qui est le meilleur ?
Ce sont deux grands gardiens, par le talent et par la taille. Courtois est dans une progression fantastique actuellement. Je le vois comme le futur numéro un mondial à son poste. Diego López est plus doté d'une force de caractère impressionnante. Tous les jours, il est confronté à une pression de la part des médias et de son appartenance au Real Madrid, qui n'est pas un club comme les autres. Il y a aussi cette dynamique qui se crée avec Casillas, ça le rend vraiment meilleur. Ensuite, si on doit comparer, pfff... Je les vois au même niveau en fait.

Votre pronostic ?
PF : Victoire de l’Atlético 2-1, avec un doublé de Diego Costa. Cristiano Ronaldo marquera le but d’honneur pour le Real. Ce derby se joue au Calderón et malgré l’état de forme actuel du Real, « l’Atléti » est favori.
PB : 2-1 pour le Real, cela va de soi !


par Antoine Donnarieix
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