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Bussaglia : « Préparer les cours, ça me manque parfois »

Recrutée fin juin par le FC Barcelone après deux saisons passées en Allemagne, à Wolfsburg, Élise Bussaglia, 31 ans, est l’une des historiques de l’équipe de France avec laquelle elle compte déjà plus de 170 sélections. La caution expérience d’Olivier Echouafni se raconte avant de lancer l’Euro des Bleues, ce soir face à l'Islande.

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Comment le foot est arrivé dans ta vie ?
Mon père jouait, donc j’allais souvent le voir avec ma mère et mon grand frère, qui s’y est mis aussi. J’étais toujours sur le bas-côté et, au bout d’un moment, j’ai aussi eu envie de taper dans le ballon. Un jour, il manquait un joueur dans l’équipe de mon frère, j’étais avec mes bottes... Ma mère m’a regardée, m’a dit : « Tu veux jouer ? » Mes yeux ont brillé, j’avais cinq ans. Ça a commencé comme ça.

C’est compliqué de s’intégrer dans une équipe de garçons ?
Je l’ai toujours bien vécu. J’ai joué avec les garçons jusqu’à l’âge de quinze ans, j’avais pris une dérogation pour pouvoir faire trois années avec les moins de treize. En étant la seule fille, j’étais devenue la petite protégée de l’équipe. Au départ, quand on arrivait et qu’on me voyait, les mecs en face disaient : « Tiens, il y a une fille dans l’équipe. » Ce n’était pas normal pour eux, ils n’avaient pas l’habitude, mais à la fin du match, c’était rapidement devenu « oh non, il y a la fille » (rires). Je leur avais montré que je savais jouer.

Que tu savais aussi mieux jouer que tes frères. Ils l’ont bien pris ?
Ils sont très fiers de moi, de mon parcours... Il faut savoir que dans ma famille, on a pas mal d’humour, donc mon grand frère m’allume pas mal ! Du coup, si je rate un penalty par exemple, comme ça a pu m’arriver, il me chambre. C’est toujours sympa, pas pour me blesser. Il n’y a jamais de jalousie. Je peux dire sans hésitation que ma famille est mon premier soutien.

Quand tu étais petite, ça représentait quoi, l’équipe de France ?
Il y avait très peu de matchs à la télé, c’était assez confidentiel. Après, dans ma région, le Grand Est, il y avait Marinette Pichon. C’était le modèle. Sinon, mes seules références, c’étaient les mecs. J’ai rêvé devant 98, 2000, j’étais avec mes frères, devant la télé, avec du maquillage, le maillot sur le dos...

« J’ai eu besoin d’un petit temps d’adaptation quand je suis partie jouer avec les filles. J’avais toujours été habituée à être la seule fille, donc ça m’a fait bizarre. »

Ne pas avoir de références féminines, ça t’a manqué ?
Non, pas spécialement. En revanche, j’ai eu besoin d’un petit temps d’adaptation quand je suis partie jouer avec les filles. J’avais toujours été habituée à être la seule fille donc ça m’a fait bizarre. Je venais d’intégrer le centre, à Clairefontaine, donc ça a facilité la chose avec des entraînements tous les jours, les meilleures joueuses de France...

Tu es dans le circuit professionnel depuis presque quinze ans. Comment tu as vu le football féminin évoluer ?
Tout a quasiment changé. Un exemple simple, il y a quelques semaines, les joueuses de l’OL ont été reçues à l’Élysée par Emmanuel Macron. Désormais, les médias nous suivent, les matchs passent à la télé... Regarde, la Coupe du monde 2019 va passer sur TF1, on ne peut pas faire beaucoup plus. Bon, c’est sûr qu’on pourrait davantage parler du championnat de France, mais la Ligue des champions est retransmise, il y a de plus en plus de monde dans les stades... quand on regarde d’autres sports féminins, on ne peut pas se plaindre.

Tu as joué en Allemagne pendant deux saisons, qu’est-ce qui a changé principalement pour toi ?
La différence est culturelle, en fait. C’est un pays germanique, la France est un pays latin, donc on peut encore entendre quelques réflexions machistes. En Allemagne, quand on me demandait mon métier, que je disais que j’étais footballeuse professionnelle, personne n’était surpris.

En partant vivre à Wolfsburg, qu’est-ce que tu allais chercher ?
Je souhaitais m’enrichir à plusieurs niveaux : la langue, la culture, voir autre chose... J’ai toujours envie de progresser et, pour moi, progresser, c’est aller voir ce qui se fait ailleurs. L’Allemagne est un pays riche, qui a remporté de nombreux titres donc il y a forcément plusieurs choses à apprendre là-bas. Pouvoir partir là-bas, à Wolfsburg, qui est l’un des meilleurs clubs du monde, c’était une possibilité pour moi de découvrir une nouvelle méthode de travail aussi.

Tu as été impressionnée par quelque chose ?
Si on parle des infrastructures, je pense qu’un club comme Lyon n’a rien à envier à Wolfsburg par exemple. Pareil pour le PSG maintenant. La différence, c’est la rigueur. En Allemagne, tout est plus carré, mais c’est pareil partout, pas que dans le foot. Quand tu vas à La Poste, ça roule hein, c’est cadré. Quand tu as rendez-vous à 18h, tout le monde est là, ce n’est pas 18h10 ou 18h30. La rigueur allemande, ce n’est pas un mythe. Puis, après, tu as le terrain : les filles sont tout le temps à fond.

On a l’impression qu’il y a une forme de frilosité chez les joueuses françaises.
Il faudrait poser la question aux filles qui ne partent pas, mais tu vois, quand j’en parle avec Amandine Henry ou Camille Abily, qui a eu une expérience aux États-Unis, elles sont super heureuses. Quand les gens me posent la question, je suis pareille : l’étranger est super enrichissant. Après, en France, on a aussi de très bons clubs, donc ça peut se comprendre. Pourquoi quitter un club avec de bonnes installations pour être moins bien ailleurs ?

Cela s’explique aussi car le football féminin est progressivement devenu professionnel. Comment as-tu vécu cette bascule ?
Les salaires ont augmenté, mais ça dépend des clubs. Aujourd’hui, Lyon, le PSG, Montpellier sont intégralement professionnels, donc ça permet de gagner assez pour vivre sa vie, mais aussi mettre un peu de côté. Un club comme Juvisy a, lui, décidé de rester dans un fonctionnement semi-professionnel, c’est aussi intéressant. Moi, j’ai fait une formation pour être professeur des écoles. Quand je jouais à Juvisy, je gardais des enfants le mercredi pour gagner un peu d’argent. L’été, j’ai travaillé en usine pour aussi mettre de côté. Je ne regrette pas, j’ai appris la vie pendant cette période. Quand j’étais au PSG, je travaillais dans le même temps à Carrières-sous-Poissy. C’était intense, je passais ma journée avec des enfants et je devais ensuite enchaîner avec les entraînements dans un club de haut niveau. Ce n’était pas facile, mais j’ai passé des très bons moments.

« Quand je jouais à Juvisy, je gardais des enfants le mercredi pour gagner un peu d’argent. L’été, j’ai travaillé en usine pour aussi mettre de côté. Je ne regrette pas, j’ai appris la vie pendant cette période. »

Tu pensais à ce moment-là que le foot pourrait occuper toute ta vie ?
Je sais que ça va s’arrêter un jour. Je suis en disponibilité, donc je retournerai travailler après ma carrière dans l’Éducation nationale. Ça me manque parfois, mais j’ai encore pas mal d’amis qui travaillent, donc on en discute souvent. Préparer les cours, ça me manque parfois, mais mes anciennes collègues me disent de profiter (rires).

Comment le foot français est perçu en Allemagne ?
Il est respecté, que ce soit quand ils voient le PSG ou l’OL. Il y a aussi un profond respect pour l’équipe de France. Elles nous craignent, mais elles se savent supérieures. Elles disent qu’on mérite de gagner après nos récents échecs. C’est une belle marque de considération.

Tu repenses parfois à ce penalty manqué en demi-finale des JO de Londres ?
Bien sûr, souvent, que ce soit celui que j’ai manqué en Ligue des champions contre Lyon ou celui-ci, contre le Japon. C’étaient des penaltys importants. Après, c’est comme ça... Un penalty est un geste technique, mais c’est aussi une histoire de mental et de chance. Je ne l’ai pas eu à ce moment-là, j’en ai eu à d’autres moments. J’espère que cette année, s'il y en a un, je le mettrai au fond.

Quel est ton rôle aujourd’hui dans le groupe ?
J’essaye de montrer l’exemple, sur le terrain, en dehors, aux nouvelles pour qu’elles soient rapidement à l’aise. C’est dans l’intérêt du groupe : quand tu te sens bien dans un groupe, que tu es bien dans ta tête, tu es performante. En tant qu’ancienne, on est à l’aise maintenant. Clairefontaine, on connaît par cœur. Sur le terrain, on essaye aussi de transmettre notre exigence, notre savoir du haut niveau.

Il n’y a de fracture de génération ?
Pour moi, ça n’existe pas, ça dépend surtout des personnalités. Il y a des joueuses de trente ans qui peuvent passer leur temps sur leur téléphone et inversement. Si quelqu’un est plus intéressé par ses followers, c’est à nous de le recadrer et de lui dire que le terrain est plus important. Je ne sens pas de cassure, sauf parfois dans le vocabulaire, mais on en rigole (rires), surtout que les jeunes du groupe sont bien au niveau du comportement. Elles ont envie de bien faire, de s’intégrer, mais aussi de gagner leur place. On a un objectif commun : gagner.



Propos recueillis par Maxime Brigand, à Clairefontaine
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