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Bunjaki : « Tirer sur quelqu’un qui ne m’a rien fait de mal était impossible »

En 1991, Albert Bunjaki était un étudiant presque normal, assez doué pour le football. Puis un jour, tout a changé. L’ex-futur médecin doit fuir son pays et rejoint un camp de réfugiés en Suède, son pays d’adoption, où il vit encore la moitié du temps. L’autre moitié, il est sélectionneur de la jeune sélection kosovare, qu’il ne pense pas pouvoir amener à la Coupe du monde, mais compte bien envoyer à l’Euro 2020. Il raconterait alors l’histoire qui suit un peu partout. Un conte fait d’attentes, de pleurs, de mort et d’espoir.

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Parlez-nous de ce jour où vous avez dû quitter votre pays.
Mon grand rêve était d’étudier. Je jouais au FC Pristina, mais j’étais surtout étudiant en médecine. Chaque étudiant était obligé de faire le service militaire. Mais si tu étudiais la médecine, tu pouvais attendre d’avoir 25 ou 26 ans. J’avais déjà reçu les papiers trois fois pour le faire. Et à chaque fois, je les remplissais pour ne pas y aller. Mais à la quatrième fois, l’université de Pristina n’était plus accessible aux Albanais. Ils avaient interdit l’enseignement en albanais. Je n’étais plus étudiant et donc j’étais piégé. C’était en 1991, en pleine guerre ouverte en Croatie. Je devais donc aller à Vukovar, l’épicentre de la guerre. Le service était dans l’armée yougoslave, mais qui était en fait l’armée serbe. Plusieurs fois, de jeunes Albanais avaient été tués pendant leur service militaire. Avant la guerre. C’était très dangereux. Tu allais à la guerre, mais de mauvaises choses pouvaient t’arriver pendant le service juste parce que tu étais albanais. Puis tirer sur quelqu’un qui ne m’a rien fait de mal, c’était impossible. Je devais donc partir au plus vite, comme beaucoup d’autres jeunes ici.

Quand êtes-vous revenu pour la première fois ?
C’était après neuf ans. En 2000. J’avais vu ma famille une fois, mais à l’étranger, en Bulgarie. Je ne pouvais pas rentrer parce que j’étais considéré comme déserteur. La loi, c’était vingt ans de prison pour ça à l’époque. C’est sûrement comme ça dans d’autres pays, mais ce n’était pas un simple service militaire. C’était Vukovar.


Vous vous retrouvez en Suède, dans un camp de réfugiés. C’était comment ?
Je vivais avec le rêve et l’espoir de revenir. Je ne pensais pas vraiment que je ne reviendrai jamais. Quand j’ai déménagé de Pristina, j’étais étudiant, je jouais au foot et je me disais qu’après la Croatie, il n’y aurait plus de guerre. « C’est impossible ! C’est l’Europe ! » Puis, mois après mois... Les premiers mois en Suède, c’était bien. Être dans un nouveau pays avec le rêve de revenir un jour. J’apprenais à communiquer avec des étrangers. Mais le plus dur était de savoir que je n’avais pas le droit de descendre rendre visite à mes parents. Ça, c’était difficile à vivre.

Vous pouviez les appeler, au moins ?
C’était très cher. Je n’avais pas beaucoup d’argent. J’avais des cartes et c’était 100 couronnes, 10 euros aujourd’hui. Et tu pouvais parler deux ou trois minutes. Pas plus. Qu’est-ce que tu vas dire ? À ton père ? À ta mère ? « Allo, ça va ? » C’est rien deux minutes. Je me dis souvent : « Si seulement on avait eu Viber ou Skype à l’époque !  » Mais ce n’était pas seulement ça. Parfois il n’y avait pas de ligne, pas de signal, donc je devais attendre toute la journée pour pouvoir appeler. Parfois, j’attendais pour rien. Mais c’était encore plus dur pendant la guerre. Parce que, quand je les avais, j’étais très heureux de savoir qu’ils étaient en vie. Puis cinq minutes plus tard, je me demandais si c’était toujours le cas. Sans avoir de moyen de les contacter. Tu sais que tu peux ne pas savoir pendant deux ou trois autres semaines. Ça, c’était dur. Et tu dois continuer à vivre comme si de rien n’était.

Et un jour votre mère a appelé pour raconter que quelqu’un était mort ?
Oui. On a tous quelqu’un qui a été tué pendant la guerre. Dans ma famille élargie, 36 personnes que je connais sont mortes. Mon cousin, qui a été tué en combattant, par exemple. Ma grand-mère avait cinq frères, ils sont tous morts. Je me souviens surtout d’un appel de ma mère. J’étais dans mon salon. C’était tellement fort que je me souviens de tout. Elle me disait qu’elle avait peur. Elle me racontait ce qui s’était passé dans un village très près de chez moi, à Obria. C’était un génocide. Elle pleurait, elle criait et me disait qu’ils avaient enlevé les yeux des enfants. Après ça, j’ai perdu le signal. Je criais, je pleurais, j’étais dévasté. C’était l’une des choses les plus dures de ma vie. Je ne pouvais rien faire. J’étais dévasté pour les gens à qui c’était arrivé et pour ma famille qui était juste à côté. Je ne pouvais pas m’arrêter de me dire que ça pouvait leur arriver aussi. On en parle avec ma mère parfois.


Et ton père, tu lui parlais ?
Pendant longtemps, je n’ai pas pu. Parce qu’il travaillait avec les journalistes, donc il n’était pas très populaire. Mais nous avions une voisine serbe, très bonne voisine, décédée depuis. C’était une vieille dame seule et un jour, elle est venue voir ma famille pour dire que mon frère devait bouger. Parce qu’ils parlaient de venir le tuer. Donc ils ont déménagé de leur appartement de Pristina. À ce moment-là, la voisine savait que les Albanais ne pouvaient pas avoir de téléphone. Et s’ils en avaient un, le gouvernement écoutait. Donc la voisine a arrangé un appel entre mon père et moi. Mais elle les a prévenus : « Vous ne pouvez parler qu’en serbe. » Sinon ils auraient coupé la ligne. Ça, c’était la chose la plus difficile que j’ai eu à faire de ma vie : avoir à parler à mon père en serbe. Pour une minute. Je lui ai juste demandé comment il allait, j’ai dit que j’allais bien, puis je n’ai pas réussi à continuer. J’ai décidé de ne rien dire de plus. Mais je voulais juste savoir s’ils étaient en vie. Après la guerre, ma famille a aidé la voisine à déménager. Parce qu’elle était toute seule. C’était la seule manière de la remercier. Il y a des gens bien partout. Et de mauvaises gens aussi.

Vous jouiez encore en Suède ?
J’ai continué à jouer, oui. Mais je bougeais beaucoup, j’étais assez émotif. C’était compliqué. Ma carrière était différente à cause de tout ça. Mon plus grand problème était que je voulais rentrer au pays. Donc ça freine ton processus d’intégration dans ton nouveau pays : trouver un travail, te marier, faire des enfants... C’est pas évident. Mais j’ai toujours voulu travailler avec les gens, je suis entraîneur, donc je suis content.


Vous aviez quand même une guerre en tête. Vous souvenez-vous ne pas avoir été capable de travailler sans que les autres comprennent vraiment ?
Très souvent, oui. Surtout quand j’allais m’entraîner. Parce que c’était comme au Kosovo ça, je m’entraînais comme chez moi. J’allais en vélo à l’entraînement et soudainement j’avais un sentiment : je pensais que quelque chose n’allait pas. Ça me prenait comme ça : « Mais que sont en train de faire mes parents. Là ? Tout de suite ? » Je ne savais pas quoi faire. Je faisais demi-tour, je rentrais, je pleurais. J’étais triste. Tu es dans un endroit où les gens ne peuvent pas comprendre pourquoi tu es comme ça. Tu vas mal. Et c’est pour ça qu’en 2002, j’ai commencé à étudier le coaching mental. Parce que je veux pouvoir me comprendre. Et comprendre pourquoi j’agissais comme ça.


Racontez-nous le jour où vous êtes rentré.

C’était très différent de maintenant. Il y avait des voitures partout, les gens conduisaient très vite. Ils bougeaient en permanence. La plus grande différence était en moi. Voir mes parents, ma sœur, mon frère. Il avait quinze ans la dernière fois que je l’avais vu et là il en avait vingt-quatre. Je ne comprenais pas trop. Quand des choses arrivent, mais que vous n’êtes pas là, c’est comme si elles n’arrivaient pas vraiment. Ce n’est plus qu’un rêve.

C’est mieux maintenant ou avant la guerre ?
Ça dépend comment tu vois les choses. Si tu vois le côté économique, les espaces, la verdure, la ville a beaucoup changé. Mais avant, on avait plus d’endroits où jouer au foot. Et c’est ça qui m’intéresse. Au Kosovo, tu vois encore beaucoup de foot de rue. Mais ça va disparaître. Là où tu avais un terrain de foot, aujourd’hui tu as un immeuble. Mais c’est normal, ça va avec la croissance économique.


Les gens étaient plus heureux avant ou maintenant ?
Si tu parles de liberté, les gens sont plus heureux maintenant. Je peux chanter, je peux lire, je peux faire ce que je fais dans ma langue. On a la liberté de parole. C’est bien. Je peux voyager en Albanie, avant je ne pouvais pas. Donc c’est mieux, c’est une grosse différence. Mais les gens vivent très différemment. Ils sont tout le temps stressés, tout le temps au téléphone, comme dans toutes les villes. Ce n’est pas comme avant. Parfois, je me demande si je pourrais avoir tous mes amis au même moment au même endroit. Sans qu’ils soient au téléphone. Donc sur certains aspects, la vie était plus facile avant. Plus calme. Tu allais au travail, tu rentrais, tu allais boire un café. Aujourd’hui, tout le monde a deux ou trois boulots. C’est fou, Pristina. C’est très différent de ma vie en Suède. Là-bas j’entends les oiseaux, ici les voitures.

Vous supportiez qui petit ?
J’aimais le Milan. Juste parce qu’ils étaient bons. On était plus proches du foot italien. Quand j’étais petit, j’étais pour la Yougoslavie. On ne pouvait pas voir les matchs de l’Albanie, comme on ne pouvait rien lire en albanais ou aller en vacances là-bas. C’était dangereux d’avoir un journal albanais ou d’écouter la musique albanaise. La police contrôlait la musique que tu écoutais en voiture. J’étais petit, la Yougoslavie avait de bons joueurs, je ne pensais pas à la politique. Ils avaient de bons joueurs croates et même un Albanais : l’actuel président de la Fédération kosovare, Fadil Vokkri. On était fiers de lui. C’était notre joueur préféré à tous. Avec Maradona.

Beaucoup de vos compatriotes rêvent encore de réunification entre le Kosovo et l’Albanie. Vous aimeriez coacher une équipe de Albanie – Kosovo ?
J’aimerais avoir tout le monde ! Tu imagines l’équipe de Yougoslavie aujourd’hui ? En tant que coach, j’aimerais ça. Mais tu dois avoir des sentiments aussi. Peut-être que c’est pour ça que la Yougoslavie n’arrivait pas à passer un palier. Parce qu’ils n’avaient pas les sentiments.

Propos recueillis par Thomas Andrei, à Pristina
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