Portugal - 10e journée - Braga/Porto (21h15)

Par William Pereira

Braga, troisième club portugais, vraiment?

Depuis trois saisons, le Sporting Clube de Portugal n'est plus que l'ombre de lui-même. Pas top niveau timing, puisque dans le même temps, Braga est en plein essor. Les Minhotos enchaînent les bonnes saisons, ce qui amène certains à penser que le Sporting n'est plus le troisième grand club portugais. Ont-ils raison, ont-ils tort ? Réponse.

Note
11 votes
11 votes pour une note moyenne de 4.59/5
Cliquez sur une étoile pour donner la note


Leandro Salino (Braga)
Leandro Salino (Braga)
Non, car son palmarès est quasiment vierge


Le Sporting Clube de Braga a beau avoir 91 ans, il n'est pas considéré comme un club historique au Portugal. Avec un passé très léger et un avenir plein de promesses, Braga est plutôt un adolescent. Avant l'arrivée d'Antonio Salvador, le « clône de Pinto da Costa », au poste de président en 2003, les Minhotos ont connu des hauts, des bas, des descentes et des promotions, pour un seul titre, la Coupe du Portugal 1965-66 - après avoir battu les grands Benfica et Sporting tout de même. Depuis le début de l'ère Salvador, le SC Braga ne fait pas beaucoup mieux sur le plan comptable avec une Coupe Intertoto en 2008. Bref, non seulement le palmarès des Guerreiros est à des années lumières de celui du « vrai » troisième grand qu'est le Sporting, mais il est également inférieur à celui de Belenenses, Boavista et même l'Académica ou Setúbal. De ce point de vue-là, Antonio Salvador a du chemin à parcourir. Et puis compte-tenu du début de saison des hommes de Peseiro, on voit mal comment ils pourraient remporter autre chose que la Coupe du Portugal. Et encore...

Oui, en attendant que le Sporting sorte de son coma


Au crépuscule de l'année 2012, Braga est l'équipe qui monte et le Sporting celle qui décline. Les courbes se sont déjà croisées et voilà quelques années que les premiers sont assez nettement supérieurs aux seconds. Tout a commencé en 2008-2009 : le Sporting Clube de Portugal réalise alors sa dernière saison valable en arrachant la deuxième place en championnat et en atteignant les 8es de finale en C1 - malgré une grosse claque reçu face au Bayern -, tandis que Braga explose. Sous la houlette de Jorge Jesus, les Minhotos arrachent la Coupe Intertoto et se hissent en 8es de finale de la C3 en battant le Standard de Liège des Witsel, Defour & Co avant de s'incliner de justesse devant le PSG (1-0 sur l'ensemble des rencontres). La suite tourne à l'avantage de Braga qui poursuit son envolée, pendant que les Leões s'effondrent inexorablement - la belle campagne en C3 de l'an passé était en fait l'arbre qui cachait la forêt. Avec deux participations en Ligue des champions, une finale d'Europa League et une place de dauphin, ainsi qu'une troisième place en Liga Sagres, « os guerreiros » remportent le duel des Sporting par KO. Et vu l'état catastrophique dans lequel se trouvent les Lisboètes la situation ne devrait pas évoluer immédiatement.

Non, pour des raisons historiques

Le Sporting Braga ne pourra jamais rivaliser avec un club de Lisbonne ou de Porto en matière de notoriété, et ce, quel que soit son palmarès ou sa forme du moment. Au mieux, Braga deviendra l'équivalent d'un Valence en Espagne, mais ne remplacera probablement pas le Sporting dans le cœur des Portugais, même si ce dernier venait à tomber dans l'anonymat un jour. Même à Braga et dans le Minho en général, beaucoup préfèrent l'une des trois écuries historiques avant de soutenir l'équipe de leur ville (ou région). Et quand bien même Antonio Salvador réussirait à « conquérir » le cœur de la grande majorité des « Bracarenses », il serait difficilement imaginable de voir son club s'implanter dans le reste du pays et au-delà de ses frontières au même point que son homonyme de Lisbonne qui compte plus de... 100 000 socios. Car, au pays de Camões, le football est le reflet d'une société très fortement marquée par le clivage Porto-Lisbonne depuis le début de la révolution industrielle. La première ville se veut garante des droits du Nord qui lutte contre le centralisme lisboète, un pouvoir que la seconde tient à garder à tout prix. Il n'y a que deux grandes villes pour les Portugais, aussi bien dans le cadre politique que sportif. Des villes importantes, comme Coimbra, capitale culturelle, Faro, pôle touristique, et donc Braga, sensibilisent bien moins les habitants des villes étrangères puisqu'elles ne participent pas à la grande bataille idéologique. Un désavantage quasiment irréversible pour le SCB...

Oui, dans le futur

Antonio Salvador a fait beaucoup pour Braga en neuf ans. Il a définitivement abonné son équipe au haut de tableau ainsi qu'aux compétitions européennes, chose impensable il y a encore une vingtaine d'années. Pour ce faire, Salvador a tissé des liens avec des hommes très influents comme Pinto da Costa, Luis Filipe Vieira ou encore Jorge Mendes, afin de composer à terme une équipe de « bons remplaçants » de Porto, Benfica ou du Sporting. Depuis quelques années, le président « minhoto » ne se contente plus de faire de la récupération, mais a également mis en place une cellule recrutement à l'échelle nationale sur le modèle du FC Porto. C'est ainsi que Matheus, Lima et maintenant Éder ont pu être recrutés à bas coût. Ce dernier a une clause de 30 millions d'euros et devrait permettre à Salvador d'empocher suffisamment d'argent pour envisager de concrétiser un rêve : créer le plus grand centre de formation du Portugal et devenir le vivier de la Selecção portugaise, devant le Sporting. Si les Leões de Godínho Lopes poursuivent leur politique de recrutement de joueurs étrangers (nuls) en délaissant peu à peu leur excellente académie, comme c'est aujourd'hui le cas, Braga pourrait bien finir par les dépasser dans ce domaine. Pendant que le Sporting continuera de se faire taper en C3 par des équipes hongroises et suisses avec des joueurs achetés trop cher sur le marché, Braga formera des futurs cracks pour les vendre au prix fort, et ainsi s'enrichir. À moyen terme, les courbes économiques des deux clubs se croiseront, tout comme les courbes sportives aujourd'hui. À moins que le Sporting Clube de Portugal ne se réveille à temps...


Par William Pereira


 








Votre compte sur SOFOOT.com

6 réactions;
Poster un commentaire

  • Message posté par dextiman le 25/11/2012 à 16:37
      

    Ça fait vraiment plaisir que SF s’intéresse autant au foot portugais, vous êtes les seuls en France, bravo.

    Sinon, pour mon club de cœur, qu'est le Sporting (le vrai), je suis effondré de voir a quel point il est en train de sombrer. La partie qui explique le changement de politique (en délaissant l'Academia) est très vrai, et c'est, selon moi, le plus gros facteur qui est en train de faire couler le club.

    Sempre Sportiguinsta !

  • Message posté par LeJusticier le 25/11/2012 à 18:09
      

    Sporting 10
    Porto 4
    Benfica 2

    Soit le nombre de joueurs formés dans ces clubs à avoir joué le dernier Euro avec le Portugal...

    Je deteste le Sporting pour de basses raisons de supporter/beauf mais le fait est que son déclin met clairement en danger la sélection à l'heure où le modèle économique de Porto et Benfica ne passe pas (ou peu) par l'émergence de jeunes talents nationaux...

  • Message posté par Alex Kid le 25/11/2012 à 18:09
      

    D'accord avec toi dextiman! Ca fait vraiment plaisir de lire des articles (et intéressant en plus!) sur le championnat guesh.

    Pour en revenir à l'article, meme si je suis un fervent adepte du FC Porto, la situation du Sporting m'attriste... Comment ont-ils pu en arriver là???

    Tout est dit dans l'article (achat de peintres, oubli de leur Academia...) mais ca n'explique pas tout.

    Pour moi le Sporting Portugal veut trop la faire façon Porto ou Benfica en achetant pleins de mecs et en esperant les revendre à prix d'or (pour faire de la thunes rapidement), chose que Braga a voulu faire aussi avant de se rendre compte que le top c'est quand meme la formation. Meme si c'est plus long, ca reste l'idéal. D'ailleurs Porto et Benfica devraient commencer à se pencher un peu plus sur la question puisqu'avec le fair play financier arrivant, les Zenit, Chelsea et autre City ne mettront plus la mains à la poche de la meme façon.

    Enfin voila, meme si aujourd'hui le championnat guesh est le 5ème européen (n'en deplaise à certains), la technique d'achat/revente employée aujourd'hui risque de poser de vrais problèmes à l'avenir (le fair play fi, la selection qui ne sera plus approvisionnée correctement) et là dessus Braga à un train d'avance et pas seulement sur le sporting...

    Viva O Porto!

  • Message posté par Hem69 le 26/11/2012 à 01:25
      

    "À moins que le Sporting Clube de Portugal ne se réveille à temps..." Je suis originaire de près de Braga, mais c'est tout le mal que je souhaite au Sporting Portugal. Quel dommage si une telle institution, avec un tel savoir faire, venait à disparaître ou péricliter sans aucune chance de retour!!!

    Bel article donc, avec des commentaires sympas aussi, même si j'ai toujours autant de mal avec ce qualificatif à la con* que je ne prendrai même pas la peine de transcrire ici. Ben ouais, tout peut pas être tout rose, mais merci WP.

  • Message posté par Meo le 26/11/2012 à 10:40
      

    Que dire de plus !
    je suis Sportinguista et cette situation m'attriste également.
    Voir son club s’effondrer fait mal, mettons des gens compétant à sa tête pour que le lion relève la tête !
    putain* notre centre de formation à toujours été dans le top européen, continuons la dessus !
    Quand on voit le SCP 2 être 1er de Liga Vitalis, les dirigeants se posent ils les bonnes questions ???

    Par contre l'émergence de Braga ne me dérange point, au contraire!
    Le club se structure bien avec de bonnes bases, et tient la draguée autres au 3 historiques (ce que Boavista faisait très bien avant sa chute ... )
    et cela prouve que la Liga Sagres s'affirme et monte en niveau, et tant mieux pour le foot portugais.


6 réactions :
Poster un commentaire