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  2. // Girondins de Bordeaux

Bordeaux perd la boule

Le sale week-end vécu par des Bordelais apathiques et étrillés par une équipe de Lorient en état de grâce (5-1), a de nouveau permis de stigmatiser les carences d'un collectif aux abois. Mais plus qu'une simple chute au classement, c'est leur avenir parmi l'élite qui est en jeu. Soit un air de déjà vu en Gironde.

Les lendemains douloureux sont parfois difficiles à assumer. Et la gueule de bois, consécutive au revers subi samedi au Moustoir, encore plus. Voilà en substance à quoi peut se résumer la deuxième partie du week-end bordelais. Car loin d'être un cas isolé, la situation critique traduit bien le malaise ambiant qui règne depuis plusieurs semaines au sein du club. Après tags, menaces de supporters, attitudes maladroites de certains joueurs (Trémoulinas, Maazou) et éliminations en coupes, le terrain a livré une nouvelle vérité pathétique : Bordeaux n'a plus le niveau. Pire encore, le club (12e, 31 points) pourrait être en danger si les choses n'évoluaient pas au plus vite de façon favorable. Et quand le spectre d'une éventuelle relégation commence à se profiler, l'on repense immédiatement à la saison 2004-2005, durant laquelle les Girondins, alors successivement dirigés par Élie Baup, Michel Pavon et Éric Bedouet, avaient sauvé leur tête in extremis en Ligue 1, lors de la dernière journée, à domicile face à Marseille (2-2). Un truc de fou, donc, encore inimaginable la saison dernière, mais cependant possible. Car la leçon reçue en Bretagne, tant sur les plans tactique, technique, que physique, est là pour rappeler tout le monde à l'ordre : soit un avertissement sans frais pour l'ensemble des composantes du club. Problème : Bordeaux ne semble pas aujourd'hui prêt mentalement pour ce combat-là.



Désabusés, sans âme, à la limite du défaitisme et vite dépassé malgré de bonnes intentions de jeu, le collectif marine et blanc est à l'image de sa plaine des sports : morne. Le Haillan, déjà victime d'actes de vandalisme en janvier, s'est cette fois-ci paré. Ouvert au public mais sécurisé (stewards, maitres-chiens), le centre technique sent la grisaille, le désarroi. Tout comme Jean Tigana, « très mal » , « sans clé » et encore dans le « cauchemar » breton, auquel il serait toutefois injuste de prêter tous les maux. Pressé par les Oranges, le onze aquitain n'a plus de jus et provoque de la pitié sincère, reflétée par certains de ses cadres, accueillis énergiquement dans la nuit de samedi à dimanche, à l'aéroport. Livides, marqués, groggys, les Carrasso, Chalmé, Wendel – courageux et disponibles – et consorts, ont pris cher face à des supporters mécontents ( « Bougez-vous le cul bande de chèvres ! » , « Vous nous cassez-les couilles ! » ). Une fois de plus, serait-on tenté de dire. Le mal est profond, insidieux et récurent. Alors maintenant, plus question de parler d'ambitions européennes, comme c'était encore le cas avant d'affronter des Merlus leur ayant par ailleurs infligé une insolente réussite ; place aux efforts post-traumatiques et à la rédemption. La vraie. Car c'est à ce prix que les Girondins, loin d'être « une bande de sales gosses inconscients » (copyright Raymond Domenech), sauveront leur tête. En espérant pour eux qu'il ne soit pas déjà trop tard.



Laurent Brun, à Bordeaux

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