Bordeaux face au choc des générations

Règles bafouées, autorité contestée, choix tactiques remis en question ; pas facile, aujourd’hui, de gérer les nouvelles générations de joueurs dans le football professionnel. Pas évident non plus de trouver la bonne formule pour remédier au mal. A Bordeaux, à défaut d’être directement concerné, on analyse le problème.

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Il est loin le temps où les minots, tout juste débarqués dans un vestiaire pro, ciraient les chaussures de leurs aînés. Loin, aussi, celui qui voyait les apprentis footeux vouvoyer les anciens. Alors, si le foot à papa et à Gilbert Gress (adepte du vouvoiement) a presque totalement disparu, celui des années 2010 existe bel et bien. Plus mal parfois, que bien. Et plus sur la forme que sur le fond, aussi. Mais pourquoi ? Parce que d’un point de vue global, il n’est pas évident de s’y retrouver, et de prendre la réelle mesure de ce qu’il se passe sur et en dehors du terrain, au sein d’un groupe d’élite. Et à Bordeaux, bien que valeurs et notions de respect soient quasiment gravées à l’indélébile sur les tables de la loi et préceptes éducatifs du centre de formation, il peut y avoir des couacs. Dans le relationnel, surtout. Et quand à son arrivée au club (en juin 2007), Laurent Blanc indiquait qu’il fallait « d’abord connaître les hommes avant de connaître les joueurs » , c’était déjà une partie du cheminement psychologique qui était effectuée. La suite, on la connait. Mais depuis, au Haillan, et comme ailleurs, on assiste à un choc des générations, voire des cultures. Un problème d’actualité, avec tout ce que cela peut engendrer. Le respect ? Il y est, il existe encore, mais sous d’autres formes. A perceptions différentes, centres d’intérêt différents !

Matthieu Chalmé (31 ans), défenseur latéral expérimenté (près de 250 matches en L1), analyse la situation. « Les nouvelles générations sont différentes de la mienne, elles ont moins d’appréhension que nous. A mon époque, signer professionnel était un miracle ; seuls un ou deux sortaient de la promotion tous les deux ou trois ans, parce que c’était vraiment difficile. Aujourd’hui, ils sortent à cinq ou six. Donc, ils arrivent dans le vestiaire plus en confiance car ils se retrouvent en nombre, fait-il observer. Tout ça crée du changement. Moi, on ne m’entendait pas… Je n’osais même pas marcher dans les couloirs ! » Et si le couloir ça le connait, l’homme n’hésite pas à enfoncer la porte, quand il s’agit de développer. « C’est une évolution logique par rapport à la société de maintenant. Ça rend les choses plus difficiles, forcément. Parfois, on a l’impression que d’autres, à 18 ans, ont déjà tout connu et vont t’apprendre ! Ils pensent qu’ils y arriveront seuls… Mais ce n’est pas spécifique au football, c’est comme ça aussi dans la vie de tous les jours. C’est juste qu’il y a des valeurs qui ont disparu, et que ça peut déclencher des choses pas très bonnes pour la suite » , constate-t-il, tout en soulignant la présence de « jeunes et bons garçons » ayant « beaucoup de respect pour les plus vieux » , dans le vestiaire marine et blanc.

Une question d'éducation

Avec un peu de recul, et si le club aquitain s’en tire plutôt pas mal de ce point de vue-là, il reste cependant regrettable pour les gens en charge du collectif de devoir élargir leur palette de techniciens. Ou de précepteurs, c’est selon. N’est-ce pas Monsieur Gillot ? « C’est de plus en plus dur… Il y a un décalage entre les anciens et les plus jeunes, confie l’entraîneur aquitain. Je l’ai constaté ces dernières années à Sochaux, avec beaucoup de très jeunes joueurs, et des moins jeunes tels que Jérémie Bréchet et Teddy Richert : on sentait que c’était parfois à la limite. Il a fallu du temps pour qu’ils soient tous bien en osmose. Il n’y avait pas d’affrontement, mais ce n’était pas comme dans un vestiaire qui s’entend bien. » Joueurs âgés, coaches : même combat ? « L’éducation qu’ils n’ont pas eue, il faut la leur donner, ajoute Gillot. Ce n’est pas évident parce qu’à la base, ils n’ont pas les bons réflexes. Il faut les mettre au travail et leur dire que si l’on veut réussir, il faut beaucoup travailler. Mais il y en a qui ne comprennent pas. » Par conséquent, comment gérer une situation post-parentale, qui voit une génération sans repère prendre le pouvoir ? En encadrant et en recadrant, visiblement. Soit une option supplémentaire à valider, dans un quotidien technique déjà bien chargé. « Ce n’est pas mon rôle, mais ça le devient » , soupire un Gillot « pas vraiment confronté à ça, à Bordeaux » .

« On sent que des gosses pensent que ça va arriver en claquant des doigts, mais ce n’est pas le cas. On est dans une société dans laquelle on a tout, tout de suite ; les jeunes doivent faire l’effort de venir, de travailler. Je me souviens que quand je jouais, et que l’on allait dans le vestiaire des pros, on frappait à la porte, comme pour prendre un bain dans leurs installations ! On demandait l’autorisation. Aujourd’hui, tout leur est dû. Je ne dis pas qu’il faudrait revenir à ça, mais qu’il y ait au moins un minimum de respect entre ceux qui arrivent, et ceux qui ont prouvé depuis quelques années. A présent, quand on fait trois bons matches, on devient une vedette ; à l’époque, il en fallait cent ou cent cinquante pour être connu et reconnu ! » rumine le technicien. Autre époque, autres mœurs. C’est peut-être aussi pour ça, et pour d’autres raisons liées aux différents épisodes Knysna et Zahia, que le football traditionnel français a perdu ses lettres de noblesse, et bon nombre de licenciés (près de 7%). Au profit du foot loisir et du foot indoor, entre autres. Alors tant pis pour les vieux, les habitudes d’antan et pour Gillot ! « La belote, le tarot, ça n’existe plus ! Maintenant, c’est musique dans le vestiaire et le poker… mais au casino ! Tout se perd. »

Par Laurent Brun, à Bordeaux
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à l'image de la société effectivement ou au moins la moitié des gamins sont des crétins au mieux, ou des racailles.
je serais curieux de savoir ce que touts ces garçons ferait sans le foot, et surtout combien éviterais la taule.
Surtout qu'en plus de sortir en plus grd nbre du centre, leur niveau n'est pas aussi bon . Le niveau technique de la Ligue 1( et je parle pas des roulettes, coups du foulard machin, ça c de la niot niot mais des passes frappe, vision de jeu) a considérablement faibli (effet post France 98 ?), qd tu vois que des mecs comme Jérome Leroy n'ont jamais été sélectionné (c aussi de sa faute je le nie pas mais les raisons st à vrai dire multiples), ds l'équipe actuelle il taperait les 50 sélections faciles.
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