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Bolivie : 93 NTM

La Bolivie ne verra pas la Russie en 2018. Parce que quand l'équipe n'est pas très forte, que la Fédération implose, qu'on aligne un joueur inéligible et que le sélectionneur réunit 93 hommes, cela s'appelle un suicide.

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C’est une erreur qui coûte cher. Très cher. Nelson Cabrera, ancien international paraguayen, est devenu membre de la sélection bolivienne après sa naturalisation en février dernier. Problème, la Fédération bolivienne a décidé d’outrepasser les lois de la FIFA et de faire jouer le défenseur de trente-trois ans lors de deux journées d’éliminatoires pour le Mondial en Russie. Deux rencontres lors desquelles la Bolivie avait, pour une fois, fait bonne figure, battant le Pérou et arrachant un nul à son rival chilien (0-0). Mais la semaine dernière, le couperet est tombé : Cabrera ne pouvait pas encore jouer pour la Verde, un joueur ne pouvant prétendre à un changement de sélection nationale qu'après avoir passé cinq ans ininterrompus dans son nouveau pays. Résultat, deux défaites sur tapis vert sur le score de 3-0, et un classement totalement chamboulé. Le Chili récupère la place de barragiste de l’Argentine. Et la crise au sein de la Fédération bolivienne, déjà bien présente depuis longtemps, s’accentue. « C’est une honte, on va faire tomber toutes les têtes  » , a balancé Marco Peredo, vice-président de la fédé bolivienne et président de la Ligue nationale. Même son de cloche chez Walter Flores, joueur cadre de cette sélection : « C’est le fruit d’une incompétence totale de nos dirigeants. La Bolivie a besoin d’un président de la Fédération qui aime le football de son pays et qui connaît le règlement. C’est très dur à avaler. » Pour tous, le responsable est trouvé : Rolando López, le président de cette instable fédération. Lui s’est dédouané de toute responsabilité, affirmant que le joueur en question n’avait jamais parlé de son passé d’international guarani. Décryptage d’une crise interminable.

Un rassemblement à 93 joueurs


Un petit retour en arrière s’impose. L’année dernière, l’instance du football bolivien connaissait déjà une situation folle. Carlos Chávez, ancien trésorier de la CONMEBOL qui présidait la FBF depuis 2006, était incarcéré avec une belle collection de chefs d'accusation : blanchiment d'argent, trafic d'influence, arnaques. L’ancien trésorier de la Fédération est lui aussi en taule. S’ensuivent une crise institutionnelle et sportive, la retraite anticipée de certains joueurs majeurs et même la venue d’un chef militaire dans le nouveau staff technique. Depuis, la Bolivie s’est ramassée à la Copa América Centenario, a rapidement compromis ses chances de disputer un quatrième Mondial après celui de 1994, le secrétaire général de la Fédération a aussi rejoint la case prison pour corruption, et Guillermo Ángel Hoyos, entraîneur argentin, a été engagé pour remettre de l’ordre après le passage de Júlio César Baldivieso sur le banc. Et ses méthodes ont rapidement fait parler. Pour sa première liste, Hoyos convoque tout simplement 93 joueurs. Un stage commando pour tester le vivier local. En conférence de presse, l’ancien entraîneur expliquait ses intentions : « L’idée, c’est qu’on puisse suivre toutes les semaines chaque joueur. Cette convocation permet d’approfondir nos connaissances concernant chacun des joueurs qui peuvent intégrer la sélection. » Et pour son premier match à la tête de la Verde, Hoyos avait mené ses troupes vers une victoire 2-0 face aux Péruviens. Le match nul au Chili lors de la journée suivante laissait paraître une sorte de renouveau au sein d'une sélection qui pointe à la 80e place du classement FIFA et reste depuis longtemps comme la pire équipe nationale du continent. Après le retrait de points, le sélectionneur argentin de la Bolivie a tenu à garder le silence. Pire, son supérieur et président de la Fédération, Rolando López, a déclaré devant la presse qu’il n’avait pas pu discuter avec l’entraîneur, puisqu’il n’avait pas son numéro de téléphone. Un sketch sans fin.

« Ricky Martin nous prend notre seul stade disponible »


Deux jours après l’annonce de la sanction de la FIFA, Rolando López a eu la bonne idée d’organiser une conférence de presse. La raison ? Il a décidé d’annoncer que l’instance du football mondial faisait marche arrière et que le classement était donc inchangé. Évidemment, la FIFA s’est empressé de confirmer la sanction et d’éteindre l’incendie allumé par López. La Fédération bolivienne devrait faire appel de cette pénalité. Désormais, la sélection doit tenter d’oublier le marasme dans lequel elle se trouve. Avant d’aller affronter le Venezuela, dernier du classement, et de recevoir le Paraguay, les joueurs de la Verde ont tout de même tenu à tacler la direction de la Fédération. Dans un communiqué publié par FABOL (Futbolistas Agremiados De Bolivia, sorte de syndicat des joueurs professionnels), Rolando López a été déclaré persona non grata, avant de demander sa démission. Et de conclure : « Nous sommes la honte du continent. Ricky Martín vient faire un concert et il nous prend notre seul stade disponible » , faisant référence au concert du chanteur le 6 novembre qui a empêché la sélection de s’entraîner sur sa pelouse habituelle. Alors que la tempête ne s’est toujours pas calmée, la Bolivie va devoir affronter une nouvelle polémique. Damían Lizio, argentin naturalisé bolivien, a disputé quatre rencontres des éliminatoires sous le maillot de la Verde. Lui non plus n’était pas éligible. Le Venezuela – qui a perdu 4-2 contre la Bolivie lors de la troisième journée – va réclamer les trois points, tandis que l’Uruguay, le Paraguay et les Colombiens, qui ont tous battu la Bolivie, pourraient bénéficier d’une victoire sur tapis vert, histoire d’améliorer leur goal average. La sélection bolivienne est donc officiellement le souffre-douleur du continent. Et l’a bien cherché.

Par Ruben Curiel
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