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Bohemian FC : Tout un poème

Plus qu’un simple divertissement local, un club de football est également un vecteur professionnel de par le nombre de personnes employées à des postes plus ou moins communs. Lewis Kenny, engagé l’an passé en qualité de poète aux Bohemian Dublin, suscite la curiosité.

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À l’exception peut-être de l’Écosse, dans quel autre pays que l’Irlande un club de football aurait-il pu être plus susceptible de faire appel aux talents d’un poète en son sein ? Cette terre rebelle où la nature est omnipotente, pas encore sacrifiée au profit d’hideux blocs de béton, et invite perpétuellement à l’évasion - à condition de se parer d’un parapluie. Tandis que les uns fuient le quotidien sur les chemins de randonnée, les autres s’évadent par les mots, rêvant autrefois de liberté, d’indépendance ou des deux à la fois. L’Île d’Emeraude en a inspiré plus d’un. D’Oscar Wilde à Samuel Beckett, en passant par Michel Sardou ou à l’ivrogne imbibé de whisky ou de Guinness au sortir du pub, celui là-même dont l’esprit peut se laisser aller à transformer un peu de brume et de tourbe au fond d’un lac en une créature mystérieuse dont la légende traverse les âges.

Une affaire de famille


Les poèmes de Lewis Kenny ne sont pas encore multicentenaires, le jeune homme ayant à peine dépassé la vingtaine, mais ils ont convaincu le club de Bohemian FC de mettre un peu de douceur entre deux rencontres sur les terrains cabossés du championnat irlandais. « Les poèmes de Lewis traitent de jeunesse, de musique et d’intégration. Notre club n’est pas seulement impliqué dans le football, mais aussi dans l’art. Nous sommes le plus vieux club d’Irlande et nous faisons en sorte que les jeunes se retrouvent dans des intérêts communs » , explique Daniel Lambert, l’homme en charge du développement stratégique du club et au demeurant grand amateur d’arts, ainsi que poète à ses heures perdues. Il n’est d’ailleurs pas peu fier de l’aspect progressiste de son club, « le seul à avoir récemment fait campagne pour le oui, lors d'un vote important concernant le mariage gay. Par ailleurs, et en particulier avec la crise migratoire que connaît la Syrie, nous militons pour de meilleurs droits pour les réfugiés en Irlande » .


Progressistes et innovateurs donc, les Bohs étant les premiers en Irlande à engager un poète. « Le club fêtait ses 125 années d’existence lorsqu’ils m’ont engagé. J’organisais déjà avant ça des événements liés à la poésie à Dalymount Park. Daniel Lambert était présent à l’un d’eux et m’a demandé si je voulais écrire des poèmes pour le club » , raconte Lewis Kenny, ravi de l’aubaine, lui qui chérit Bohemian depuis sa plus tendre enfance. « J’habite à deux minutes du stade. J’ai toujours vécu ici et ma famille a des liens forts avec ce club. Mon grand-oncle en était le gardien de but dans les années 20, mon grand-père en a été membre pendant 35 ans et ma mère travaillait en tant que serveuse au bar. Bohemian FC a donc toujours fait partie de ma vie. Je m’y rends depuis que j’ai 4 ans » , explique le poète, pour qui faire preuve d’opportunisme et supporter un club étranger sous couvert de la faiblesse présumée du championnat local n’est autre qu’un « scandale, même si [il] comprend les gens supportant le Celtic, de par le lien avec la communauté irlandaise de Glasgow » .

Session privée pour le président


Un amour pour son club de foot que l’artiste tente d’exprimer en poésie dans une performance significative qui lui a valu d’être mis en scène par la RTE - l’équivalent irlandais de la BBC -, qui souhaitait apporter un peu d’originalité à son programme Soccer Republic. Un clip tourné à Dalymount Park dans lequel Lewis explique que, pour lui, « le club c’est le bruit, la passion, le sentiment d’appartenance et la fierté d’une ville » . D’une ville, mais aussi d’un quartier ou d’une communauté. « Nous avons énormément de choses à offrir aux gens de Dublin, dont se foutent allègrement les clubs de Premier League avec tout leur argent. Nous organisons pas mal d’évènements musicaux au bar de Dalymount Park en marge des matchs de foot, comme des concerts de reggae ou de northern soul, un peu comme ce qu’a fait Sankt Pauli à Hambourg » , se targue Daniel Lambert, soucieux d’augmenter l’attractivité du club pour les fans face aux strass et paillettes de l’ogre Premier League.


Riche, l’Aitricity League ne l’a jamais vraiment été, mais la crise économique irlandaise a fini de sceller son avenir de sans-le-sou pour un bon moment. Il n'y a plus aucun club intégralement professionnel en Irlande, et il n’est pas toujours évident pour les joueurs de prendre des congés, lors des tours préliminaires estivaux de Coupe d'Europe pour aller en Islande. Dans ces conditions financières précaires, il faut lutter avec ses armes. Les poèmes de Lewis Kenny aident la culture du club à se développer, que ce soit à la télévision ou dans les programmes de matchs avec pour tout salaire un abonnement VIP à l’année. Pas de quoi vivre, mais suffisamment d’exposition médiatique pour booster la carrière prometteuse de celui qui a déjà eu l’occasion de faire étalage de son talent devant une personnalité d’envergure. «  Le président irlandais, Michael D. Higgins, également poète, est venu assister à un match l’année dernière. Lewis lui a lu un poème en privé dans l’un de nos bars. Il a trouvé ça superbe et lui a donné l’accolade » , se souvient Daniel Lambert, patron de café, à deux pas du stade, lorsqu’il n’enfile pas le costume de membre du comité directeur des Gypsies.


Il reste encore un an de contrat à Lewis Kenny pour allègrement mixer football et poésie au sein de son club de cœur. La RTE semble également bien décidée à prolonger l’aventure avec le poète, puisque la chaîne de télévision principale irlandaise lui aurait demandé d’écrire un poème sur l’équipe nationale d’Irlande dans le cadre de l’Euro. Un tournoi où toute l’Irlande sera présente, divisée en deux sélections différentes, au grand dam de l’artiste, qui préférerait une Irlande unie à l’instar du rugby. Pour l’heure, le championnat reprend ses droits sur l’île Verte, et, celui qui n’a pas succombé aux charmes vulgaires d’une Premier League maquillée à grands coups de fard à paupière hors de prix, ne caresse qu’un seul rêve : que Gypsies rime de nouveau avec Trophies.

Par Grégory Sokol Tous propos recueillis par GS
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Mettre Michel Sardou dans une phrase comprenant Oscar Wilde et Samuel Beckett...rien ne vous arrête chez Sofoot !
Mettre Beckett dans une phrase comprenant Sardou et Wilde ! Rien ne vous arrete à So Foot !
TERRE
BRÛ-LEE
AU VENT
wallotexas Niveau : CFA
Sympasmal comme idée... Oui, Irlande, Écosse... Îles Féroé ?
mickael Mcgowans Niveau : Loisir
avec une ID on ouvre des portes, hein hugues?

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