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  1. // Euro 2012 – Groupe D – Ukraine/France

Blokhine, tsar et pompier

Ballon d’Or 1975 devant Beckenbauer et Cruyff, Oleg Blokhine a d’abord été un immense joueur, imprévisible buteur pour son éternel Dynamo Kiev et pour l’URSS. Revenu au poste de sélectionneur pour aider l’Ukraine à bien figurer à domicile, le fils spirituel de Valeri Lobanovski dirige son groupe comme il a toujours joué : avec fougue et panache.

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Le doublé de Shevchenko offrant la victoire au pays-hôte pour son entrée dans la compétition face à la Suède fut l’une des belles histoires de cette première journée de l’Euro. Une belle histoire qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Car le Sheva de 2012 n’a plus grand-chose à voir avec le Sheva des grandes années milanaises. À 35 ans bien tassés, le dos en vrac, le Ronaldo blanc n’est plus utilisé qu’avec parcimonie en club comme en sélection, où sa dernière titularisation avant le match de lundi remontait à novembre… Annoncé remplaçant, comme d’habitude, son sélectionneur a finalement tenté, au dernier moment, le pari de l’aligner d’entrée face à Zlatan et sa bande, en compagnie de son vieux compère Voronin, sacrifiant du même coup l’habituel titulaire de l’attaque Marko Dević. Une inspiration géniale d’Oleg Blokhine. Une de plus, aurait-on envie de dire.

Le chef-d’œuvre de Munich

Car, avant de manager, Oleg Blokhine a d’abord été un grand, un immense joueur de football. Il fallait le voir, dans les années 70 et 80, dévaler les pelouses la balle au pied, virevoltant, changeant de trajectoire au gré des obstacles – les défenseurs adverses – avec un but en tête : marquer, marquer et encore marquer. Le dévoreur d’espaces de Kiev était une machine très difficile à enrayer. Et fiable avec ça : entre 1972 et 1986, il dispute quinze saisons consécutives à dix buts et plus au compteur. Et attention, on ne jouait pas une cinquantaine de matchs par saison à l’époque… Au total, il « pèse » 211 buts inscrits en 432 matchs avec le Dynamo, ainsi que 42 buts en 112 sélections avec l’URSS. Sa plus belle année ? 1975, incontestablement.

Avec son club de toujours, le Dynamo, il remporte le championnat soviétique, la Coupe des Coupes et la Supercoupe UEFA, dominant pour soulever ce dernier trophée la pourtant réputée invincible armada du Bayern, les Maier, Beckenbauer, Rummenigge, Müller et toute la bande. Celle-là même qui avait mis fin au rêve des Verts de Saint-Étienne en demi-finale de C1. Torchée en deux matchs, la fière équipe munichoise, 1-0 pour le Dynamo à l’Olympiastadion, puis encore 2-0 pour le Dynamo au retour, devant 100 000 personnes à Kiev. Les trois buts sont d’Oleg Blokhine, dont deux chefs-d’œuvre d’efficacité, où sa vitesse de course n’a d’égal que son adresse face au but. À la fin de cette riche année, il est très logiquement récompensé par un Ballon d’Or, devançant au classement Beckenbauer et Cruyff, s’il vous plaît.

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Blokhine n’a alors que 23 ans. Il poursuivra ensuite sa carrière quasiment jusqu’à la chute du bloc soviétique, ravissant au passage un second titre européen, une C2 encore, dominant l’Atlético Madrid au stade Gerland de Lyon lors de l’édition 1986. Une victoire 3-0 du Dynamo en forme de démonstration, avec un deuxième but signé de l’éternel Blokhine sur un modèle d’action collective.

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Profitant de la Perestroïka, le « Tsar » termine, par la suite, modestement sa carrière en Autriche, puis à Chypre, avant de lâcher les crampons. Enfin, pas tout à fait, puisqu’il démarre tout de suite sa seconde vie au poste d’entraîneur. En un peu plus de deux décennies, sa carrière de coach n’a, pour l’instant, pas été aussi spectaculaire que celle de joueur, mais il est tout de même parvenu à offrir la meilleure performance de l’histoire de la sélection ukrainienne : un quart de finale de Coupe du monde 2006 (perdu 0-3 face au futur vainqueur, l’Italie), pour sa première participation à une compétition internationale. Après l’échec dans la campagne à la qualification pour l’Euro 2008, il s’essaie sans succès au management de club, avant d’être rappelé, il y a un peu plus d’un an, par la fédé ukrainienne pour reprendre les rênes d’une sélection à la dérive.

Couillu

Oleg l’austère ne dispose clairement pas de la meilleure équipe de ce Championnat d’Europe, mais il est parvenu, lundi, face à la Suède, à lui faire développer un football que n’aurait pas renié son « père » Valeri Lobanovski, le légendaire entraîneur du Dynamo et de l’URSS. Un football ambitieux et offensif, avec les deux ailiers Konoplyanka et Yarmolenko en soutien de Voronin et de Shevchenko. Pour une équipe qui s’est mangé deux vilaines défaites 2-3 et 0-2 face à l’Autriche et la Turquie en matchs de préparation, débarquer ainsi armée face au solide outsider suédois était un choix sacrément couillu. Il a payé. «  J’étais un joueur imprévisible, je suis un coach imprévisible » , avait-il déclaré avant-match. On a vu. Les Bleus vont voir.

Par Régis Delanoë
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