L'oeil de Tatane

21/12/2015

« On a fait match nul ? Ah, parce que je croyais qu’on avait gagné. » Pas un sourire sur le visage d’un Claude Robin blagueur dans la conférence de presse d’après-match. L’entraîneur de Troyes s’en est-il intimement persuadé ? Est-il sincère ? On y croirait presque mais Claude Robin le sait, c'est l'événement de la soirée. En faisant match nul contre Monaco, son équipe vient d’entrer dans le Guinness Book de la Ligue 1 et d’y entrer par la petite porte toute triste, celle que personne ne souhaite emprunter. L’ESTAC Troyes est désormais la seule équipe de l’histoire à ne pas avoir remporté un seul match sur la phase aller.

Héroïques Troyens



Pourtant, en août, le champion de Ligue 2 arrivait dans l’élite avec une belle étiquette de « favori des promus ». Premier match de la saison, Troyes est officiellement ambitieux et son entraîneur Jean-Marc Furlan se permet même d’être déçu du nul à domicile contre l’autre promu, le Gazélec Ajaccio. Le deuxième match face à l’OGC Nice, dont on ne savait pas encore qu’elle serait l’équipe frisson de la phase aller, laisse entrevoir la suite de la saison de l’ESTAC. Menés 3-1 après un naufrage défensif, à 10 contre 11 pendant plus d’une heure, les Troyens héroïques terminent le match à 3 partout. Cette fois, Jean-Marc Furlan est ravi, fier de ses joueurs. On pense la saison de Troyes déjà lancée. Mais l’entraîneur ne sait pas encore que l’héroïsme et la combativité de Troyes ne suffiront pas à combler les lacunes et surmonter les coups du sort.

Une semaine plus tard, c’est la claque au Vélodrome. Invitée malheureuse de la fête marseillaise pour les débuts de Michel sur le banc et de Lassana Diarra comme roi de l’entrejeu, l’ESTAC repart dans l’Aube avec un 6-0 et une bicyclette de Lucas Ocampos dans ses filets, mais aussi avec son défenseur central Mory Koné blessé pour toute la saison. C’est le début de la dégringolade : 11 défaites en 14 matches, des accrochages avec les supporters, la démission du préparateur physique et l’entraîneur Jean-Marc Furlan qui présente de lui-même sa démission à Daniel Masoni, président de l’ESTAC un soir de défaite 3-0 à Toulouse. « Il s’est sacrifié en pensant que ça pourrait aider le club à rebondir » salue le président Troyen, son ami. Le nouvel entraîneur, Claude Robin, termine l’année par trois matches nuls. Mais le triste record qui se rapprochait à grands pas, a fini par fondre sur Troyes.

Combattre l'injustice



Alors Claude Robin peut tenter de convaincre les journalistes présents samedi soir au stade de l’Aube, les chiffres sont impitoyables et la poker face de l’entraîneur n’y changera rien. Troyes a laissé échapper sa dernière chance contre Monaco. « Oui, on entre dans le Guinness mais pour moi on n’y est pas, car pour moi, et pour les joueurs aussi je pense, ce soir c’est une victoire ! » On comprend l’idée, Claude, et c’est vrai que c’est injuste. Injuste lorsque l’on doit gagner avec une équipe de promus qui a bouclé son budget au centime près face à un club richissime comme Monaco. Injuste quand l’arbitre applique la « double-peine », penalty/carton rouge dès la 3ème minute de jeu. Injuste quand son équipe se bat mais que ça ne veut pas rentrer. Injuste, cette frappe de Jessy Pi qui frôle le poteau monégasque dans les arrêts de jeu. Ce sentiment d’injustice anime les Troyens depuis le début de la saison : toujours pas de victoire, il reste aux Troyens cette envie de ne pas se laisser abattre. Une combativité qui se voit aussi dans les statistiques du match et de la mi-saison : Troyes est la deuxième équipe qui a reçu le plus de cartons rouges, déjà 5, et a concédé 6 penalties, un autre record de la saison, partagé, avec l’OM. Toujours entre engagement et lacunes défensives.

A 13 points du premier non-relégable, l’écart est peut-être insurmontable pour une équipe qui voit déjà se rapprocher la Ligue 2. Alors, Troyes va essayer d'oublier ce statut de « loser officiel », et, comme le PSG et ses 20 points d’avance, aller se chercher d’autres objectifs, regarder vers d’autres records. Pour 2016, l’ESTAC a déjà un programme bien rempli : les Troyens voudront vite une victoire, afin que chaque semaine ne soit pas un nouveau record, devront battre au moins trois équipes dans la saison pour égaler les tristes Reims 1978-1979, Lens 1988-1989, Nîmes 1992-1993 et Arles-Avignon 2010-2011, et atteindre 17 points pour faire mieux que ce même RC Lens 1988-1989. Au courage et toujours dans le combat.


Par Clément Mathis pour TATANE


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