L'oeil de Tatane

26/01/2016

Une légende à Marseille dit que Steve Mandanda gagne une ride sur le front pour chaque nouvelle déception. Comme souvent avec les légendes, c’est bien sûr exagéré, car à ce rythme là, le front du portier phocéen ressemblerait au massif des Calanques vu du ciel. Mais, comme souvent avec les légendes, celle-ci a un fond de vérité : à l’OM, Steve Mandanda vieillit plus vite que n’importe qui. A 30 ans, il possède l’expérience et la sagesse d’un moine Shaolin. Dimanche soir, Steve n’a pas subi les assauts lyonnais, il les a aspirés. Huit arrêts décisifs, record cette saison, et on a vu de tout : des spectaculaires, comme l’horizontale sur la frappe de Valbuena (63è), des moins spectaculaires parce qu’il avait tout vu avant et était parfaitement placé (Ghezzal, 43è), des sorties dans les pieds sur Lacazette (26è), des sorties aériennes qui rassurent (88è). Que de chemin parcouru depuis cette entrée soudaine en jeu, titulaire à 22 ans, en août 2007 sous le soleil Normand, face à Caen. Le front lisse et un sourire qu’on ne lui verra plus beaucoup, il sauvera l’OM dès ce premier match avec deux superbes parades, et piquera la place de titulaire à Carrasso.



Fidèle au poste

Steve Mandanda est maintenant capitaine de l’OM et n’hésite pas, parfois, à froncer ses sourcils tristes pour hurler sur ses défenseurs coupables d’excès de stupidité, ou à aller féliciter Rolando après une action rassurante à la fin du match, contre Lyon dimanche. Le patron, comme un père sévère mais juste, Steve ne se relâche jamais. Car malgré une chanson à sa gloire dans le Stade Vélodrome, il sait que l’OM ne lui a jamais fait de cadeau, surtout pas en défense. En huit ans à l’OM, Steve a quand même dû composer avec Ronald Zubar, Karim Rekik ou Krupoviesa. De quoi angoisser avant chaque match et sentir son front se plisser, week-end après week-end. Il a aussi vu Lloris passer devant lui en Equipe de France alors qu’il n’avait rien fait de mal. Là encore, le Marseillais a pris sur lui, et tente patiemment de regagner sa place en Bleu en jouant des matches amicaux contre des équipes nulles qui marquent des buts improbables. Un Danemark-France une ride, et de quoi se forger la patience nécessaire pour couvrir les arrières de De Ceglie durant 90 minutes.

A l’OM, il a aussi gagné des titres, fait des relances directes sur Mamadou Niang, Pagis, Cissé, Diarra, Lucho, et joué contre Christiano Ronaldo, Di Maria et Drogba, ça il ne l’oublie pas. Steve Mandanda est donc un homme fidèle, capable parfois de s’ouvrir pour une belle déclaration d’amour à l’OM. Alors que tout le monde le voyait partir ailleurs pour son bien, dès le début du mercato, lui déclare qu’il veut rester « pour les supporters ». Peut-être qu’il n’a pas eu d’offre intéressante, sans doute qu’il partira, libre enfin, une fois la saison terminée, mais qu’importe, Mandanda agit comme un grand joueur. Dimanche encore, il a été impeccable jusqu’au bout. Mais voilà, le football est injuste avec Mandanda et il quitte Lyon le front strié d’une nouvelle ride. Cette fois, c’est à cause d’une erreur d’arbitrage qui amène un but lyonnais à moins d’un quart d’heure de la fin. Que faire ? Engueuler Manquillo ? Se plaindre de l’arbitrage ? Compter les boulettes de papier rouges et bleues ? Non, Steve ponctue la soirée d’un long câlin à Valbuena, « le traître ». Une étreinte sincère et douce, entrecoupée de félicitations des joueurs lyonnais. Les caméras en contre-plongée donnent une image forte et émouvante, et soudain, un sourire apparaît sur le visage du gardien marseillais. Si le football était un film américain, ça aurait été la happy-end : les haut-parleurs du Parc OL auraient craché une musique épique et triste, tous les supporters se seraient levés pour applaudir, et, dans le public, on aurait même vu Labrune et Aulas s’enlacer eux aussi, en pleurant à chaudes larmes, enfin réconciliés devant le beau sourire retrouvé du sage Mandanda.

Clément MATHIS pour Tatane


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  • Message posté par Johnny Decker (183) le 27/01/2016 à 07:45
      

    C'est beau... un hommage mérité mais qui aurait pu être parfait sans le "h" à Cristiano et surtout en mentionnant la passe décisive pour Brandao en 1/8ème retour de Ligue des Champions contre l'Inter à Giuseppe Meazza!!!


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