Ambition, piège à con ?
18 octobre 2007 à 17:21
Aujourd’hui dans notre quotidien régional préféré est parue une intéressante interview de Pablo Correa. Après avoir négocié en toute discrétion avec le club, Paul Fischer et lui ont signé avec l’ASNL pour un nouveau contrat à échéance en 2012. Soit une durée de 5 ans, chiffre pharaonique en comparaison de ce qui se fait en L1 d’habitude (Pour comparer, le contrat le plus long à l’heure actuelle est celui de Christian Gourcuff avec Lorient, et il courre jusqu’en 2010). Pour le coup, le club marque les esprits en affichant une politique à long terme de stabilité. Pourquoi la plupart des coachs de L1 ne sont-ils signés que sur deux ans ? Parce que le jour où il faut limoger un coach, le restant des salaires qui lui sont du doit lui être versé, et ça coûte très très cher. Surtout si le salaire du technicien limogé était bien potelé. Donc faire signer un coach pour 5 ans, c’est lancer le message suivant : « je suis persuadé que mon coach est compétent, je lui fais donc signer un bail à long terme auquel je n’envisage pas de mettre un terme afin que joueurs, staff et supporters soient convaicnu de l’optique à long terme du projet ».
Il n’est finalement pas étonnant de voir que la bonne relation de travail entre le duo Fischer/Correa et le club se traduit par une prolongation de contrat. Le contraire aurait même été étonnant. Ce qui parait très nouveau en revanche c’est cette durée, ainsi que le discours particulièrement ambitieux qui accompagne l’annonce. Discourt forcément validé en interne par toute l’équipe dirigeante - Il serait étonnant que Correa ait pris seul l’initiative de ce déballage. L’interview est très importante car elle marque pour le club un tournant. Du classique « jouer le maintient » le club passe à un objectif plus précis et plus élevé : « si demain on lutte pour la Ligue des Champions et qu’on n’a pas le stade qui convient, ce n’est pas la peine d’aller plus loin. Quel est l’intérêt ? »
Là, que faut-il comprendre ? Le but est-il forcément de viser la Ligue des Champions d’ici 3 ans ou de se dire qu’il faut préparer le club et ses structures à un niveau plus élevé parce qu’ainsi va l’évolution du football ? Comme dans une entreprise, faut-il sans cesse avoir l’ambition de grandir sinon on stagne, et par voie de conséquence on décline ? Correa n’est pas juste un bon coach, il est aussi bon communicant. Ne soyons pas dupes, s’il parle clairement de ligue des champions, c’est qu’il pense que c’est un objectif réalisable. Cela veut aussi dire que c’est un sujet qui été évoqué entre les dirigeants du club. Correa en est un désormais, et il assume ce rôle sans se cacher en évoquant la nécessité d’agrandir le stade et de bénéficier de nouvelles structures urbaines. Proposer une offre en accord avec la demande engendrée par les bons résultats d’un club de foot est en effet un bon moyen de générer des recettes de billetterie et de fédérer autour du club. La réponse donnée à la référence lilloise est un des meilleurs passages : En effet comment ne pas penser que l’absence d’un stadse digne de ce nom n’a pas été préjudiciable au LOSC dans ces campagnes de ligue des champions ?
Correa n’est pas du genre à mâcher ces mots, et quand il évoque le besoin d’ambition du club, il n’hésite pas a s’en prendre à l’une des (rares) icônes de l’ASNL : « On veut faire de Nancy un bon club. Regardez depuis combien d’années quand on parle de Nancy, on pense encore à Platini. Aujourd’hui en plus il est le président de l’UEFA. Nancy est tout autant une ville de foot que bien d’autres. Aujourd’hui si on ne tente rien, on va rester moyen. » Même si on aime tous Platoche, force est de constater que Correa à raison : Si Platini est encore aussi présent dans toutes les mémoires nanceiennes, c’est autant par son talent de joueur et de dirigeant que par le désert qui à occuppé les 25 années après sont passage au club. Personne n’a jamais su porter la couronne après lui. La barre était un peu haute et l’ambition pas très marquée.
Le terme de « réussite éphémère » est particulièrement bien choisi. En l’occurrence, le club marche bien, il y a de bons jeunes, mais sur un plan structurel tout reste à faire (le stade reste plutôt petit et « à l’ancienne », façon taule ondulée et tableau d’affichage de stade municipal) et le club n’est pas assez attractif. C’est une dimension très importante. Si le club veut grandir, il doit jouir d’une meilleure image. Le fait de signer sur le long terme un entraîneur compétent et reconnus par tous va sans doute dans le bon sens.
On n’a pas trop l’habitude du coté de Picot d’avoir des rêves de ligue des champions.Les dirigeants doivent apprendre à être patients avec leurs supporters, qui seront sans doute déphasés pendant un moment. Tout le monde signerai pour une participation à cette compet’, mais pas à n’importe quel prix. Nancy a toujours eux une réputation de petit club, plutôt humble et discret, même au temps de Platini et Rouyer. Qu’adviendra t’il de notre club si les ambitions annoncées aujourd’hui se révèlent trop difficilement tenables, voir carrément irréalistes ? Le risque est que l’effet inverse soit provoqué, que tous le monde se barre dans les eldorados étrangers et que le stade se vide à nouveau. On a tous connus ça et on ne veut pas le revivre.
En tout cas moi j’ai pas envie de me faire chambrer pas mes collègues de boulot... C’est dire si nous voulons croire, nous aussi, aux chances de succès de l’ASNL. Bisoux Pablo.
Lire l’intégralité de l’interview de Pablo CORREA sur le forum de l’ASNL
Et en supplément, l’interview accordée par Pablo à So Foot au mois de septembre, histoire de mieux se faire une idée de la philosophie du bonhomme.
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