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SO FOOT fête son 50e numéro, il fallait marquer le coup. Cela faisait longtemps que l’envie fourmillait sous les chaussettes roulées sur les chevilles, huit centimètres au-dessus de la languette, pas plus : Maradona mériterait bien un super numéro, une anthologie, un truc de dément.

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Maradona selon Juan Ernesto Simon

11 janvier 2008 à 14:57 Maradona selon Juan Ernesto Simon

Juan Ernesto Simon, ancien Xeneize, libéro décroché de l’AS Monaco et de l’Argentine en 90. Un gars qui déchirait et jouait 25 mètres derrière sa défense...

« Dire que Maradona est le plus grand joueur que j’ai vu, c’est une évidence. Mais sincèrement, je n’ai jamais vu quelqu’un faire ce qu’il faisait. En 1979, on avait pourtant de sacrés talents. C’est d’ailleurs pourquoi je pense que c’est une des plus grandes équipes qu’il y ait eu car il y avait plein de joueurs très doués et il y avait Diego. Il était très au-dessus du lot. Il était pro depuis plus de 3 ans, il avait déjà été à plusieurs reprises chez les A, et aurait dû être champion du monde en 1978. Et pourtant, malgré ça, il s’est pleinement investi dans le Mundial juniors de 1979. Sincèrement, aujourd’hui, je ne connais pas beaucoup de joueurs qui, ayant le statut qui était le sien en 1979, reviendraient mort de faim en sélection juniors. C’était un leader sur le terrain mais aussi en dehors. En même temps, il était très simple alors que son statut n’avait déjà rien à voir avec le notre. Rien à voir avec la diva que certains fantasment. Il s’impliquait pleinement dans la vie du groupe. D’ailleurs, dans les chahuts, c’était aussi un meneur ».

« En 1990, quand je suis revenu en sélection pour le Mondiale en Italie, j’ai retrouvé le même Diego. Toujours espiègle, toujours simple, toujours impliqué alors que c’était carrément devenu un dieu vivant. Mais ce que je peux dire, c’est qu’il y a plein de matches qu’il n’aurait pas dû jouer. On le voyait très peu à l’entraînement. Il venait mais il faisait un travail léger, à part. Il avait la cheville gauche qui avait triplé de volume. Il ne pouvait pas marcher parfois. Et pourtant, il allait sur le terrain. Beaucoup l’ont trouvé intermittent durant cette coupe du monde. Mais moi, pour avoir vu de quoi il souffrait, je peux dire que ses performances étaient presque plus impressionnantes qu’en 1986 où il était en pleine possession de ses moyens. Demandez aux Brésiliens, demandez aux Italiens ! Il a sorti presque les deux meilleures équipes du Mondiale à lui tout seul. Il a juste buté sur la troisième, l’Allemagne, et on sait pourquoi. On oublie parfois que son match contre l’Italie a été énorme. En prolongations, c’est lui qui nous a donné l’ascendant sur la Squadra. J’ai d’ailleurs une anecdote sur l’avant-match. On venait d’éliminer la Yougoslavie en quarts de finale aux tirs au but. Un match intense qui s’était joué à rien. Pourtant, les premiers mots de Diego en revenant au vestiaire n’ont pas été en rapport avec ce match au couteau. Il a tout de suite parlé de l’Italie. « Vous allez voir, je vais diviser l’Italie en deux. Je vais faire en sorte de Naples ne puisse pas choisir. Et on va passer ». J’ai trouvé ça absolument fou. Nous, on était encore à savourer notre qualif, lui était déjà en demi-finale. C’était son match. Comme le match contre l’Angleterre en 1986. Je crois que ce match contre l’Italie, il le voulait plus encore que la finale ».

« Vous savez, Maradona est un dieu chez nous. Pour Maradona, c’est vraiment cette dimension-là. Les mauvaises choses qui lui sont arrivées ? Mais il n’a fait de mal à personne sauf à lui-même. Et il a beaucoup plus apporté à l’Argentine que n’importe qui. C’est pour ça qu’on ne retient rien d’autre. D’ailleurs, nous Argentins, ne permettons à personne de critiquer Diego. On n’a pas le droit. Lionel Messi ? Ça deviendra un très grand joueur. Mais ça ne sera jamais Diego. Il ne peut pas atteindre cette dimension et personne ne le lui demande. En Argentine, on n’attend pas de lui qu’il soit un nouveau Mardona car nous, nous savons bien que c’est impossible. Et Messi a raison de se débarrasser de cette étiquette. En plus, d’un point de vue football, les temps ont changé. Aujourd’hui, Messi est davantage un milieu excentré qui évolue dans un schéma précis. Maradona était davantage meneur de jeu, omniprésent. Ce n’est pas comparable. Et je crois sincèrement que Diego était capable de bien plus de choses que Messi. Bien plus de choses que n’importe qui, en fait.... »

Propos recueillis par Dave Appadoo






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