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SO FOOT fête son 50e numéro, il fallait marquer le coup. Cela faisait longtemps que l’envie fourmillait sous les chaussettes roulées sur les chevilles, huit centimètres au-dessus de la languette, pas plus : Maradona mériterait bien un super numéro, une anthologie, un truc de dément.

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Entretien avec Roberto Perfumo

14 décembre 2007 à 07:30 Entretien avec Roberto Perfumo

Premier grand défenseur argentin de l’histoire, Roberto Perfumo est aujourd’hui animateur d’une célèbre émission de football au pays. Ancien Sécrétaire d’Etat au sport, Perfumo est, malgré ses chemises rose Yves Dorsey, l’une des éminences les plus respectées du football argentin. Ami intime de Maradona, il nous parle de celui qui est pour lui incontestablement le plus grand. Ca se passe dans les beaux quartiers…

Maradona ? On a tous été joueur de football, on sait ce que c’est que le football, et Maradona c’est le football. C’est comme Gardel, Gardel ce n’est pas un chanteur de Tango, c’est le Tango. D’un point de vue symbolique, Maradona est le football. Il y a eu trois personnes qui ont changé la vitesse du jeu, deux étaient argentines, l’une s’appelait Alfredo Di Stefano, l’autre Pelé, et enfin la troisième Diego Armando Maradona. C’est un homme doté d’une personnalité impressionnante. Sur le terrain, c’est un être exceptionnel, il supporte la douleur, la chaleur, l’injustice, il joue avec la cheville brisée. Il est tout simplement magique.

Et Maradona l’homme ? C’est un Dieu. C’est simple, si je vous mets Maradona ici, sans parler, dans une heure il y a 5000 personnes. Et tu le fais en Hollande, tu as 10 000 personnes qui acourent aussi sec, tu le fais en Tanzanie, tu en as 10 000 aussi. Sa position n’est pas facile, lui vient d’une famille extraordinaire mais très humble, moi je ne crois pas en l’éducation mais plus aux valeurs véhiculées par la famille. Lui c’est juste un type bien, un ami fidèle, un mec qui ne cherche l’affrontement avec personne.

Comment expliquer son entourage trouble, les Coppola ou Cysterspiller ? Coppola c’est fini hein !!! Et Cysterspiller a été bon avec lui. Après je ne sais pas ce qui s’est passé entre eux. Le problème, c’est qu’il y a énormément de gens qui se le disputent pour le représenter, pour se l’approprier.

Lui, il s’en rend compte ? Non, parce que l’idole est comme ça. C’est quelqu’un de trop bon, on s’est trop servi de lui, et on continue de le faire. Par exemple, moi j’accepte de répondre à vos questions pour lui, et dans un certain sens, je me sers de lui aussi. Je ne suis pas 10 % de ce qu’il est, mais je connais la célébrité, je connais “les amis”, tu sors dans des endroits où tout le monde te vénère, et ceux qui t’accompagnent finissent par croire qu’ils sont l’idole. C’est en général ce qui se passe avec les femmes des idoles, mais la femme de Maradona n’est pas comme ça. Elle ne s’est jamais prise pour Maradona, elle s’est toujours tenue à l’écart, discrète, elle n’acceptait jamais les reportages photos, elle s’est occupée de lui malade, en étant en permanence à ses côtés. Elle est la seule à lui avoir dit la vérité. Mais quand on est Dieu, c’est dur d’écouter la vérité, si je suis Dieu, pourquoi est-ce que j’écouterais les autres ?

Maradona est immortel ? Oui, oui Maradona est immortel. Comme Gardel, Gardel chaque jour, il chante un peu mieux, Maradona va jouer un peu mieux chaque jour, il est installé dans l’imaginaire collectif. C’est un enfant de la classe populaire, quelqu’un qui reste proche des gens, et en tant que père c’est un phénomène…Je me rappelle qu’une fois je me trouvais à un congrès d’entraîneurs, il y avait un dîner où étaient présents le père, la mère et les frères. Donc moi j’étais à une autre table avec des anciens entraîneurs et joueurs de la sélection, et là je vois le serveur s’approcher de moi et me dire : « Maradona vous invite à manger à sa table », moi je lui fais transmettre que je ne peux laisser là mes amis, ça ne se fait pas, alors le serveur revient et me dit : « Alors que tout le monde vienne ». On était 4, ils nous ont amené les chaises et tout, et moi je lui ai dit « Je te remercie » et là il m’a répondu « Non, celui qui te remercie, c’est moi ».

Vous avez joué l’un contre l’autre ? Oui, c’était en 1978, sur la pelouse de River, j’avais 36 ans, lui était encore tout gamin. Il n’avait pas été retenu pour la Coupe du Monde 78, mais c’était déjà un petit phénomène, je n’avais pas trop de souvenirs de ce match, mais c’est lui qui m’en a parlé, et manifestement je lui avais mis un tel coup que j’avais manqué de le tuer. Il avait 16/17 ans mais il jouait déjà comme un type de 30 ans. Maradona a joué contre le système, contre les équipes défensives ; le règlement de l’époque autorisait davantage de choses, qui ne le sont plus maintenant.

Sa relation avec le Pouvoir, Menem notamment ? Oui il est ami avec Menem. Il l’est aussi avec Chavez, mais vous savez, c’est plus une question de feeling avec l’homme que de convictions politiques. Mais pour le cas Menem, on ne peut pas trop se prononcer vu que c’est nous qui l’avons mis au pouvoir. Il faut respecter.

D’où vient votre amitié avec Maradona ? Disons qu’on se soucie beaucoup l’un de l’autre, il me demande souvent comment je vais, et réciproquement. Je l’ai reçu dans mon émission deux ou trois fois, il m’apprécie. Et je me tiens toujours informé par des amis communs. Mon émission parle principalement de jeu, de tactique, et dure deux heures ; à chaque fois qu’il est venu, il ne voulait plus repartir. Diego, il sait tout du jeu, et la preuve c’est qu’il n’aurait jamais été le joueur qu’il a été si ça n’avait pas été le cas. Certains savent jouer inconsciemment mais ne sont pas capables de l’expliquer, lui sait l’expliquer. Le problème, c’est que personne ne l’interroge sur le jeu, les gens préfèrent revenir sur ses frasques.

Il vous a révélé ses secrets ? Une fois il m’a raconté que pour marquer un coup franc, il faut incliner le gros orteil du pied vers le bas ! Mais c’est un phénomène ! Et puis il est d’une telle intelligence, sa phrase « Le ballon ça ne se salit pas », c’est extraordinaire. Ou lorsqu’il sort juste du match contre les Anglais, et que le journaliste lui demande « C’était avec la main ? » et qu’il répond « Avec la main de Dieu » ! C’est un créatif. Maradona, il a tout du “porteno”, c’est un homme qui a beaucoup d’humour, quelqu’un d’extrêmement spontané.

Il a des défauts ? Non, en tant que footballeur non. En tant qu’être humain oui, sinon il ne serait pas ce qu’il est. La drogue l’a fait tomber bien bas, mais désormais c’est fini. Toutefois, il n’y a pas un seul joueur de football qui ait parlé en mal de Maradona. C’était un putain de mec, sur et hors du terrain, il savait ce qu’il fallait dire ou pas dire.

Il a parfois trop parlé... Oui, il a parfois trop parlé, sur la politique ou la religion notamment. Mais bon, c’est un personnage tellement attachant. Je me rappelle de cette nuit-là, il y a deux ans, quand il était très mal, nous pensions tous qu’il allait mourir. Je suis allé le voir à la clinique, son père était là, en pleurs, et là j’ai pensé, ça y est, il est parti. Le père est venu me voir et m’a dit : « Il va se sauver ». Je lui ai répondu : « Mais bien sûr qu’il va se sauver, c’est Maradona ! » Sa femme m’a laissé entrer dans la chambre, il était là avec tous ces tubes…Et il s’est sauvé. Désormais il a réglé ses problèmes avec la drogue et l’alcool, il ne sort plus la nuit…

L’Argentine lui a pardonné ses frasques avec la drogue ? Oui, on pardonne tout à Maradona. On lui pardonnera toujours tout ce qu’il fera. C’est une adoration qui ne se trouve nulle par ailleurs. Je dirais que 10% de la population ne peut pas le voir, mais 90% lui passerait tout, bon sauf s’il tue 7 gamins bien entendu…

Vous parlez de quoi quand vous vous appelez ? De football essentiellement, on peut par exemple parler de la prochaine journée, ou de celle qui vient de passer, mais il connaît tout ! Des joueurs de Lanus, en passant par ceux de Valladolid ou du Racing Santander ! Même Lyon ! Il voit tout…Impossible de le sécher. Et en plus il connaît les schémas tactiques de ces équipes ; il voit tout, c’est un phénomène, il adore le football !!! Moi à certains moments ça me fatigue, mais lui, jamais.

Il peut être un bon entraîneur ? Oui c’est possible compte tenu du fait qu’il connaît bien le football, mais pour être un de ses joueurs, quelle merde…Il a une telle exigence. Par exemple, Maradona te donne une consigne, tu n’es pas capable de la respecter, il devient fou ! Mais un entraîneur n’a pas de temps, il doit gérer 40 personnes…

Vous avez été entraîneur de Gimnasia y Esgrima, est-ce que vous vous êtes déjà affrontés sur des bancs de touches ? Un jour nous avions un match amical contre Mandiyu, le club dont s’occupait Maradona. Je voulais le mettre à l’aise, alors j’ai fait fabriquer un banc de touche spécial pour qu’il soit bien. J’avais appelé des menuisiers et des décorateurs pour qu’il puisse suivre parfaitement ses joueurs. Quand il est arrivé, la première chose qu’il me demande, c’est une radio pour écouter de la musique avant le match. En lui amenant ladite radio, je lui demande d’aller voir le banc de touche que je lui ai préparé. Il est revenu tout content, et m’a demandé comment j’avais fait pour qu’il soit aussi confortable. Je pense qu’il a plus apprécié le banc de touche que le match en lui-même, même s’ils avaient fini par gagner 1-0.

Il a ensuite dirigé le Racing… Oui à cette époque il était mal, vraiment très mal...

Pourquoi ? A cause de la cocaïne bien entendu. Je crois que ça a été le pire moment de toute sa vie. Il était complètement à l’ouest, il ne voyait plus les choses, ni ce qui se passait sur le terrain. Je crois qu’il ne savait même pas le nom du gardien rival. A cette période, plus rien ne comptait pour lui.

Vous avez déjà éprouvé de la tristesse pour lui ? Plein de fois. Le jour où je me suis dit que sa fin approchait, c’est quand je lui ai rendu visite à l’hôpital, lorsque son cœur était très mal en point. Je croyais vraiment qu’il allait mourir à ce moment là. Il a su reprendre le dessus…Sa santé c’est quelque chose d’hallucinant, c’est une véritable bête sauvage ! Ce qu’il a fait endurer à son corps, c’est quelque chose d’effrayant : l’alcool, les drogues, les coups, le stress, des opérations du cœur…Lorsqu’on l’a opéré, les médecins avaient affirmé qu’il avait 70 % de chances d’y rester, mais il est encore là. Moi je ne l’ai jamais vu enrhumé, ce mec est une énigme.

Il vous a parlé de son expérience à Cuba ? Il n’a jamais parlé de son exil. Je crois qu’il a dû passer des mauvais moments là-bas. Mais cet exil lui a fait du bien, il a pu réfléchir, se reposer, et surtout s’éloigner des gens. Moi je dirais simplement qu’il a eu du nez à l’heure de choisir sa destination.

Maradona préfère les individualités aux collectifs ? Non. En 86, il a démontré qu’il avait un esprit collectif. Bilardo a eu l’intelligence de tout lui préparer minutieusement afin qu’il se sente important. Il lui a donné les clés du jeu, le brassard, et lui a retiré les tâches défensives. En retour, Maradona a livré ses meilleures prestations. Maradona admire bien sûr beaucoup de joueurs, Zidane, Roberto Carlos, Pelé…Mais sur le terrain, il avait un sens du collectif extraordinaire. Il parlait beaucoup à ses camarades, à Valdano, à Burruchaga, afin d’être les plus complémentaires et efficaces possibles.

Est-ce que vous pouvez nous parler des relations de Maradona avec ses agents ? Coppola, vous savez, ça fait 40 ans que je le connais. Je l’ai connu alors qu’il travaillait dans une banque en tant que comptable. Il faisait des placements d’argent, mais je crois qu’il s’ennuyait. Comme c’était un inconditionnel de Boca Juniors, il a prospecté et a proposé à tous les joueurs du club de gérer leurs affaires, et c’est comme ça que tout a commencé pour lui. Coppola et Maradona, c’était comme cul et chemise. C’était une amitié d’argent, d’affection, de tout. C’était fusionnel, mais aujourd’hui Maradona et lui ne sont plus amis, pire, si Maradona voit Guillermo, je crois qu’il pourrait le tuer.

S’il le faisait vous croyez qu’il trouverait le moyen de se faire pardonner ? Non (rires). Il est incapable de tuer. Mais vous savez ça dépend de la façon dont il s’y prendrait. S’il le tuait “bien”, je crois que les gens le lui pardonneraient !

Propos recueillis par Javier Prieto Santos et Alexandre Gonzalez, à Buenos Aires






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» Entretien avec Roberto Perfumo · 16 décembre 2007 16:52

Maradona entraineur ou Maradona tueur ? Lequel serait le plus dangereux ?

 Buk