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SO FOOT fête son 50e numéro, il fallait marquer le coup. Cela faisait longtemps que l’envie fourmillait sous les chaussettes roulées sur les chevilles, huit centimètres au-dessus de la languette, pas plus : Maradona mériterait bien un super numéro, une anthologie, un truc de dément.

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Entretien avec Roberto Mouzo

15 janvier 2008 à 01:13 Entretien avec Roberto Mouzo

Roberto Mouzo est le capitaine historique de Boca Juniors, celui qui a joué le plus de rencontres avec les Xeneize (396 matchs officiels) mais aussi le plus de Superclasicos de l’histoire argentine (29). Grand défenseur, et accessoirement compagnon de Maradona à Boca, ils ont gagné ensemble le Metropolitano 81.

Est-ce que vous étiez présent lorsque Maradona avait mis 4 buts à Boca à la Bombonera, lorsqu’il jouait avec Argentinos ? Heureusement non ! (rires) Ce jour-là, Maradona était vraiment remonté contre nous parce que Hugo Gatti (gardien fou de Boca) avait réchauffé l’ambiance en disant que Diego était un petit gros qui n’allait pas lui marquer un seul but. Après ces déclarations, Maradona avait promis qu’il lui planterait deux buts. Gatti m’a raconté qu’il s’était excusé au moment du toss avec Diego, mais il n’avait pas accepté ses excuses ; au contraire : « Hugo, j’ai réfléchi pendant la nuit et je ne vais pas t’en mettre deux, mais quatre ». C’est ce qu’il a fait !!!

Vous vous rappelez de la première fois où on a parlé de la venue de Maradona à Boca Juniors ? Oui bien sûr. C’était un événement même dans le vestiaire ! Pour nous, c’était une bonne chose qu’une promesse comme Diego nous rejoigne. A Argentinos Juniors il s’était déjà distingué, aussi on s’est dit que nos chances de devenir champions allaient être beaucoup plus importantes.

Et l’entraineur, Silvio Marzolini, il en pensait quoi ? Ecoute, quand le transfert de Maradona s’est confirmé, Silvio est venu me voir un peu gêné pour me demander si ça ne me dérangeait pas de donner le brassard de capitaine à Maradona. Moi je lui ai dit oui sans hésiter. Nous voulions qu’il se sente chez lui dès le début. On voulait le mettre en confiance pour qu’il donne le maximum sur le terrain. En plus j’ai dit à Silvio que le capitaine devait représenter le style de jeu de l’équipe. Or à cette époque, on voulait offrir du spectacle, jouer l’attaque, et Maradona correspondait plus à cette image-là que moi qui était un défenseur central, et c’est ce que j’ai dit à Silvio : « J’ai fait tous les postes de la défense, je suis arrivé jusqu’au numéro 6 (NDLR : En argentine, la coutume veut qu’on caractérise les postes par des numéros, exemple : avant-centre : 9), mais je n’arriverai à porter ni le numéro 9, ni le numéro 10. Alors que Maradona oui ». Quand il est arrivé, nous avons donc organisé un diner de présentation, et je lui ai légué ce soir-là le brassard de capitaine. C’était un signe de bienvenue, un geste fort.

Mais vous avez été le joueur qui a porté le plus de fois le brassard de capitaine à Boca Juniors. Vous étiez expérimenté, un ancien du groupe, soit tout le contraire de Maradona…J’ai considéré qu’il était important que Diego se sente soutenu. Ca le mettait dans l’obligation de tout donner, de s’investir au maximum pour ses partenaires et pour ce grand club qu’est Boca. Il faut par ailleurs savoir que les adversaires qui jouaient contre Boca étaient surmotivés, pour eux c’était le match de l’année. Donc voir Maradona, le meilleur joueur de l’époque avec le maillot de Boca, ça les surmotivait “encore plus”. Au début, le Boca de Maradona a eu un peu de mal, car tout le monde voulait notre peau. Ca n’a pas été un avantage que de l’avoir, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Les mecs en face se dépouillaient pour ne pas être ridicules, donc ils couraient 10 fois plus que contre n’importe quel autre club du pays.

Et ils étaient comment les adversaires avec Diego ? Ils étaient toujours à deux sur lui. A vrai dire, ils se faisaient recoudre les jambes à chaque match. Le trouver sur un terrain, c’était quasiment impossible, car il était toujours suivi par un mec. Au début, comme je vous ai dit, ça a été un peu difficile pour lui. Il avait été exposé médiatiquement, les gens connaissaient son talent depuis Argentinos Juniors, ce n’était plus une surprise. Aussi les adversaires voulaient se le faire ! Ils voulaient rentrer chez eux et dire « T’as vu ce que j’en ai fait de Maradona ?! ». A l’époque, nous avions Miguel Angel Brindisi, un autre phénomène. Il a profité du fait que toute l’attention était fixée sur Diego pour briller, ça a d’ailleurs été le joueur le plus performant de la saison. Diego était plus talentueux, mais vous savez comme moi que le talent ça rend envieux, et les adversaires le lui faisaient comprendre. Les deux se sont néanmoins avérés fondamentaux dans cette équipe.

Et vos relations avec Maradona ? On a eu un petit accrochage au début. Diego ne comprenait pas pourquoi je ne lui donnais jamais le ballon. Il pensait que je lui en voulais d’avoir pris le brassard. Mais la réalité, c’est qu’il était toujours chargé ! Je ne pouvais jamais lui passer la balle ! Lors d’un match, il s’est aperçu que plusieurs fois j’avais eu l’intention de lui donner la balle, mais j’avais préféré une autre option. Moi je voulais le protéger, car il y a des gars qui étaient vraiment violents avec lui. A la fin d’un match, il est venu me voir : « Tu as quelque chose contre moi ? ». Je lui ai répondu qu’il était toujours chargé par deux types, et là il s’est excusé : « Ok, à partir de maintenant, tu me passes la balle, tu me fais confiance, et tu vas voir comment je vais tous les éliminer ! ». Et effectivement il a appris à se débarrasser du marquage de ses vis-à-vis. Cette discussion lui a permis de progresser. En début de saison, il avait eu aussi un peu de mal car il était blessé à la ceinture. Il jouait sous infiltration. Mais quand il a récupéré tous ses moyens physiques, il a pu exprimer toute l’ampleur de son talent.

Il avait un très gros caractère à l’époque ? Ce n’était pas un petit chef, il était jeune et assez timide. Il préférait s’exprimer sur le terrain, c’est là que c’était le vrai patron. Il n’a jamais pris la grosse tête, en tout cas à Boca. Il ne s’est jamais pris pour le plus fort, c’était juste un joueur parmi les autres.

Que représentait Boca pour lui ? A son arrivée, il m’a parlé de ce que ça représentait pour lui. C’était un rêve devenu réalité. Je pense qu’il aurait aimé rester à Boca Juniors encore quelques années, il aime ce club. Un jour il m’a avoué que « la bande jaune du maillot pesait beaucoup ». Pour lui c’était une grosse responsabilité de jouer à Boca. En un an et demi, il a fait beaucoup pour ce club, d’ailleurs c’est lui qui nous permet de gagner le championnat dans un match très important contre Ferrocaril Oeste, à la fin de la compétition. Ce jour-là, on gagne 1-0 à la Bombonera grâce à un caviar de Maradona pour Perotti, qui avait mis le seul but du match. C’est le tournant du championnat.

Maradona a-t-il loupé des matchs avec Boca Juniors ? Non il a toujours été à un niveau exceptionnel. Les treize premiers matchs, c’est vrai, il était à 50%, mais pour nous, il continuait à être important. Même avec la moitié de ses capacités physiques, il était meilleur que tout le monde.

Comment le faisait jouer Marzolini ? Il jouait sur le flanc gauche, et au cours du match, il permutait avec Miguel Angel Brindisi. Il aimait repiquer dans l’axe, un peu comme Ronaldinho avec le Barça, mais il n’était pas encore un vrai meneur de jeu, même si c’est par lui que passaient presque toutes les actions. Il y a des matchs où Brindisi finissait au milieu, et Maradona en attaque. Il a beaucoup progressé devant le but à cette période, c’est devenu un tueur.

Il semblait que Marzolini ne s’entendait pas avec Maradona ? Non, ce n’est pas vrai. C’est un montage de la presse. Elle affirmait que c’était le talent individuel qui donnait des résultats, mais pas son talent. A vrai dire, une équipe qui compte dans ses rangs Maradona, elle court toute seule, on était bien huilés.

Qu’est-ce qu’il a appris à Boca qu’il ne connaissait pas Argentinos Juniors ? Il a appris à souffrir pour progresser. Il a appris l’auto-exigence, et à supporter la pression d’un grand club. Sur le terrain, je pense qu’il a beaucoup amélioré sa vision du jeu, mais aussi son dernier geste, notamment devant le but. Et puis c’est ici qu’il a commencé à avoir cette rage de vaincre. Je me rappelle qu’il restait toujours plus d’une heure avec moi après la fin des entrainements. Moi je faisais des exercices physiques, et lui il jouait avec la balle, il essayait des dribbles, il s’entrainait pour les coups de pieds arrêtés, les coups francs. C’était un gros bosseur.

S’il avait joué pour River Plate, il serait devenu le Maradona qu’on connaît tous ? Maradona était identifié à Boca Juniors. Il était du côté des pauvres, or River est le club des riches, des millionnaires, c’est d’ailleurs comme ça qu’on les surnomme. Au début c’est River qui le voulait, mais Maradona, lui, la seule chose qu’il voulait c’était jouer à la Bombonera.

Vous gardez un souvenir particulier d’un match de Maradona sous le maillot de Boca ? Il était impressionnant à tous les matchs. Mais il y a eu un Boca-River exceptionnel. Il adorait les Superclasicos, car c’est dans les grands matchs qu’il était le plus incroyable. Ce jour-là, il avait dribblé Fillol, le gardien de but de la sélection argentine, puis il avait attendu Tarantini (Champion du monde 78) sur la ligne de but. Il lui a mis un crochet, avant de mettre la balle au fond. C’était tout simplement impressionnant !!! Ca a été son meilleur match avec Boca.

Vous vous rappelez le jour de l’annonce de son départ ? Franchement, plus on s’approchait de la fin du championnat, et plus on savait que le départ de Maradona approchait. Il était tellement fort que c’était impossible économiquement pour Boca de le retenir. Je suis venu lui parler pour le convaincre de rester un peu plus, tout le monde voulait qu’il reste, mais c’était égoïste de notre part. Ce que lui proposait Barcelone, c’était du jamais vu à l’époque. Moi je crois que Boca a fait une erreur en “louant” Maradona à Argentinos Juniors. Une “location” qui avait coûté 4 millions de dollars, mais si les dirgeants xeneize l’avaient véritablement acheté à son club formateur, peut-être qu’il serait resté plus longtemps avec nous.

C’étaient quoi ses occupations en dehors du football ? Lui, c’était le sport avant tout. Il était énorme avec une raquette de ping-pong à la main. Il pouvait passer des heures à y jouer. Personne ne le battait. S’il n’avait pas été champion du monde de football, je crois qu’il serait devenu champion du monde de ping-pong. Il aimait aussi le tennis, le basket, et le golf. Il avait un physique pour tout faire de toute façon.

Dans le centre de la Candela, Maradona raconte qu’il passait des très bons moments. C’était comment ? C’était comme une maison de loisirs. La Candela, c’est là où on se concentrait avant les matchs, on dormait là-bas, on se faisait à manger, on écoutait de la musique et on parlait de tout et de rien. Diego était celui qui insufflait le plus de vie au groupe.

Propos recueillis par John Player Special et Lex Gonzo






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