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SO FOOT fête son 50e numéro, il fallait marquer le coup. Cela faisait longtemps que l’envie fourmillait sous les chaussettes roulées sur les chevilles, huit centimètres au-dessus de la languette, pas plus : Maradona mériterait bien un super numéro, une anthologie, un truc de dément.

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Entretien avec Ottavio Bianchi

26 décembre 2007 à 16:30 Entretien avec Ottavio Bianchi

Tous les entraîneurs répondant au sobriquet de Bianchi sont frisés, souffrent de calvitie précoce et prennent un malin plaisir à jouer les gâte-sauce. En France, dans le registre, on a bien connu Bianchi Carlos goleador, triste sire et entraîneur à succès en Argentine. De l’autre côté des Alpes, ils ont dû ferrailler avec son clone, Ottavio, pisse-vinaigre préféré de Maradona quand il entraînait le Napoli. Rencontre avec un coach qui prend son rôle très au sérieux…

Pourquoi entraîner le Napoli ? J’y ai d’abord été joueur pendant cinq ans. On faisait de beaux matchs mais on ne gagnait jamais rien. Quand j’ai commencé à entraîner, j’ai commencé par des petites équipes telle que Côme ; Allodi (directeur sportif légendaire de l’Inter des 60’s, Ndlr) est alors arrivé au Napoli, et ils m’ont contacté. J’étais quelque peu perplexe car l’année précédente, le club, qui avait acheté des joueurs extraordinaires comme Maradona ou Bagni, avait presque lutté pour ne pas descendre. Je connaissais les difficultés que suscitent les ambiances hystériques (sic) mais je soupçonnais un potentiel intéressant grâce aux joueurs que la société avait recrutés. Les dirigeants voulaient vraiment faire quelque chose de grand. Cela avait déjà été le cas lorsque j’étais joueur : Naples a toujours été une équipe où les grands footballeurs avaient envie d’aller car il y avait le soleil, 90 000 spectateurs et l’enthousiasme. Les supporters étaient en outre toujours présents. Cet engouement pouvait générer également des problèmes : j’étais donc perplexe. J’ai rencontré Ferlaino et les autres dirigeants pour vérifier le type de travail que je pourrais mener. Ferlaino était déjà mon président quand j’étais joueur, Allodi avait également été mon directeur sportif. On a élaboré un programme d’organisation technico-tactique ( !!!). Cela leur plaisait, et ils m’ont fait confiance.

Quel était précisément ce programme ? Il s’agissait avant tout d’appliquer une rigueur extrême à tous les niveaux et de ne pas se laisser gagner par l’euphorie. J’exigeais un engagement total de tous les membres de la société car les résultats ne s’obtiennent pas uniquement le dimanche mais grâce à un long et patient travail de plusieurs mois (rires). On a commencé à bosser dès le premier jour. L’objectif était de jouer la coupe de l’UEFA dès la première année (la seconde Maradona). Nous avons fini troisièmes. L’année d’après, on gagnait le Scudetto et la coupe.

À quoi ressemblait un entraînement du Napoli à cette époque ? Ils étaient complets, aussi bien sur le plan technique que sur le plan tactique. Le staff était par ailleurs extrêmement compétent : j’étais bien entouré. On était très bien armés en attaque, il fallait qu’on soit très bien organisés en défense. Il faut dire que mes joueurs voulaient toujours aller vers l’avant. Je me devais donc de privilégier un travail défensif sans pour autant affaiblir notre jeu qui privilégiait “l’attaque verticale”. Je m’explique : quand nous perdions la balle, nous nous efforcions de la récupérer pour ensuite “verticaliser” le jeu.

Comment Maradona a-t-il accepté de quitter le Barça pour jouer au Napoli, un club qui jouait pour ne pas descendre ? (agacé) Il faut demander à Maradona. Moi, je n’étais pas là quand il est arrivé (Ndlr : il est arrivé en 1985, un an après le Pibe). Il faudrait demander à Ferlaino. D’après ce que j’ai lu dans les journaux, mais il se peut que j’ai mal lu (sic), il a quitté Barcelone car il était en désaccord avec le club. Le Napoli a fait preuve d’intelligence en le prenant.

Comment fait-on pour gérer un joueur comme lui ? (Presque à regret) Il est plus facile de gérer dix Maradona qu’un joueur qui se prend pour lui. La technique était naturelle chez lui, mais ce qui était naturel chez lui ne l’était pas chez les autres. En outre, quand il participait aux constructions techniques et tactiques lors des entraînements, il était très attentif. Avec les autres joueurs, il était toujours très disponible. Le geste technique était facile pour lui et il ne reprochait jamais une erreur aux autres joueurs. Au contraire, ceux qui pensent être bons mais qui ne le sont pas se justifient pour tout. Maradona ne s’est jamais justifié sur le terrain. En ce qui me concerne, je ne parle que du terrain. En dehors, ça ne concerne pas du tout.

Certains joueurs (Bagni ou Baroni) affirment que Diego aspirait à prendre certaines décisions à la place de l’entraîneur… (Enervé) Je ne sais pas ce qu’ont dit Bagni et Baroni, ni les autres joueurs. Je sais seulement ce que j’ai dit et ce que j’ai fait. Je n’avais qu’un interlocuteur qui était le président. Mon rôle était de faire ce que les dirigeants voulaient que je fasse. Je m’efforçais de remplir mon rôle tout comme le président officiait comme président et les joueurs comme joueurs. Si quelqu’un a dit autre chose, ça ne m’intéresse pas.

Comment expliquer le succès dont vous avez pu jouir assez vite ? Tout est le fruit du travail. Et l’abnégation et le dévouement de certains joueurs qui ne parlaient presque jamais à l’époque, et qui ne parlent pas beaucoup encore aujourd’hui. Les succès ne se construisent pas à partir d’un seul. Le jeu de football est une affaire d’équipe. Vous devriez le savoir, car vous venez d’une nation où l’on a toujours inculqué la mentalité des sports d’équipe : rugby, football. Pour marquer un but dans le football, il faut envoyer la balle dans toutes les latitudes et les longitudes du terrain. Le singulier ne peut venir que du collectif, lequel exalte les qualités du singulier. Sans une bonne équipe, le bon joueur n’est rien. Dans mon Napoli, il y avait une très bonne équipe, plus un excellent joueur. Ce qui ne veut pas dire que Maradona n’était rien sans le collectif. Il ne peut néanmoins pas gagner les matchs à lui tout seul. L’année avant que j’arrive, il avait fait une excellente saison, sans que le club ne parvienne toutefois à obtenir mieux qu’une huitième place. Cela veut tout dire.

Vous n’avez pas l’impression que Maradona a lâché prise à la fin de son passage à Naples ? (songeur) Je ne saurais le dire. Je me contentais de faire mon travail qui concernait uniquement le terrain. En dehors, cela relève de la société.

Maradona avait-il besoin d’apprendre quelque chose de la part d’un entraîneur ? Avez-vous déjà vu les numéros d’un grand acteur ? D’un grand musicien, d’un grand danseur ? Pensez-vous qu’ils n’apprennent rien chaque jour ? Pensez-vous qu’ils ne tentent pas de s’améliorer chaque jour ? J’ai joué avec les plus grands du monde (sic) : ce sont les plus exigeants avec eux-mêmes, ceux qui cherchent toujours le petit plus qui fera la différence. Le médiocre ne veut pas s’entraîner. Les plus grands, au contraire, prennent des risques pour s’améliorer. Maradona n’était jamais satisfait. Il travaillait des heures et des heures. Plus le joueur est grand, plus il veut en faire. Et surtout, plus il veut donner du spectacle, plus il s’implique.

Que doit être le rôle de l’entraîneur avec des joueurs de ce type ? Encadrer, conseiller, regarder ? Cela relève de la plus grande banalité footballistique : l’entraîneur entraîne. Maradona avait de la facilité pour se déplacer et conduire la balle sur le terrain. Les autres n’avaient pas cette capacité. Lui n’a jamais affiché sa conduite de balle comme une supériorité. Ainsi sont les grands joueurs : ils ne font jamais voir présomptueusement leur qualité, surtout aux joueurs “inférieurs”. Les qualités des autres permettaient à Diego de se concentrer sur ses qualités naturelles. En ce qui me concerne, je tâchais de lui faire travailler ce qui lui manquait.

Quelle était votre relation avec Diego ? (aigri) Vous me parlez d’un joueur, et moi je veux parler d’une équipe. Tout a déjà été dit ou écrit : presse écrite, télévision, littérature. Je ne peux pas ajouter grand-chose. Tout ce qui s’est passé entre nous a eu lieu en privé. Je n’en ai jamais parlé avant, je n’en parlais pas pendant, je n’en parlerai pas après. Ce sont des choses qui font partie du secret professionnel de l’entraîneur et qui doivent le rester. Moi je ne parle que de travail, le reste… J’aime me souvenir, tout de même. Il faut dire que je suis en train de vieillir (rires).

Etait-il possible de reproduire le schéma de jeu que vous utilisiez auparavant sur votre Napoli ? Quand tu mets un coup de poing à un adversaire et que tu vois que tu lui fais mal, tu te dis qu’il était bien donné (sourire). J’ai donc gardé ce que j’avais pu faire de bon par le passé. Evidemment, notre schéma de jeu n’était pas le même selon que nous étions en possession ou non de la balle : le football est ainsi fait. Lorsque nous l’avions, l’équipe d’en face pouvait s’inquiéter, car nous avions des joueurs capables de conserver le ballon et de le faire tourner, tout en allant de l’avant très vite : il s’agit de la “verticalisation” de notre jeu dont je parlais préalablement. Il fallait donc être en mesure de le récupérer quand nous ne l’avions pas. Toutes les équipes doivent avoir un esprit de sacrifice. Cela permet de se dépasser. Ainsi dès qu’un de nos joueurs perdait la balle, les autres ne rechignaient pas à s’arracher sur dix mètres pour la récupérer. L’esprit de sacrifice doit pour moi être ce qui définit une équipe.

Aviez-vous le sentiment d’entraîner une équipe merveilleuse ? Je prenais beaucoup de plaisir lors des entraînements : mes joueurs, comme Careca et Maradona, faisaient des choses extraordinaires lors des petites confrontations, ou lors des jeux de balle. Je ne pouvais qu’applaudir, même si je ne le faisais pas (rires). Quand le dimanche arrivait, je ne pouvais que me réjouir car ils reproduisaient tout cela. Il en va de même dans toute grande équipe avec d’immenses joueurs, et j’ai eu la chance d’en côtoyer en tant que joueur et coach.

Y avait-il un sentiment du « nous » contre « eux » dans cette équipe ? Quand j’étais joueur et qu’on battait une grande équipe du Nord, la saison était presque réussie. Il est impossible de gagner un championnat si tu perds également contre des petites équipes. Lorsque j’étais entraîneur, j’ai essayé d’expliquer à mes joueurs qu’une victoire contre la Juve valait autant de points que celle contre la Reggina. Mon expérience de footballeur m’a beaucoup aidé car je connaissais l’euphorie qui te gagne lorsque tu bats un club de ce calibre.

Est-ce si différent de jouer ou d’entraîner le Napoli ? Jouer est la chose la plus belle car tu vois les choses de manière individualiste : une fois ton action résolue, le problème est terminé. Le joueur est comme un comédien au théâtre, il est le protagoniste. L’entraîneur au contraire doit savoir travailler en coulisse et il n’y a jamais un instant de répit. Tu dois gérer toutes sortes de problèmes, entre les jeunes, les vieux et la presse. Et puis il y a les supporters. Gagner ou perdre, au fond, c’est la même chose : tu dois toujours continuer à travailler. Jouer est bien plus amusant.

Propos recueillis par L D-C et RR, à Naples






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» Entretien avec Ottavio Bianchi · 5 janvier 2008 16:41

"Comment fait-on pour gérer un joueur comme lui ? (Presque à regret) Il est plus facile de gérer dix Maradona qu’un joueur qui se prend pour lui. La technique était naturelle chez lui, mais ce qui était naturel chez lui ne l’était pas chez les autres. En outre, quand il participait aux constructions techniques et tactiques lors des entraînements, il était très attentif. Avec les autres joueurs, il était toujours très disponible. Le geste technique était facile pour lui et il ne reprochait jamais une erreur aux autres joueurs. Au contraire, ceux qui pensent être bons mais qui ne le sont pas se justifient pour tout. Maradona ne s’est jamais justifié sur le terrain. En ce qui me concerne, je ne parle que du terrain. En dehors, ça ne concerne pas du tout."

Sage reponse. Tout à fait d’accord avec lui. Certains clubs devrait y penser avant de débouser des millions (l’OM avec Cissé par exemple, Le Réal avec Anelka - qui a heureusement changé sur ce point là, ce qui fait qu’il est enfin devenu le grand joueur que son talent laissait espérer - et bien d’autres... .

 Vadid    

» Entretien avec Ottavio Bianchi · 27 décembre 2007 07:20

Pas encore lu l’artik. Mais ça ne saurait tarder.

 Buk