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SO FOOT fête son 50e numéro, il fallait marquer le coup. Cela faisait longtemps que l’envie fourmillait sous les chaussettes roulées sur les chevilles, huit centimètres au-dessus de la languette, pas plus : Maradona mériterait bien un super numéro, une anthologie, un truc de dément.

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Entretien avec Jorge Luis « El Burru » Burruchaga

19 décembre 2007 à 07:30 Entretien avec Jorge Luis « El Burru » Burruchaga

Ca se passe au bar Del Aguila, en face du stade Antonio Vespucio Liberti de River Plate, aussi connu sous le nom de Monumental…

C’était facile ou difficile de jouer avec Diego Maradona ? Moi je dis toujours la même chose, c’était à la fois facile et bien plus dur que tout ce qu’on pouvait imaginer.

Pourquoi ? Parce que quand tu es face à un joueur de ce niveau, ce genre de joueur qui apparaît tous les 30 ans, tu as plutôt intérêt à être bien préparé, aussi bien mentalement que physiquement, pour pouvoir suivre et comprendre ce qu’il va faire et ce que personne d’autre que lui ne peut faire. Il pouvait dribbler dix joueurs et toi pendant ce temps-là il fallait toujours prolonger ton appel parce qu’il pouvait te servir à n’importe quel moment. Diego était capable de réaliser l’impossible. Donc si tu n’étais pas concentré, si tu n’étais pas frais physiquement ou pas préparé pour ce genre de situations, alors ça devenait très difficile de jouer avec lui. Il fallait être au top...Non, ça n’était pas facile en définitive. Mais c’est aussi pour ça qu’il a été ce génie du football.

Il surprenait donc aussi ses coéquipiers, pas uniquement ses adversaires... Eh oui, nous il nous surprenait à chaque fois. Je vais vous prendre l’exemple du but contre les Anglais, il est avec le ballon, il avance, il avance, les défenseurs pensent à chaque instant qu’il peut me donner le ballon…Mais en 90, le but qu’on met aux Brésiliens, c’est un peu la même chose, lui mène l’attaque, avance, avance, et tac, au dernier moment il la glisse à Caniggia et boum, but. Idem pour le but de la finale, lui était de dos, moi je lui crie pour qu’il m’envoie le ballon, et il l’a fait, c’était aussi ça Maradona. Par exemple les espaces que je prenais, je savais qu’un autre joueur que Maradona ne les aurait pas vus ; avec lui, tu savais que n’importe quelle situation de passe délicate, il allait te la résoudre.

Sur le but contre les Anglais, vous pensez à un moment qu’il va vous faire la passe ? Oui, et c’est pour ça que je le suis dans sa course, Valdano aussi fait la même chose, je pense surtout la recevoir quand il est face au dernier défenseur, il est alors dans la surface, et c’est comme s’il s’apprêtait à me donner le ballon, c’est du moins ce que croit le défenseur anglais, qui est entre les deux, entre le marquage de Diego et l’interception d’une passe éventuelle. Au final il finit par tomber, puis Diego conclut seul. Mais oui, je pensais qu’il allait me la donner.

Quelle a été votre réaction suite à ce but ? (rires) Sur le terrain c’est très différent. Mais à la télévision ça reste plus beau à voir. Je me rappelle qu’après son but, je suis le premier à aller vers lui, à l’embrasser, et je l’insulte de plaisir « Enfoiré le but que tu viens de mettre ! » tandis que lui se marre, imagine, inscrire ce but contre les Anglais, après le but…

De la main. De la tête… (rires) mais contre les Anglais, c’est pour ça qu’encore aujourd’hui ça reste le plus beau but de l’histoire des coupes du monde. Mais ce que personne n’a jamais dit de ce but, c’est que le mettre avec une pelouse dans un tel état !!! Ce terrain, c’était un vrai désastre, et puis la chaleur…

Cette technique de Maradona, elle s’explique ? Je ne crois pas, il a reçu ce don de Dieu, qu’il a ensuite évidemment énormément travaillé. Diego, il adorait travailler et apprendre des choses. Mais si tu veux, c’est comme Cassius Clay, Clay est né avec un don, mais il s’est aussi tué à l’effort pour devenir ce qu’il est devenu. La magie, quelque part, il faut l’activer, et Diego savait comment faire…

La célébration dans le vestiaire après le match contre l’Angleterre ? Grandiose, mais attention, nous n’avions jamais voulu mélanger les affaires politiques avec le football. Bien sûr qu’on avait envie de battre les Anglais, mais parce que ça nous ouvrait les portes des demi-finales, ensuite effectivement, le contexte autour de ce match créait une effervescence particulière. Mais ça a été un très beau match, fair play, on s’est embrassés avec les Anglais à la fin du match. Ca a été le match qu’on a le plus fêté. Faut savoir qu’en 1/8ème de finale on avait joué l’Uruguay, un classique de chez nous, ça avait été dur. Ce match contre l’Angleterre, on savait que ça donnerait un peu de joie au pays.

Maradona en avait-il conscience ? Mais tous les joueurs en avaient conscience !!!

Le match le plus dur de cette coupe du monde ? L’Uruguay, sans hésitation.

Pourquoi ? Parce que c’était le classique d’ici, on se connaissait tous, on jouait tous dans les mêmes clubs, pour la rivalité des deux pays, et puis ils avaient une superbe équipe !

Vous auriez gagné sans Maradona ? Cette équipe tournait très bien, et s’avérait très forte. Nous étions les 22 à un grand niveau footballistique, je crois que oui, on aurait pu le remporter sans lui. On était forts. Nous étions la première équipe à arriver au Mexique, et on s’est d’ailleurs préparés extraordinairement. Ensuite la question est dure, qu’aurait fait la France sans Platini, ou le Brésil sans Pelé ?

A partir de quel moment l’équipe commence à se dire qu’elle peut être championne du monde ? Pour ma part, après le match contre l’Uruguay. On venait de battre une équipe très difficile. On avait eu un arbitre italien, assurément le plus dur de la compétition, non, ça a été très compliqué.

La préparation s’est déroulée comment ? Au début on ne jouait pas bien, vraiment mal même. Les éliminatoires avaient été laborieux. Bilardo était plus ou moins mort. Le président de l’AFA avait néanmoins eu le courage de le maintenir et de nous envoyer là-bas un peu plus tôt.

La préparation de Bilardo était dure ? Oui, très dure. C’était complètement différent de ce qui se faisait usuellement, du système d’entraînement en passant par le visionnage de vidéos. Avec lui il fallait vivre 24 heures sur 24 pour le football. D’une certaine manière, il te faisait comprendre que la famille ça passait après…

Le capitaine Maradona était comment ? Maradona, ça a toujours été l’exemple. Sportivement il a toujours été le modèle, il était le premier aux entraînements, toujours le plus concentré et aussi le premier à aider ses partenaires. Il faisait tout ce qu’un capitaine doit faire. Diego c’est celui qui a donné au football argentin son prestige, celui qui a le plus donné l’amour du maillot argentin, il a été le précurseur du « Ce maillot je dois le défendre jusqu’à la mort ». D’ailleurs tu vois dans quel état on est arrivés à la finale de la coupe du monde 90…

Il exigeait plus de lui ou des autres ? De lui.

C’est vrai cette histoire d’entraîneur personnel ? Oui, un préparateur physique, il l’a toujours eu avec lui. Diego, il s’est toujours préparé différemment des autres. En 86, il avait décidé de devenir le meilleur joueur du monde et il s’était préparé en conséquence. Il venait d’un Mondial où ça s’était mal passé pour lui.

Il disait qu’il voulait être le meilleur ? Oui, il le disait. Il disait qu’il voulait aller le plus loin possible.

Vous êtes toujours en contact avec lui ? De moins en moins. Le temps passe, chacun a sa vie…Par exemple je m’entendais mieux avec d’autres joueurs de l’équipe.

Il était facile à vivre au quotidien ? Oui. Mais c’est très difficile d’être Maradona, et malheureusement il lui est arrivé des choses dramatiques. Vivre et devoir se cacher, avec la presse qui suit tes moindres faits et gestes. Tout le monde vit à ses crochets…

Vous avez des exemples concrets de moments où vous n’auriez pas eu envie d’être Maradona ? Au cours des voyages par exemple, les aéroports se paralysaient à cause de lui. Les gens s’arrêtaient pour le voir.

C’est vrai qu’il y avait beaucoup de blagues pendant ce mondial ? Bah on est restés deux mois enfermés ! Le groupe s’est vraiment affirmé là-bas, au Mexique. Diego était plus proche du Negro Enrique ou de Batista par exemple.

Quelle est la différence entre le Diego de 86 et celui de 90 ? De ce qu’il a dit lui-même, il était mieux physiquement en 90 qu’en 86. Son seul malheur, ça a été sa cheville. Il a joué ses matchs avec une cheville comme ça (il mime une boule difforme), à ça il faut ajouter d’autres blessures dans l’équipe…En 90, Maradona a joué le mondial sur une jambe, il a joué pour la sélection dans des conditions inhumaines !

Il y a un match où il vous a subjugué ? Le match contre la Belgique où il réussit un doublé. Là il a été extraordinaire, vraiment meilleur que contre les Anglais. Il était juste intouchable.

Et pendant les entraînements ? Pendant les entraînements, il s’amusait. Avec ou sans ballon ; toutes les vidéos que tu as pu voir à la télévision, il les faisait. Maradona, il tapait fort le ballon en l’envoyant en l’air, 30 mètres hein, et il retapait de la même manière comme si de rien n’était et sans rebond !

Il vous avait parlé de Marseille à l’époque où vous étiez en France ? Oui, on en avait discuté, il me demandait un peu comment était le club, mais je ne sais pas si c’était plus des rumeurs ou s’il s’agissait vraiment d’une piste concrète.

Et des dirigeants comme Tapie vous questionnaient sur Maradona ? Non. Puis lui avait ses gens pour s’occuper de ça.

Il aurait amélioré le niveau du championnat français ? Sans aucun doute.

A Marseille il aurait triomphé ? Maradona triomphe n’importe où. Marseille c’était une ville pour lui pour sa façon de vivre, mais encore une fois je ne sais pas s’il y avait une piste concrète.

Quand vous vous réunissez entre anciens joueurs de 86, ça ne vous attriste pas de ne pas avoir votre capitaine avec vous ? Si, si bien sûr. Grâce à Dieu, ce groupe continue de se voir, d’entretenir des relations, on a tous le même age à 3 ou 4 ans de différence, on participe tous aux anniversaires des uns et des autres, les naissances, les mariages, on est restés très amis. Diego ne vient pas lui, il a des millions de choses à faire. Certains l’ont appelé pour le faire revenir un peu avec nous.

Vous pensez qu’il fait trop de choses ? Je ne peux pas vous répondre, ce que je sais en revanche c’est que Maradona reste aujourd’hui encore un très bon produit marketing, si vous faites un livre ou un film sur lui, vous êtes certain de faire un best seller ou un score d’entrées énorme.

Vous auriez aimé être Maradona ? Non.

Pourquoi ? Vivre la vie qu’il a vécue lui ? Non !!! C’est le sort de ces grands génies, au final, ils ne vivent pas.

Votre réaction à l’annonce de sa mort ? Jusque-là Maradona est exceptionnel, Dieu lui a donné plus de 7 vies. Il se sort de tout. Et aujourd’hui il est bien. Et il faut lui reconnaître le fait qu’il a toujours assumé et reconnu ses erreurs.

Propos recueillis par Javier Prieto Santos et Alexandre Gonzalez, à Buenos Aires






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» Entretien avec Jorge Luis « El Burru » Burruchaga · 3 janvier 2008 14:01

classique (clasico) ? En français, on dit plutôt derby les garçons, comme dirait Bernard Lacombe, amicalement

 jojo   

» Entretien avec Jorge Luis « El Burru » Burruchaga · 27 décembre 2007 13:28

    

» Entretien avec Jorge Luis « El Burru » Burruchaga · 20 décembre 2007 12:20

Merci a Sofoot pour toutes ces intervieuw et des temoignages. C’est géant de lire cela et tellement intérressant

 Olivetex   

» Entretien avec Jorge Luis « El Burru » Burruchaga · 20 décembre 2007 08:11

On sent toujours comme un tabou chez ses anciens partenaires quand il s’agit de juger le Génie. La peur de représailles ? Quand aux "plus de 7 vies" du Pibe, j’ai bien l’impression qu’il en a épuisé la totalité, non ?

 Buk