Entretien avec Marco Baroni 15/12/2007
Fantassin toscan élégant de quelques défenses du calcio, Marco Baroni atterrit à Naples à l'été 89 pour deux ans. Le temps d'inscrire le but du second sacre en 1990 (à la suite d'un coup-franc) et de rater le penalty décisif en C1 la saison suivante contre le Spartak Moscou. Qui a vécu par les coups de pied arrêtés, périra par les coups de pied arrêtés... Pourquoi avoir opté pour le Napoli ? C'était une époque où j'étais très motivé. Je venais de la Roma qui m'avait vendu à Lecce. Naples venait de gagner le scudetto et ils m'ont appelé peu après. La ville était accueillante et commençait à prendre de l'importance. L'équipe venait de gagner la coupe UEFA, et ils m'ont donné la possibilité de les rejoindre. Quand vous arrivez, la machine est déjà lancée. Vous avez le sentiment de rejoindre quelque chose d'extraordinaire ou est-ce une équipe de plus dans votre carrière ? Non, pour moi c'était l'occasion de ma vie. Celle que tout joueur attend. Pouvoir aller jouer avec Maradona, Careca, Ferrara, De Napoli, c'était une équipe qui avait tant de joueurs internationaux ! Pour moi, ce fut vraiment la chance de ma vie. A quoi ressemblait-il ce Napoli ? Il s'agissait d'un groupe de joueurs extraordinaires, d'amis, qui ne voulaient que deux choses : s'améliorer et gagner encore. On comprenait que cette équipe avait une faim inextinguible de victoire. Concrètement, au quotidien, comment ça se passait avec tous ces grands joueurs ? Ma, pour moi, c'était très beau du point de vue de l ...
Lire la suiteEntretien avec Roberto Perfumo 14/12/2007
Premier grand défenseur argentin de l'histoire, Roberto Perfumo est aujourd'hui animateur d'une célèbre émission de football au pays. Ancien Sécrétaire d'Etat au sport, Perfumo est, malgré ses chemises rose Yves Dorsey, l'une des éminences les plus respectées du football argentin. Ami intime de Maradona, il nous parle de celui qui est pour lui incontestablement le plus grand. Ca se passe dans les beaux quartiers... Maradona ? On a tous été joueur de football, on sait ce que c'est que le football, et Maradona c'est le football. C'est comme Gardel, Gardel ce n'est pas un chanteur de Tango, c'est le Tango. D'un point de vue symbolique, Maradona est le football. Il y a eu trois personnes qui ont changé la vitesse du jeu, deux étaient argentines, l'une s'appelait Alfredo Di Stefano, l'autre Pelé, et enfin la troisième Diego Armando Maradona. C'est un homme doté d'une personnalité impressionnante. Sur le terrain, c'est un être exceptionnel, il supporte la douleur, la chaleur, l'injustice, il joue avec la cheville brisée. Il est tout simplement magique. Et Maradona l'homme ? C'est un Dieu. C'est simple, si je vous mets Maradona ici, sans parler, dans une heure il y a 5000 personnes. Et tu le fais en Hollande, tu as 10 000 personnes qui acourent aussi sec, tu le fais en Tanzanie, tu en as 10 000 aussi. Sa position n'est pas facile, lui vient d'une famille extraordinaire mais très humble, moi je ne crois pas en l'éducation mais plus aux valeurs véhiculées par la famille. Lui c'est j ...
Lire la suiteEntretien avec Victor Hugo Morales 13/12/2007
Commentateur radiophonique de talent, Victor Hugo Morales, lui le natif d'Uruguay, est l'homme bande-son du but génial inscrit par Maradona en 86 contre les Anglais. Présentateur d'une émission de football, mais aussi d'une émission sur la musique classique sur Radio Continental, Victor Hugo revient sur un évènement qui a changé sa vie, outre celle de Maradona. Entre deux morceaux de Jean-Sébastien Bach... Quel souvenir gardez-vous de votre commentaire en 86 du but de Maradona ? Oulah...J'en garde un souvenir très fort. A ce moment-là quand je vois Maradona dribbler le premier Anglais, je sens qu'il peut se passer quelque chose...j'étais hystérique, comme si on m'avait mis un coup de fouet dans le dos, ou qu'on m'avait branché les deux doigts dans une prise d'électricité. Au fur et à mesure de la progression de Maradona, l'intensité est montée, pour tout le monde d'ailleurs, mais pour moi l'excitation était encore plus forte du fait que je devais assurer le commentaire. Ici, en Amérique du Sud, les commentaires sont très différents de ceux qu'on peut entendre en Europe par exemple. Le discours est plus fervent, plus passionné, avec un débit beaucoup plus rapide, aussi il n'y a pas de pauses ou de temps morts pour les narrateurs. Nous vivons l'action de façon tellement intense qu'on en transpire horriblement, et fatalement ça génère des commentaires dramatiques, grandiloquents, pleins d'émotion. Lorsque Diego met le but, je fais une faute professionnelle, je sors de mon rôle ...
Lire la suiteEntretien avec Daniel Arcucci 12/12/2007
Ancien journaliste pour El Grafico et aujourd'hui chef de la section Sports pour le quotidien La Nacion, Daniel Arcucci est le journaliste qui a le plus interviewé Diego Maradona tout au long de sa carrière. Il a d'ailleurs aidé le Pibe de oro à écrire son autobiographie, avant de publier sa propre anthologie maradonienne intitulée “Conocer al Diego”. Entretien dans le fastueux bâtiment de La Nacion, en plein centre de Buenos Aires. Comment expliquez-vous le fait que peu de personnes veuillent parler de la vie de Maradona ? Quand tu parles avec ses compagnons ou avec ses entraîneurs, tu as l'impression que Maradona est intouchable. Ils ont beau avoir vécu des mauvaises expériences avec Diego, c'est quelqu'un qui a toujours été là quand ils étaient dans le creux de la vague. Pour les gens, c'est donc normal de ne pas trop en dire sur quelqu'un qui a été fidèle. L'autre raison pour laquelle les gens ne souhaitent pas trop s'étendre sur leur relation avec Maradona s'explique par le fait que Diego a eu 10 000 vies plus ou moins polémiques. Beaucoup des protagonistes de la vie de Diego se sont fait piéger par une presse qui a toujours seulement voulu retenir les choses les plus croustillantes de leurs déclarations. Ce qui au départ n'était qu'une simple observation de leur part était tout de suite assimilé à une trahison aux yeux de Maradona. Or Maradona est quelqu'un de très fidèle, qui a une notion du clan assez développée. Si tu parles mal de lui, tu sors du cercle ...
Lire la suiteEntretien avec Martin Caparros 11/12/2007
Martin Caparros est argentin, mais parle un français excellent, héritage d'un exil à Paris puis à Madrid pendant la dictature de Videla. Journaliste et romancier moustachu, anticonformiste, il est considéré comme l'un des auteurs sud-américains les plus doués de sa génération. Fan inconditionnel de football, mais surtout de Boca (club auquel il a consacré un ouvrage intitulé Boquita), il nous livre ses impressions sur l'Argentine et sur son idole : Diego Armando Maradona. Entretien à Buenos Aires avec un fanatique passionnant. Avez-vous déjà rencontré Diego Maradona ? Oui, il y a quelques années, huit ans je crois, on faisait une émission de télévision avec trois autres journalistes. On était censés être farouches, et on parlait un peu sur le cas Coppola (ancien agent de Maradona, Ndlr), qui passait en jugement. Nous on a dit que son juge n'était pas très clair, et manifestement Maradona était devant son écran à ce moment-là ; il a alors téléphoné et a dit qu'il arrivait, car il était content de ce qu'on avait dit. Il voulait nous remercier. Donc il est venu, et il est resté une demi-heure avec nous sur le plateau. Et le lendemain nous étions l'objet de tous les sarcasmes car nous avions la réputation d'être très incisifs, et on était devenus des petits chiens devant lui. Bah oui, on n'avait pas envie de le faire chier, on était contents d'avoir ce monsieur qu'on admirait tous avec nous, et qui était venu nous voir de son propre chef. Nous, on lui posait des questions toutes ...
Lire la suiteEntretiens avec Diego Maradona, Corriere dello Sport 10/12/2007
Contexte : contre toute attente, le Milan a dominé toute la saison en Europe -; il gagnera la C1, sa deuxième de suite contre Benfica (1/0) - et dans la Botte quand il commence à connaître quelques ratés au printemps. Le Napoli en profite pour se rapprocher et carrément le dépasser quand les Rossoneri s'inclinent chez l'avant-dernier bolognais. 1990 sera donc l'inverse parfait de 1988 où le club lombard avait coiffé sur le fil l'équipe de Careca. A l'intersaison 88/89, après que Ferlaino lui eut promis de pouvoir s'en aller, Diego rêve de rejoindre l'OM et un championnat moins contraignant. Il rêve aussi de retrouver une véritable vie sociale puisqu'il doit s'isoler à Naples et ne sortir que la nuit. En vain puisque le président napolitain ne tient pas ses promesses. Du coup, après la Copa America, Diego prend pour la première fois, depuis son arrivée à Naples, des vacances prolongées. Ses velléités de départ et son retard agacent les tifosi qui pour la première fois lui manifestent un peu d'hostilité, vite oubliée. Dix mois plus tard, le sacre en poche, le Pibe s'en rappelle...(voir interview) Corriere dello Sport, après le deuxième scudetto, édition du 2 mai 1990, par Franco Esposito et Dario Torromeo Alors, Diego, ce deuxième titre... Ce deuxième scudetto, je le dédie à mon père. Il m'a téléphoné dans les vestiaires, mais il ne s'est pas déplacé. C'est un homme sage, un beau vieillard (sic). Avec son absence, j'ai voulu faire comprendre aux gens qui est son fils. L'été ...
Lire la suiteEntretien avec Hector Rodolfo ‘El bambino' Veira 09/12/2007
Ancien international argentin et plus jeune meilleur buteur de l'histoire du championnat national à seulement 18 ans avec San Lorenzo, tout comme Maradona avec Argentinos, Hector Veira est une exagération vivante. Un don pour l'hyperbole qui en a fait néanmoins le premier entraineur de Caniggia ainsi que le coach du grand River de Francescoli. Après avoir purgé un an de prison pour un supposé détournement de mineur - la victime est aujourd'hui travesti et vend ses services sur internet - Veira est devenu commentateur vedette pour la chaîne Fox sports et un habitué de l'émission la Ultima Palabra, sorte de 100% foot argentin. Rencontre avec le dernier entraineur de la carrière de Maradona dans les fastueux locaux de Fox sports, à Buenos Aires. Vous avez été le dernier entraîneur de Diego Maradona, quels souvenirs en gardez-vous ? Je garde un excellent souvenir de Diego. C'est une personne très attachante qui a toujours donné le maximum pour l'équipe. Avec moi, il n'a jamais eu de problèmes, car je lui laissais carte blanche. Son dernier match, c'était contre River Plate, un match que nous avions gagné 2-1. Ce jour-là, je le fais jouer mais normalement il n'aurait pas dû, car il n'était pas vraiment à 100% physiquement. Il revenait de blessure, mais je ne pouvais pas le priver de son dernier au revoir, qui plus est dans un Superclasico. C'est vous qui avez demandé à l'avoir ou ce sont les dirigeants du club qui ont tout fait pour son retour à Boca ? Non, ce n'est pas moi qui ...
Lire la suite«J'ai vécu la même vie que Maradona, non ?» Par Sergeï Bubka 07/12/2007
«Notre première rencontre date du milieu des années 80 lors d'une cérémonie où nous avions chacun reçu un oscar du sport à Milan. Pour moi, Diego, c'est avant tout, sur le terrain, un grand maître du jeu à la dextérité irrationnelle. Il n'est pas bien grand mais a une qualité de contrôle dans les airs et surtout au sol absolument unique. Il a apporté une autre lecture de la technique en mouvement, du moins pour un joueur de football. Je dis ça parce que l'athlétisme est à la base de tout et que le football part de la course, il suffit juste de rajouter une balle. Donc dans la préparation, le voir en mouvement ne m'a techniquement rien apporté. Peut-être ai-je réfléchi différemment à sa fréquence incroyable dans les appuis. Hors stade, je ne me retrouve pas en lui car pour moi, un athlète reconnu doit toujours être responsable de ses actes, quoi qu'il fasse. Un exemple : l'engagement politique. Même si c'est quelque chose de personnel, être député au parlement ukrainien, puis Président du Comité Olympique ukrainien demande une certaine compétence et un altruisme singulier. Or, nous avons aujourd'hui la fâcheuse tendance à accepter les frasques des stars du sport, comme celles des acteurs ou des artistes par exemple. Je pense que le parcours flamboyant et tortueux de Diego lui a conféré une grande visibilité qui a indéniablement contribué à sa popularité sans que celle-ci n'ait été circonscrite au domaine du sport. Pour autant, la surexposition n'est pas un prob ...
Lire la suiteEntretien Bruno Giordano (Napoli - 1985/1988) 07/12/2007
Attaquant de rupture insatiable, Bruno Giordano constituait le « Gi » de l'attaque mitrailleuse dénommée, à l'époque, la « Ma-Gi-Ca » avec Diego et Careca, l'avant-centre de la Seleçao. Romain exilé dans le Sud, l'ex-Laziale revient sur les plus belles années de sa carrière...
Pourquoi avoir choisi le Napoli après la Lazio ? Tout simplement parce qu'on y trouvait des joueurs extraordinaires comme Maradona ou Careca. Il y avait également des dirigeants que je connaissais très bien, comme Ido Allodi (Ndlr : le directeur sportif de l'Inter de Moratti père, champion d'Italie et double vainqueur de la C1 dans les 60's), un des plus grands dirigeants que le football transalpin ait portés. Tout cela m'a convaincu d'accepter la proposition du Napoli. Maradona considérait que vous étiez, avec Careca, le partenaire idéal sur le terrain. Pouvez-vous nous expliquer la philosophie de jeu de l'équipe, le Magica... En attaque, Maradona combinait avec Careca de manière incroyable. Cela jouait vite et bien, à terre principalement. Comme on était petits en taille, nous ne pouvions pas développer un jeu aérien. Pour cela, nous nous efforcions de jouer et dans les pieds. C'était ce qui caractérisait le Napoli. Tout cela était relayé par des gens du milieu de terrain, non moins importants, comme Bagni, De Napoli ou Brusculotta. Nous étions une équipe complète, sans aucun doute. Nous, les techniciens, nous devions concrétiser et finaliser le jeu de l'équipe. Cette philosophie de jeu avait-elle ...
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