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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d'un poète ? Fidèle abonné au Stade d'Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l'épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c'est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c'est toujours rock'n'roll.

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Un derby pour un Havre de paix

Un derby pour un Havre de paix
02/12/2009

Stade Malherbe Caen - Le Havre AC : 2-0

Buts : El Arabi et Langil pour le SMC

Arbitre : M. Gautier, 3/5, quelques erreurs de jugement, mais rien de dramatique

Spectateurs... : 16 276, meilleure affluence de la saison. Bof. Encore.

... rassasiés par le spectacle ? : pas mal d'ambiance, des échauffourées avec les supporters du HAC, quelques fumigènes dans le kop caennais, un beau tifo à la gloire de la Basse-Normandie, des buts, un match agréable à suivre. 4/5. Prends ça Alain Caveglia.

L'homme du match : Youssef El Arabi. Simplement divin.

L'anti-homme du match : Placide. Encore un qui porte bien son nom.

Le geste du match : on pourrait citer l'un des multiples dribbles chaloupés de Youssef El Arabi, mais on retiendra plutôt l'enchaînement interception de la poitrine/crochet intérieur/ouverture millimétrée de 50 mètres de Grégory Leca. Parce qu'un défenseur aussi, ça peut avoir la classe. Oui, même Greg Leca.

L'anti-geste du match : Gillet lancé aux trousses d'El Arabi qui paume une chaussure en route et abandonne la course-poursuite pour se rechausser, sous les ricanements d'un public narquois. Un instant de grâce comme on n'en avait plus vécus depuis le départ de Kor Sarr.

Le détail du match : les mecs, amis supporters, le duel fratricide des deux Normandie qui se rentrent dans le lard pour savoir qui c'est qu'est la plus forte, ce n'est pas seulement puéril, beauf et crétin, c'est surtout pathétique. Et on passait à la TV, en plus.

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Hier soir, au Stade Michel d'Ornano, c'était grand soir. Le premier contre le deuxième, le derby normand, ça promettait de la sueur, de la fureur, du tonnerre, du sang et des larmes. Plus qu'un nouveau test pour les Caennais et l'opportunité de confirmer leur grande forme du moment, c'était surtout l'occasion pour les Francky Boys de prouver qu'ils étaient capables d'aborder les matches à enjeu avec autant de caractère et de sérénité que lors d'un match mal barré contre Vannes. Et s'il y a bien un point sur lequel Malherbe nous a convaincus, c'est celui-ci. Pas vraiment échaudés par la qualité de jeu de leur adversaire du soir, dauphin de Ligue 2, encore moins enclins à la présomption malgré une large avance au classement, les Caennais ont récité leurs gammes sans la moindre fausse note ou presque, sans surprendre il est vrai, mais plutôt en frappant juste, fort et vite. Réalisme, solidité défensive et maîtrise du jeu demeurent les trois axiomes sur lesquels le SMC base ses victoires cette année, et les Havrais n'y ont pas plus résisté que leurs malheureux prédécesseurs.

Malherbe a été plus fort que Le Havre, voilà tout. Avec une possession de balle qui doit avoisiner les 60 voire 65 %, les Rouge et Bleu ont mis toutes les chances de leur côté, et se sont calés confortablement dans leur trône dès le début de la partie et ont fait valoir leurs droits de monarques, face à des Havrais loin d'être mauvais mais souvent trop maladroits et trop précipités pour tenter d'amorcer un putsch.

Pourtant, il y avait de l'idée dans l'entame de match des Ciel et Marine. Comme tout le monde, ils ont lu dans le journal que Nivet avait été honoré du titre de meilleur joueur de Ligue 2 pour le mois d'Octobre (en fait, c'est le meilleur tout court, faut pas déconner) et que Steeven Langil est arrivé en troisième position. Du coup, pour embêter les Caennais, Aït Ben Idir était préposé au marquage à la culotte du numéro 10 chauve (et ne l'a jamais lâché), et Langil avait toujours deux mecs sur le dos dès qu'il s'emparait du ballon. Pas grave, notre arme fatale du jour était ailleurs.

Si les Francky Boys ont été plus forts, c'est en grande partie grâce à leur attaquant de pointe. Youssef El Arabi est théoriquement le remplaçant du remplaçant à ce poste. Vu ses deux dernières performances, pas sûr qu'il le reste bien longtemps. Percutant, provocateur, physique, rapide, le jeune Caennais a brillé de mille feux et a fait l'amour à tout ce qui ressemblait à un Havrais sur la pelouse. Mieux encore : sa performance fut telle qu'elle a permis à Caen d'éviter le traquenard tendu par les Havrais pour bloquer Nivet. En conservant le ballon bien plus haut que d'habitude, très souvent grâce à El Arabi, les Francky Boys ont obligé les Havrais à jouer sur le reculoir, sans trop savoir d'où viendrait réellement la menace. En gros, El Arabi a fait en 90 minutes ce que Kandia Traoré n'a jamais réussi à faire depuis le début de la saison : jouer un rôle de vrai pivot, en plus de se montrer extrêmement mobile afin de désorganiser la défense adverse et de créer des espaces pour ses partenaires. En plus de peser constamment sur la défense havraise, il fut impliqué dans tous les bons coups et a eu droit à une belle ovation à sa sortie.

C'était un match de haut niveau, on n'a pas mis longtemps à s'en rendre compte. Il a suffi de voir à quelle vitesse les Havrais remontaient le ballon pour constater que l'opposition n'avait rien à voir avec celle entrevue à Nîmes. Pourtant, si le match fut plaisant du début à la fin, et sans temps morts, il n'en demeure pas moins qu'il fut également le théâtre d'innombrables maladresses, comme si les deux équipes insistaient pour maintenir un rythme trop soutenu pour chacune d'entre elles, histoire de désarçonner l'adversaire. La première grosse occasion des Caennais, après une vingtaine de minutes de jeu, survint d'ailleurs à la suite d'une succession de ricochets entre les pieds des défenseurs havrais. Langil hérite du cuir, envoie une cacahuète dans un angle fermé, que Placide dévie en corner. Le ton est donné : il faudra agir vite et passer en force, jusqu'à pousser l'adversaire à la faute. Et se montrer malin.

Le corner à la rémoise a longtemps été une lubie tragi-comique des Caennais, qui s'évertuaient à reproduire à l'infini leur tactique à deux sous, même pas réfléchie, sans que jamais cela ne porte ses fruits. Un de ses trucs qui faisaient de Caen une équipe à part, parfois talentueuse mais pas vraiment rodée aux joutes de haut niveau, où ce genre de plaisanteries s'avère aussi exaspérant que vain. Sauf que Malherbe 2.0 semble avoir remis cette tactique au goût du jour, de façon bien plus élaborée. Après l'avoir une première fois testée à Nîmes (et cela avait déjà failli payer), ils ont remis le couvert contre les Havrais (qui auraient dû mater quelques vidéos pour préparer leur match). Proment s'avance pour tirer le corner, Eluchans s'approche, l'air de rien, suivi d'un défenseur, Prom' sollicite le une-deux et en profite pour filer jusqu'à l'entrée de la surface et claquer une patate. Bon, en vérité, la frappe de Greg' fut plutôt mollassonne mais Placide le bien nommé fait n'importe quoi et offre l'opportunité à El Arabi d'ouvrir le score d'un plat du pied. Les Francky Boys qui se sentent tellement bien sur les coups de pied arrêtés qu'ils se permettent d'inventer des petites combinaisons, c'est déjà assez peu crédible, mais alors, voir Malherbe triompher d'un adversaire en se montrant plus malin et plus expérimenté, c'est carrément de la science-fiction. Bref, ça fait 1-0.

Le coup est rude pour les Havrais, qui répondent du tac-au-tac en se projetant vers l'avant, et tentent d'affoler l'arrière-garde caennaise par une verticalité étourdissante, un jeu direct, alternant ouvertures longue distance et débordements à cent à l'heure. Sauf que le HAC prend un cours de quadrillage de terrain et se montre beaucoup trop irrégulier pour vraiment inquiéter le Stade Malherbe. Les Ciel et Marine semblent même se décourager à vouloir presser le ballon le plus haut possible, en voyant que cela ne fait même pas ciller les Caennais. Heurtaux et Leca, impériaux dans la relance, ne tremblent pas. Du coup, les Havrais ne se montreront vraiment dangereux que sur les coups de pieds arrêtés et sur quelques tentatives lointaines, ou sur des maladresses caennaises.

La mi-temps va malheureusement couper les Caennais dans leur élan et dans leur sereine maîtrise du jeu, et pendant dix minutes, au retour des vestiaires, on a frôlé la Bérézina. Le HAC frappe vite et fort, insiste dans l'axe, se heurtant à une muraille défensive qui se voit contrainte de reculer de plus en plus.

Nivet et Langil, habituellement adroits pour rompre une bonne dynamique adverse, font tout de traviolle ; il faut donc s'en remettre à El Arabi pour foutre le boxon. Le minot caennais assume et prend ses responsabilités. Après avoir retourné deux défenseurs havrais sur l'aile gauche, il se fend d'un centre que Nivet détourne vers Langil, contrôle, reprise en demi-volée, parfaitement croisée. 2-0. Les deux porte-flingues montrent ainsi que même dans un mauvais jour, ils peuvent se montrer décisifs. Et précieux.

Après cela, le match est plié. Jean-Michel Lesage entre en jeu, histoire de déconner, Deroin fait son retour à d'Ornano, sous les hourras du public, Le Havre attaque par intermittence, Caen s'applique à contrer. El Arabi est à deux doigts d'aggraver le score en se présentant seul face à Placide, mais son plat du pied, dévié par le portier havrais, est renvoyé sur la ligne par un défenseur. Côté havrais, Diallo voit sa plus belle tentative captée par Thébaux, et Baseya (un mec au physique de Teddy Rinner, et visiblement pas plus doué pour le foot) loupe le coche à bout portant et se heurte lui aussi au gardien caennais.

Voilà, 2-0, la messe est dite. La victoire des Caennais, on ne peut plus logique, porte l'avance des Francky Boys à 10 points sur leur adversaire du jour, toujours deuxième. La presse s'intéresse enfin à la croisade épique des Caennais (foot365 parle ainsi d'une "avance abyssale des Caennais"), Fortin calme le jeu en rappelant que Malherbe se croûte toujours à la reprise et qu'il ne vaut mieux pas s'enflammer avant le printemps. Mouais. Cette année, tout semble avoir changé. Les Francky Boys ne font plus rien comme avant. Du haut de leur tour d'ivoire, ils ont le temps de voir venir.

INSTANTANEMENT COMME CA / REPRENDRE DE VOLEE D'AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT

La bande-son du jour : Sex Machine, de Crawling Chaos, sur le coffret Factory Records: Communications

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LES NOTES

Thébaux [7] : encore une fois brillant, décisif, et décourageant pour l'adversaire.

Barzola [6,5] : une fois n'est pas coutume, il a réduit son quota de débordements d'ailier pour se concentrer sur son rôle défensif. Avec brio. Sur son aile, on a rien vu venir.

Raineau [6,5] : pour une fois, le milieu défensif réincarné apprenti latéral a fait le taf. Tranchant dans ses interventions, et beaucoup plus mis à contribution que Pablo, il a récupéré une sacrée quantité de ballons. On s'est encore fait quelques frayeurs, mais on ne va pas chipoter.

Heurtaux [6,5] : sûr de lui, solide comme un roc, doué pour la relance. Toujours au top du hip-hop. Sa seule erreur a failli coûter très cher, sans l'intervention de Thébaux sur Baseya en toute fin de match.

Leca [8] : pour être honnête, on a été assez supris de voir Sorbon sur le banc, alors qu'il est en grande forme, surpris pour ne pas dire carrément inquiets en voyant Greg Leca le char d'assaut, s'installer en défense centrale. Sauf que Greg a réalisé un match énorme. Monstrueux dans les duels et les interceptions, précis à la relance, impressionnant sur ses ouvertures et ses transmissions longues, Leca a rappelé qu'il pouvait être une alternative plus qu'acceptable en défense centrale.

Proment [7] : malgré quelques passes foireuses, encore une fois, Greg fut surtout un point d'ancrage parfait devant la défense, autant dans la relance que dans la récup'. Et puis bravo pour la combinaison qui amène le premier but.

Seube [7,5] : Conan le Barbare lâché dans une classe de maternelle. A côté de lui, tout semble faible et fragile. Les cheveux au vent, il récupère tout ce qui traîne, s'améliore dans ses ouvertures, et plus encore dans sa vision du jeu. Tout le milieu de terrain a gravité autour de lui.

Nivet [4,5] : il a tout foiré ou presque mais a délivré une nouvelle passe décisive (il est de loin le meilleur passeur du championnat). Pour la cause.

Langil [5] : comme d'hab, il a beaucoup tenté de provoquer. Un peu trop cette fois-ci. Il a tout foiré ou presque mais a de nouveau marqué (il est le meilleur buteur du SMC avec 7 réalisations). Pour la frime.

Eluchans [5] : il a de nouveau alterné le bof et le franchement naze. Avec, parfois, un petit coup de génie. Pas suffisant pour qu'on se réjouisse.

El Arabi [9] : cette victoire, c'est surtout la sienne. Tout simplement génial.

Deroin [6] : pas facile d'entrer en jeu vu le tempo du match. Titi s'est pourtant fondu dans le collectif, et s'en est mieux sorti que Nivet, sans toutefois apporter vraiment le danger.

Nabab [5] : il n'a pas pu faire parler sa vitesse. En fait il n'a pas pu faire grand chose.

Yatab [3] : complètement bidon en ce moment. Dix minutes lui ont suffi pour réclamer quatre fautes à deux balles, en levant les bras plutôt que d'essayer de reprendre le ballon. Agaçant.

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TOUS LES SCORES

Caen 2 - 0 Le Havre

Angers 1 - 0 Nîmes

Brest 1 - 0 Istres

Vannes 1 - 2 Tours

Clermont 0 - 2 Dijon

AC Ajaccio 1 - 1 Laval

Châteauroux 0 - 1 Guingamp

Sedan 3 - 0 Nantes

Strasbourg 2 - 1 Bastia

Arles-Avignon 2 - 0 Metz

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LE CLASSEMENT

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1. Caen 37 pts (+16)
2. Le Havre 27 pts (+3)
3. Arles 27 pts (+2)
4. Tours 26 pts (+7)
5. Brest 26 pts (+6)
6. Metz 26 pts (+1)
7. Nantes 24 pts (0)
8. Laval 22 pts (+4)
9. Châteauroux 20 pts (0)
10. Dijon 20 pts (-1)
11. Guingamp 20 pts (-2)
12. Vannes 20 pts (-4)
13. Nîmes 20 pts (-5)
14. Angers 19 pts (-2)
15. Ajaccio 18 pts (3)
16. Sedan 18 pts (-4)
17. Clermont 16 pts (-4)
18. Strasbourg 16 pts (-4)
19. Istres 14 pts (-11)
20. Bastia 10 pts (-5)