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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d’un poète ? Fidèle abonné au Stade d’Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l’épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c’est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c’est toujours rock’n’roll.

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Stade Malherbe Underground

1er juin 2009 à 12:22 Stade Malherbe Underground

Amis de la Ligue 2, la Ligue 2 nous attend

SM CAEN – GIRONDINS DE BORDEAUX : 0-1

But : Yoan Gouffran

Arbitre : M. Lannoy, assez clean

Spectacle : vu le contexte, 4/5

Spectateurs : 20 924

C’est donc comme cela que tout s’achève. Dans la résignation, au-delà de la frustration et de la colère. En l’espace de 90 minutes, Malherbe a offert un condensé d’une saison calamiteuse pour finalement s’incliner (respectueusement) devant des Girondins couronnés. Rien que d’en parler, croyez-moi, ça pique.

Qu’on se mette d’accord tout de suite : vous trouverez sûrement des supporters caennais pour vous dire que la relégation n’est pas méritée, que Caen n’a rien à faire dans le wagonnet pour l’étage inférieur à l’heure du jugement dernier, que Grenoble, Valenciennes ou Nancy jouent moins bien au foot que Malherbe. Conneries. Le SM Caen est à sa place dans la charrette des relégables. On a toujours l’impression de valoir bien plus que ce qu’on veut (ou peut) laisser voir aux autres. Mais cette année, Malherbe ne valait pas davantage qu’une dix-huitième place. Et ce ballet final face aux Girondins, même leaders sur une série de dix victoires consécutives, en a été une nouvelle démonstration. Résignés dès l’ouverture du score de Gouffran au retour des vestiaires, les Caennais n’ont rien montré d’autre qu’une agaçante absence de réactivité, un manque d’énergie troublant à un moment si décisif et pour finir, une absence de cohésion carrément exaspérante. Et surtout, surtout, une fébrilité fatale. La saison passée, Caen alternait le très bon et le très mauvais. Cette saion, Caen a été régulier dans la médiocrité. Comme on s’y attendait, il fallait impérativement gagner et priver Bordeaux du titre pour rester en Ligue 1, puisqu’à Geoffroy-Guichard, Sainté a réduit VA en charpie. On ne va d’ailleurs pas se priver, mauvaise foi de supporter oblige, de ne surtout pas féliciter les Valenciennois, qui ont un peu cramé notre joker en débarquant en tongs sur le pré du Chaudron pour ramasser quatre pions vite fait bien fait, avant que Kombouaré ne se félicite, en conférence de presse, de la saison valenciennoise. Bref. On ne vous en veut pas trop non plus, amis valenciennois, Sainté avait l’air bien remonté.

A d’Ornano, pendant 45 minutes, ça a été football champagne, occases de part et d’autre, balles de match gaiement foirées et pression maximale. Déjà, les supporters ont tout fait pour que le match sente la poudre. Mention spéciale aux Bordelais pour leur banderole « Pour le titre, pour sauver Saint-Etienne », super sympa, je ne sais pas ce qu’on leur a fait à part leur mettre 5-0 l’an dernier, mais si c’est ça, ils ont la rancune tenace. Le kop caennais a quant à lui grillé une quinzaine de fumigènes à l’entrée des joueurs avant de se faire finalement assez discret par la suite (trop occupés à regarder Caen agoniser, les mecs ?) ; on s’en foutait, le stade tout entier grondait à chaque occase, on se serait cru de l’autre côté de la Manche.

Pendant la première mi-temps, donc, on a assisté à une mise en situation de l’indécision sportive : Caen qui attaque, qui campe devant les buts bordelais, et qui se replie en pagaille pendant que Bordeaux contre en laissant les Normands sur place. Les Girondins jouent mieux au foot, c’est certain, déjà parce qu’ils sont en confiance, on les comprend, et surtout parce qu’ils connaissent toute la panoplie du foot, ouvertures en profondeur ou croisées, relais sur les ailes, prises de risque dans l’axe ou sur les ailes, Gourcuff pour l’axe, Gouffran pour les ailes (à gauche et à droite, oui). Ce n’est pas vraiment que Bordeaux sort le match de l’année, mais leur maîtrise est impressionnante, même face à une équipe qui joue la peur au ventre et qui est obligée de s’aventurer un peu plus loin que la raison ne le tolèrerait en temps normal. Bordeaux ouvre donc le bal, le Gouff’ mange Lemaître et se présente seul face à Planté avant de foirer son duel d’une frappe mollassonne, la faute à une parade de première classe. Comme celle que Ramé va sortir sur une tête décroisée de Savigol quelques instants plus tard, en stoppant le ballon sur sa ligne de but. Enfer et damnation. On va oublier bien vite le peno discutable et pas sifflé, sur un retour musclé de Diawara face à Ben K. Le reste de la première période est du même tonneau, globalement caennaise, sans plus, avec des Bordelais davantage inspirés et dangereux, sans plus.

Mais les Bordelais savent un truc que l’on ignore. Comme Lyon, comme toutes les grandes équipes, ils savent créer des situations à partir de rien. Genre obtenir des coups francs à trente mètres des buts, quand l’attaquant reçoit le but dos au but et joue habilement du contact avec le défenseur dans son dos pour faire siffler l’arbitre. Combien on a vu d’équipes nous infliger cela et nous corriger dans la foulée cette saison. Bis repetita. Caen n’a décidément pas tout compris au football, c’est notre petit côté poétique naïf, à ne pas savoir jouer des situations favorables et à ne surtout pas savoir les gérer quand l’adversaire se met en tête de nous faire la leçon. Et à ce titre, les Bordelais nous ont gratiné, nous ont proprement défoncé la naïveté à coups de boutoir dans notre manque d’expérience. Et ça a fini comme ça devait finir. Un coup franc de plus, une combinaison sur l’aile, une erreur de marquage juste invraisemblable en Ligue 1 (comme quoi, il n’y a pas de hasard), et vlan, Gouffran, ou le retour de l’enfant prodige. A croire qu’il a attendu le moment où on a eu le plus besoin de lui pour réaliser sa plus grande perf de l’année, mais dans le camp d’en face. C’est drôle, tout de même. Gouffran nous a permis de monter en Ligue 1 avec classe, Gouffran nous a permis de nous maintenir avec style, Gouffran nous a renvoyés en Ligue 2 avec tristesse.

Après le but, c’était fini, tout le stade le savait. Caen a squatté le camp bordelais pendant 40 minutes, Bordeaux a contré comme il le fallait, en savourant déjà, et a encore été plus dangereux, en manquant de réalisme pour tuer le match. Parce que Malherbe n’eut finalement pas grand-chose à se mettre sous la dent. Une multitude de centres juste devant le but qui ne trouvent pas preneur, et puis c’est tout. Parce que Bordeaux maîtrise. Alou Diarra est un roc, Diawara une montagne. Si Malherbe joue court, le premier ratisse et ratiboise. Si Malherbe joue long, le second émince et joue de l’épaule. Devant eux, Gourcuff accélère le jeu et éloigne le danger.

Malherbe ne sait plus comment faire. Cette saison, Malherbe n’a jamais vraiment su quoi faire. Quelque chose est cassé. Il y a truc de pourri dans le royaume de d’Ornano. Les Caennais courent les uns après les autres, jamais ensemble, n’évoluent pratiquement jamais en bloc (bon sang que Nivet et Proment auraient été utiles pour agiter le onze rouge et bleu dans un même élan). Pire, ils ne savent plus courir. A part Seube, l’un des rares malherbistes dont on peut vraiment dire qu’il a joué avec la rage nécessaire pour envisager autre chose qu’une défaite, les courses sont fébriles, les duels physiques jamais à notre avantage. Franchement, il va falloir se pencher sur la préparation physique avant la saison prochaine. Parce que le repli caennais sur les contres bordelais était juste pathétique, Gourcuff balle au pied déposant tous les Normands en seulement quelques enjambées et sans forcer. Effrayant. Après la condition physique, il va aussi falloir travailler la relance, souvent calamiteuse, qui a offert pas mal d’occasions inespérées aux Bordelais. Il faut préciser que la compo de Franck Dumas, avec un ailier à droite (Ben K) mais personne à gauche (Seube ayant tendance à rester dans l’axe pour faire le boulot des autres) n’était pas un modèle d’équilibre.

La gigue a pris fin dans un hurlement de joie de la tribune des visiteurs, pendant que le public caennais, immobile, stupéfait mais pas surpris, contemplait les Bordelais danser sur nos morts. Caen redevient donc un club du football français souterrain. Une équipe au football agréable mais anonyme. Malherbe est de nouveau underground.

LES NOTES

Planté – 6 : innocent sur le but caennais, il a encore sauvé deux ou trois la baraque. S’est fait les nerfs sur un adversaire à la fin du match. Finalement, c’est l’homme de la saison. Et ça veut tout dire.

Barzola – 5 : tour à tour assez intéressant ou franchement hésitant, on se rend compte qu’on ne sait toujours pas trop quoi penser de ce mec au bout d’un an.

Lemaître – 5 : il avait l’envie, la rage, ça s’est vu. Mais il avait aussi un Gouff’ supersonique au marquage, qui l’a enrhumé cinq ou six fois.

Gomis – 5,5 : il est parfois impressionnant, quand il stoppe Chamakh parti au but. Il est parfoit maladroit et c’est dangereux dans la seconde qui suit.

Sorbon – 3,5 : carrément mis à l’amende par Chamakh qui lui collait deux mètres à chaque accélération, Jérém’ est un type bien, mais franchement, il vaut mieux qu’il oublie cette saison.

Leca – 4 : il est d’une lenteur effrayante, il n’a jamais pu stopper Gourcuff, mais pour la relance, c’était correct. Mais à côté de Seube, on est tout de suite transparent.

Deroin – 4 : quelques impulsions intéressantes vers l’avant, mais pour le reste, bonbon. Faudrait pas oublier de jouer un peu plus sur les ailes.

Seube – 8 : s’il y en a bien un qui ne voulait pas descendre, c’est lui. Il a récupéré quantité de ballons, dépassé ses coéquipiers pour revenir sur les Bordelais, et parvenait même à apporter le danger. Dantesque.

Yatabaré – 6 : la note d’espoir de la fin de saison caennaise. Volontaire, adroit, il n’a plus qu’à apprendre à être décisif, pour faire super mal.

Ben K – 5 : trop souvent bloqué dans l’axe, on aurait aimé le voir plus souvent semer la zizanie sur les ailes.

Savidan – 5,5 : alternant les appels intelligents et les courses inutiles, il a pesé sur la défense bordelaise par intermittence.

Ramé – 6,5 : un match tranquille, en fait.

Jurietti – 6 : cherche encore qui était le Caennais qui jouait sur son aile.

Diawara – 7,5 : il a dévoré les petits Caennais et s’est pas fait choper sur une faute dans la surface.

Planus – 6,5 : discret à côté de Diawara

Tremoulinas – 6,5 : il est pas très grand, si on avait eu un mec physique dans l’équipe, on aurait pu envisager de lui mettre la pression. Grande maîtrise pour son âge. Et pas dérangé dans sa relance, toujours propre.

Diarra – 7 : un robot de 2m. Un monstre de la récup’.

Gourcuff – 6 : le détonateur de l’équipe. C’est lui qui lance la combinaison assassine sur le coup franc.

Alonso – 7 : il attaque bien, il défend presque mieux, ce type est précieux.

Gouffran – 8 : dès qu’il chope le ballon, il y a danger. Impressionnant dans ses courses, son but est mérité. En plus, il a été seigneur, en restant isolé loin de ses potes euphoriques après le coup de sifflet final, réconfortant ses potes caennais. Ovationné par d’Ornano. Putain que c’est mérité.

Chamakh – 6 : vachement dangereux en première période, vachement transparent en seconde période.

Jussiê – 3,5 : alors lui, c’est bien simple, on ne l’a pas vu.

« INSTANTANEMENT COMME CA / REPRENDRE DE VOLEE D’AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT. »

Bande-son du jour : Twilight Zone, de Noir Désir.

A VENIR : LE BILAN DE LA SAISON






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