Pourquoi se donner tant de mal pour rester en L1 ?
9 avril 2008 à 14:03
Amis de la Ligue 1 !
Est-ce que suffiront 43 points ?
La question peut sembler absurde, cependant, il nous est permis de douter aujourd’hui de la valeur de notre bonne vieille Ligue 1 Orange. On décrie (on a fini de décrire, les mots commencent à manquer), on décrie donc après chaque journée de championnat le faible nombre de buts inscrits, la quantité effrayante de 0-0, la part belle faite à la défense au détriment de l’attaque et même du spectacle. A l’heure où Caen vient sans doute d’assurer son avenir dans « l’élite » du foot français en s’enroulant dans la chaude couverture du ventre mou du championnat (entre Lille et Auxerre, il est là le ventre mou), posons-nous la question : à quoi tout cela a-t-il servi ? Au nom de quoi courent-ils ? Quelle est la différence entre un 0-0 entre Nice et Lille, et un 0-0 entre Montpellier et Reims ? Pourquoi le Roudourou ne fait plus rêver ?
En envoyant bouler Valenciennes dans les cordes (1-0, pas cher payé), Caen a pris huit points d’avance sur les quatre clubs (Paris, Lens, Toulouse, Strasbourg) qui pataugent dans les bas-fonds de la L1 et se débattent pour ne pas accompagner Metz en enfer. Il paraît que la limite pour ne pas descendre est de 43 points, on y est (la dernière fois que Caen est descendu, il y a trois ans, on a fini avec 42 points), et il reste six matches. Tranquille. De toute façon, le suspense de la bataille du maintien n’est qu’apparent. Comme Lyon a flingué le suspense depuis plus longtemps qu’on essaie de nous le faire croire (Aulas a bien demandé à ses gars de ralentir, il leur a mis Alain Perrin dans les pattes, tout ça, mais rien n’y fait), il a bien fallu trouver le suspense là où il daignait encore se cacher. Pas en haut, donc. Dans la zone rouge, en revanche, il est probable qu’un soi-disant cador du championnat (deux parmi les quatre citées plus haut, donc) prennent l’ascenseur direction les étages qui sentent la pisse, et même Jour de Foot choisit d’axer ses séquences de suspense sur le bas du classement (alors que tout le monde sait déjà que c’est Strasbourg et Toulouse qui vont plonger, mais bon). Bon, avec l’hélitreuillage déjà acquis du Havre, de Nantes et de Troyes, on n’a pas trop à se plaindre ; il n’empêche, le niveau de la Ligue 1 ne sera-t-il pas encore amoindri ?
Dans le dernier numéro de So Foot, le brave Carlo Molinari n’hésite pas à déclarer, sans déconner : « On pourrait décider de se dire ‘Maintenant on est en L2 et on y reste’, on aurait moins de difficulté ». Bon, dans les faits, rien n’est moins sûr que le gros Francky Dumas partage cette vision des choses, comme qui dirait forcée par la situation. Question d’orgueil, sans doute, et puis question de logique surtout : la Ligue 1, c’est au-dessus de la Ligue 2.
La logique est surtout économique. Le budget du SM Caen est passé d’une grosse quinzaine de millions à 26 ou 27 millions grâce à la montée de l’été dernier. Les revenus générés par la retransmission des matchs sont faramineux, les stades sont plus remplis, les produits dérivés se vendent mieux. C’est une évidence ; d’un point de vue financier, la Ligue 1, c’est bien.
Seulement, on ne peut pas se battre pour le maintien juste histoire de récolter ce qu’il faut pour se maintenir l’année suivante. Vivre pour survivre, c’est une aberration, on ne souhaite ça à personne. Bon, à Metz, à la rigueur. Eux, depuis octobre, ils se battent pour ne pas être ridicules (oh ! qui a dit que c’était peine perdue ?).
La vérité, aussi triste soit-elle à énoncer, est que chaque titre de Lyon a moins de valeur que le précédent et que le niveau du championnat en pâtit. On a beau nous répéter que c’est génial de battre des records, et que 7 titres d’affilée, c’est du jamais vu, un championnat remporté année après année par la même équipe va finir par ne plus intéresser grand monde. Pourquoi se battre alors ?
A Caen, on ne pose plus la question. Parce que nous, et contrairement au Real Madrid, à en croire le dernier numéro de So Foot, encore, nous avons une philosophie de jeu. Même les commentateurs pas zélés de Canal (PSG) Plus le disent, eux qui connaissent assez peu le foot pour trouver que Paris a une grande équipe et une fantastique histoire ; tout le monde est d’accord : Caen est agréable à voir jouer. On essaie de jouer vite et collectif, ça circule généralement assez bien, ça joue l’offensive quitte à se faire piller en contre. Ce n’est pas un hasard si Dumas réussit là où Patrick Remy avait échoué : il a compris que Caen ne pouvait pas jouer autrement. Et ce style de jeu est méchamment incompatible avec le féroce défi physique de la Ligue 2.
Caen se bat pour ne pas avoir à jouer autrement. L’an dernier, même si le jeu caennais était souvent léché et que le ballon circulait rapidement, ce constat masquait l’essentiel : Malherbe attaquait vite et bien, juste ce qu’exige le niveau. On ne s’emmerdait pas à construire quand ça ne servait à rien, surtout que jouer en passes là-bas est souvent considéré comme une insulte grave et motive les plus belliqueux à jouer de la semelle sur les jolies chaussettes bleues caennaises. La plupart des buts de Caen sont donc les fruits d’ouvertures malicieuses dans la course d’un Yoann Gouffran sur-vitaminé et surclassé, ou de contres meurtriers joués à 100 à l’heure.
Caen se bat pour ne pas avoir à rejouer comme ça. Dès les premiers matchs de cette saison, on a vu Deroin et Nivet se gaver plein axe en plaçant des gestes techniques pas vraiment à leur place dans une équipe censée jouer le maintien (comme cette délicieuse roulette catalane de Benji Nivet devant une défense niçoise médusée, durant la première journée de championnat). Des gestes comme ça, on en voit beaucoup à d’Ornano. Jusqu’en décembre, Malherbe s’éclatait ; collectif irréprochable, cadors à genoux à d’Ornano (Lyon, Bordeaux, pour ne citer qu’eux), bombardement des buts adverses, pas besoin de défendre tant qu’on est toujours dans la moitié de terrain adverse. Bon, la mécanique n’est pas restée aussi bien huilée, faut pas rêver, hein, nous ne sommes que Caen, un club sans autre prétention que le beau jeu. Mais finalement, tout est là. Quand Malherbe se pointait à Lille en cherchant un 0-0 des familles en restant tranquillement planqué à l’ombre, il se faisait piétiner 5-0. Quand Malherbe retrouve sereinement son football et surtout son précieux collectif, une semaine plus tard, il lapide le Rocher 4-1. Logique.
Et puis comment envisager qu’un stade qui tourne à 20 000 spectateurs par match puisse être privé des venues de Marseille, Lyon et autre Bordeaux ?
Finalement, la Ligue 1 n’est rien d’autre que ce que l’on en fait. Ce n’est pas un hasard si on pouvait voir dans le dernier Jour de Foot des tribunes à moitié vides à la Meinau quand d’Ornano version 2004-2005 ne désemplissait pas. Caen a habitué ses supporters au spectacle.
Pourquoi se battre, donc ? Eh bien, pour les autres, je sais pas, mais pour Malherbe, c’est tout trouvé ; il n’y a pas trente-six raisons, il y en a deux. Pour les adversaires d’une part (il est préférable de perdre contre Lyon que de se faire les crampons sur Libourne). Et pour nous, d’autre part, surtout pour ne pas avoir à jouer moins bien que nous en sommes capables. Et tant pis si c’est prétentieux de le dire.
Plutôt la prétention de lumière d’un obscur Ed Wood, que de finir stakhanovistes.
« INSTANTANEMENT COMME CA / REPRENDRE DE VOLEE D’AUSSI LOIN / COMME ELLE VIENT »
La bande-son du jour : Ecoutez de toute urgence le disque Rockferry de Duffy, une merveille. Et puis une pépite, tapez sur Dailymotion « Marina Foïs + Alcool ». Et savourez.
Pendant que j’écris : WE’LL NEVER WALK ALONE résonne en mon cœur, couvert de ma tunique des Reds que j’ai sortie pour l’occasion. LIVERPOOL – ARSENAL : 4-2, le match de l’année. Mais qui a pu croire une seule seconde qu’Arsenal sortirait Liverpool de la Ligue des Champions ? Déjà, les Gunners ne la gagneront jamais, c’est écrit, et en plus, Liverpool ne sait faire que ça, et le fait trop bien. Tout à l’expérience. Observations en vrac : Babel a mis le même quatrième but qu’il avait déjà mis à l’OM ; Crouch est un grand champion selon Christian Jean-Pierre, mais plus grand que champion ; il n’y avait pas péno sur Babel, tout le monde est d’accord ; ce match entre clubs anglais est la plus belle preuve que le grand football est inconnu de la Ligue 1, puisque le même match en France (3èmes contre 4èmes du championnat), ça donne Nancy-Marseille (autrement dit, 1-1, et un but de Brison).
» Pourquoi se donner tant de mal pour rester en L1 ? · 9 avril 2008 16:09 | |
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» Pourquoi se donner tant de mal pour rester en L1 ? · 9 avril 2008 15:43 | |
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