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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d’un poète ? Fidèle abonné au Stade d’Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l’épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c’est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c’est toujours rock’n’roll.

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Lyon – Caen, sommets extatiques

28 avril 2008 à 12:07 Lyon – Caen, sommets extatiques

Amis du beau jeu, qui eût cru que c’est Caen qu’on attendait ?

OLYMPIQUE LYONNAIS – STADE MALHERBE DE CAEN : 2 – 2

Buts : Benzema (34, 54) pour Lyon ; Eluchans (38) et Compan (45) pour Caen

Arbitre : M. Malige, irréprochable. Cela devient tellement rare en Ligue 1 qu’il faut bien le noter.

Exclusion : Grosso, en coulisses, pour avoir collé une soufflante à Gouffran, qui joue vachement bien les innocents

Spectacle : 5/5, juste du grand football, un best of de la Ligue 1 en matière de beau jeu ; en ce moment, assister à un match de Caen, c’est l’assurance de voir un match de première bourre.

Affluence : 39 068 spectateurs.

L’homme du match : Benzema, l’hygiène de l’assassin, doublé précieux pour les Gones, qui vole la vedette à Gouffran (en gros, le Benzema du pauvre), auteur de deux passes décisives et qui a mis au supplice les latéraux lyonnais.

L’anti-homme du match : Grosso, prestation assez médiocre, et pas meilleur en dehors du terrain.

Le ‘Fallait pas l’inviter’ : Jean-Michel Aulas, toujours aussi insupportable !

« Mettre un miroir en face des gens, ça, ça les dérange ». Ces mots tirés de la chanson Dangereux d’IAM (L’Ecole du micro d’argent, Delabel/Virgin), illustre tout à fait la rencontre a priori déséquilibrée qui s’est déroulée hier entre l’ogre lyonnais et le promu caennais. Les Malherbistes sont en effet venus jouer à Gerland en affichant les qualités dont se félicitent d’(extra)ordinaire le public du sextuple (bientôt septuple) champion de France : explosivité, circulation de balle courte, redoublements, apport précieux des milieux excentrés aux attaquants de pointe…Et le fait est que rarement le leader lyonnais aura été autant mis en difficulté cette saison.

Epicurisme militant

C’est fou comme Malherbe marque des jolis buts quand le club n’est plus guidé par la nécessité (5 buts superbes en une semaine). A Caen, le match se joue dans les têtes avant de se jouer sur pelouse. Tout au long de la saison, les Normands ont alterné les bonnes phases et les périodes catastrophiques, et se sont montrés capables du meilleur (4 points pris en deux matches contre Lyon et 6 contre Paris) comme du pire (2 défaites contre Metz, ça, il n’y a que Caen qui est en capable). Mais le fait est qu’avec Malherbe, on a rarement de surprise.

Rassurés par le maintien désormais acquis et une victoire retentissante contre le Paris SG (pour être honnête, notons qu’on a davantage parlé de la défaite de Paris que de la victoire de Caen, mais bon, j’avais jamais autant vu un but de Caen à la télé – la reprise de Titi Deroin du plat du pied), Caen s’est donc amené décomplexé en terre lyonnaise (mode mains dans les poches et envie de se faire plaisir). Et après tout, vous me direz, pourquoi se prendre la tête quand tout le monde pense qu’on va subir les derniers outrages du football ?

En face, Lyon voudrait officialiser son titre le plus vite possible et aligne ses stars : Juninho, Cris, Govou, et surtout, Benzema. Caen marche au diesel et se montre finalement un peu intimidé en début de rencontre, sans doute en réalisant que putain, on affronte des mecs qui ont joué Manchester il y a deux mois. Malherbe défend bien, mais demeure trop prudent offensivement. Lyon a bien failli oublier d’en profiter pour claquer un pion ; Juni allume Planté dans un angle fermé, souvent cinq ou six Lyonnais dans la surface caennaise, Caen cloisonne à l’arrache et franchement, on est en droit de s’attendre au pire.

Et puis, alors que Caen commençait seulement à relever la tête, l’impitoyable machine à marquer lyonnaise bouffe à tous les râteliers pour claquer son but. Un ballon anodin, planant, tout comme l’instant qui va suivre, Leca et Planté se regardent, sans doute de travers, Leca cherche à laisser filer en sortie de but, Grosso préfère remettre à Benzema plein axe (omettant de demander leur avis aux défenseurs caennais), Sorbon et Hengbart sont aux fraises, Planté inexplicablement sorti de ses cages. 1-0.

A ce moment de la partie, on se dit que Caen va encore repartir avec des valises vachement plus lourdes qu’en arrivant. En général, quand Malherbe se ramasse un pion, Malherbe perd. C’est plus qu’une coutume, c’est un concept, on essaie déjà de préparer le match suivant. Bref, vous pouvez pas comprendre. Toujours est-il que samedi, que nenni, Malherbe s’apprête même à livrer son meilleur quart de la saison, tout simplement.

Redoublements rapides, contres élaborés, pressing collectif, défense haute, offensives crânement jouées, et Yoann Gouffran. In your face. En dix minutes, les Caennais vont rappeler à toute la Ligue 1 à quel point ils sont capables de développer l’un des plus beaux footballs du pays, comme contre Paris la semaine passée ou surtout comme en décembre 2007. Le ballon est vivant, je vous le dis.

Pas vraiment ému de s’être ramassé un but aussi con, Malherbe privilégie l’esthétique et veut continuer à produire du beau jeu. Menés au score, les Caennais inventent le concept de l’épicurisme militant (on veut bien perdre, mais on va continuer à défendre le style de jeu qui est le notre) et se lancent à l’assaut. Et c’est Yoann Gouffran, omniprésent en attaque et sur les deux ailes, qui va faire raquer les Lyonnais.

Plus tôt dans le match, il avait offert un bijou à Elu qui avait loupé le cadre, mais voilà que l’international revient aux avant-postes pour présenter l’addition. D’abord côté gauche, Gouff’ virevolte, sur la pointe des pieds, piétine devant Réveillère, accélère, dépose le défenseur des Gones, centre en retrait, ballon dévié, Eluchans à la récup, ballon croisé. 1-1.

Gouffran acte II, de l’autre côté du terrain. Déviation subtile du prodige caennais vers Hengbart, qui attend que son jeune partenaire le déborde sur l’aile pour lui rendre la balle, ça y est, le voilà, Gouffran dans la surface donc, passe en retrait fabuleuse pour Compan, qui s’est intelligemment démarqué, combinaison sublime, 2-1. Caen mène à Lyon et Gouffran est définitivement un génie ; rarement on aura eu l’occasion de voir un attaquant aussi précieux, élégant, ne perdant jamais plus d’un ou deux ballons par match (carrément une utopie quand on est un attaquant) et impliqué dans pratiquement toutes les attaques rouges et bleues.

Deux buts magnifiques donc, conclusions de mouvements offensifs de grande classe, qui feront dire à Coupet que Malherbe ne mérite décidément pas d’évoluer ailleurs qu’en Ligue 1. Et franchement, après ça, qui peut m’affirmer le contraire ?

Mental de Viet-Cong

La mi-temps arrive à temps pour permettre aux Lyonnais de respirer les sels à plein nez pour se remettre de ce qu’ils viennent d’endurer. Seulement, c’est bien là que le match va se jouer, en coulisses, et plus précisément dans le bureau de Monsieur Malige. Il paraît que Grosso a gratuitement foutu une taloche à Yo Gouffran (bon, était-ce si gratuit, vu ce que Yo venait de faire subir aux champions en titre ?) sous les yeux du quatrième arbitre. Malige convoque les capitaines, Grosso enlève son maillot, Aulas commence son cinoche : Lyon finira son match à 10.

Sans Grosso, Lyon joue mieux. Si le champion du monde italien a offert le premier but à Merco Benz, il a quand même été d’une rare transparence sur le pré et n’influa jamais sur le jeu de son équipe (sauf sur le but, donc). A dix, les Lyonnais écrasent la pédale d’accélération. Caen, à moitié lessivé d’une première période d’anthologie, prend l’eau. Et la galère commence.

Elu plante ses crampons dans le pied de Kallström, on se félicite de savoir Juni hors champs mais c’est sans compter Benzema, qui enroule au-dessus du mur et sous la barre. Planté réagit trop tardivement, et son plongeon ne le dispense pas d’assumer une part de responsabilité sur les deux buts.

La fin du match, sans virer au pilonnage, est nettement à l’avantage des Lyonnais. Point d’orgue, cette action surréaliste menée par Govou, ce ballon qui glisse jusqu’à Benzema, Sorbon grimace, Planté supplie, le but est déjà marqué, Benzema, comme contre Costil en Coupe de la Ligue, couche le gardien caennais d’un mouvement de corps et se prépare à crucifier Malherbe sur l’autel du beau jeu inefficace. Sauf que non. Là, inexplicablement, bêtement, Benzema cherche à lobber Planté au lieu de placer son ballon dans un douillet petit filet (audace ravalée ? excès de zèle pour l’esthète du beau jeu qu’il est ? chambre foirée ?). Et il réussit tellement bien son lob qu’il parvient même à éviter le cadre. Dans la série « C’était plus difficile de la mettre à côté… », on tient une perle.

La pelouse se transforme en jungle enflammée, d’où peut surgir de n’importe où et n’importe quand le coup de grâce. Sans Deroin, blessé, Caen offre une animation de jeu impeccable. Sorbon et Gouffran sont les deux meilleurs joueurs, impressionnants de régularité et de justesse, Proment est monstrueux à la récup, Hengbart a retrouvé la recette des montées percutantes (une presque décisive contre Paris, et une décisive contre Lyon), Nivet continue de retrouver son niveau troyen.

Les deux équipes, en mode « Mental de Viet-Cong » laisseront tour à tour filer leur dernière cartouche. Kallström place une pilule sur la barre d’un coup franc magnifique, et pour le coup, Planté ne pouvait rien faire d’autre que de regarder le ballon passer. Et puis c’est Florentin, toujours sur coup franc, qui délivre un centre tendu, ricochant sur Hengbart avant de permettre à Coupet de s’illustrer.

Bon, il serait sans doute mensonger de dire que Caen a fait jeu égal, nan Caen est passé tout près de l’asphyxie, mais on ne peut qu’être admiratifs de la superbe partie livrée par des Normands qui ont joué avec morgue sans craindre d’y finir (dans cette phrase se cache un jeu de mots, sauras-tu le trouver ?). Deux constats s’imposent : Malherbe, je le dis en toute subjectivité, est capable de proposer l’un des footballs les plus alléchants et intéressants du pays (tous les observateurs le relèvent, en même temps) ; et surtout, Gouffran va nous manquer.

La semaine prochaine, il jouera sans doute son dernier match à d’Ornano. A venir, donc, un article endeuillé.

Samedi soir, personne n’a gagné à Gerland, mais c’est le beau football qui est sorti vainqueur.

La bande-son du jour : To The Dancers In The Rain d’Emilie Simon, sur l’album éponyme de la belle. En hommage au ballet que nous ont offert Lyonnais et Caennais samedi soir.

Pendant que j’écris : Ronald Zubar, ancien Caennais, s’apprête à ramener sa maladresse légendaire quand Marseille semble tenir sa victoire 3-2 sur les Monégasques.






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» Lyon – Caen, sommets extatiques · 29 avril 2008 10:16

Et je me corrige encore : "illustrent" au premier paragraphe et non "illustre". Je sais, la prochaine fois, je me relirai mieux.

    

» Lyon – Caen, sommets extatiques · 29 avril 2008 09:37

Je me corrige moi-même : Gouffran est international espoir. Faut pas rêver.

L’Auteur.

    

» Lyon – Caen, sommets extatiques · 28 avril 2008 23:06

Allez malherbistes !!! A vos rangs pour le derby "Bretagne - Normandie". Enflammez d’Ornano pour le dernier match de la saison a domicile !!!

    

» Lyon – Caen, sommets extatiques · 28 avril 2008 22:22

Slt Amis Malherbistes,

j’aimerais juste connaître l’auteur talentueux de cet article, certainement un supporter historique de Malherbe... avec qui je m’entendrais bien...

Boujou